I. LK LIBEHTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
d'un membre fait défaut, rien d'étonnant que la volonté soit impuissante à la diriger.
L'impuissance de la volonté par défaut de sensibi- Par lité, désignée sous le nom d'aboulie, est bien moins \ta%iconnue et beaucoup plus mystérieuse. Citons-en d'abord quehjues exemples.
D'après Guislain, « ces malades savent vouloir intérieurement, mentalement, selon les exigences de la raison. Ils peuvent éprouver le désir de faire ; mais ils sont impuissants à faire convenablement... ils voudraient travailler et ils ne ipeuvent... le je veux ne se transforme pas en volonté impulsive, en détermination active. Ces malades s'étonnent eux-mêmes de l'impuissance dont est frappée leur volonté... Lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes, ils passent des journées entières dans leur lit ou sur une chaise. Quand on parle ou qu'on les excite, ils s'expriment convenablement, quoique d'une manière brève : ils jugent assez bien des choses » (1).
Le D' Bennett rapporte le cas « d'un homme qui fréquemment ne pouvait pas exécuter ce qu'il souhaitait. Souvent il essayait de se déshabiller, et restait deux heures avant de pouvoir tirer son habit : toutes ses facultés mentales, sauf la volition, étaient parfaites. Un jour, il demanda un verre d'eau ; on le lui présente sur un plateau , mais il ne pouvait le prendre quoiqu'il le désirât, et il laissa le domestique debout devant lui pendant une demi-heure, avant de pouvoir surmonter cet état. Il lui semblait, disait-il, qu'une autre personne avait pris possession de sa vo- Ion té (2). »
Le D"" Billod a soigné un notaire très attaché à sa
(1) Guislain, Leçons sur les p/ire'nopalhies, I, p. 47U. Cité pax' Ilibot, Ibid., p. 39.
(2) Ribot, IbicL, p. 40.
profession mais tombé dans une mélancolie profonde, au point d'être renfermé à la maison d'Ivry. Ce malade accusait une impossibilité fréquente d'accomplir les actes les plus simples de la vie, bien qu'il en eût le désir et qu'il les jugeât opportuns et nécessaires. Un jour il mit trois quarts d'heure pour parapher sa signature, qu'il venait d'apposer au bas d'une procuration, et l'on vit le moment ourses etïorts désespérés n'aboutiraient pas. Une autre fois, en voyage à Marseille, et désirant visiter la ville, il prenait son chapeau, se tenait debout, se disposait à sortir, sans . pouvoir ordonner à ses jambes de le transporter dans la rue. Ces efforts et cette impuissance durèrent cinq jours. « Je suis évidemment mon propre prisonnier, disait-il ; ce n'est pas vous qui m'empêchez de sortir, ce ne sont pas mes jambes qui s'y opposent ; qu'estce donc?» Les exemples de cette impossibilité se reproduisaient à chaque instant et à tout propos. Expiica- Inutile de multiplier indéfiniment ces faits ; il vaut
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ces faits, mieux faire observer que les médecins ne constatent chez de tels malades, atteints d'aboulie, ni altération du système musculaire qui est intact, ni altération de l'intelligence qui raisonne comme à l'état normal, mais seulement une altération profonde de la sensibilité.
« Mon existence, écrivait un de ces malades à Esquirol, est incomplète ; les fonctions, les actes de la vie ordinaire me sont restés ; mais dans chacun d'eux il me manque quelque chose, à savoir la sensation qui leur est pt'opre et la joie qui leur succède... Chacun de mes sens est pour ainsi dire séparé de moi et ne peut plus me procurer aucune sensation ».
Au témoignage du même D"- Billod, une autre de ces maladesassure « qu'elle se trouve dans l'état d'une personne qui n'est ni morte ni vivante, qui vivrait