I. LA LIBFRTB. — LA LIBFJlTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
« La volition que les psychologues intérieurs {'^)^ dit-il, ont si souvent observée, analysée, commentée, n'est donc pour nous ({u'un simple étiit de conscience. Elle n'est qu'un effet de ce travail psycho-physiologique, tant de fois décrit, dont une partie seulement entre dans la conscience sous forme de délibération. De plus, elle nest cause de rien. Les actes et les mouvements qui la suivent résultent directement des tendances, sentiments, images et idées qui ont abouti à se coordonner sous forme de choix. C'est de ce groupe que vient toute l'efficacité. En d'autres termes, et pour ne laisser aucune équivoque, le travail psychophysiologique de la délibération aboutit d'une part à un état de conscience, la volition, d'autre part à un ensemble de mouvements ou d'arrêts. Le < je veux» constate une situation, mais ne la constitue pas (1). >
Cette interprétation serait moins invraisemblable si la volonté était toujours conforme à l'action ; on pourrait croire alors qu'elle n'est qu'un reflet, un écho, une simple constatation consciente de ce qui se passe au fond de nous. Mais lorsque la volonté et l'action sont en complet désaccord, comme dans les deux cas étudiés, où, — soit par excès, soit par défaut d'impulsion, — nous voulons agir d'une manière et agissons d'une autre, ou bien nous ne pouvons pas agir du tout, — la volonté ne peut plus être dite un écho, ni un reflet, ni une constatation, car elle serait une constatation fausse, un reflet et un écho de ce qui n'existe pas, ou en contradiction formelle avec ce qui existe.
Comment donc M. Ribot peut-il tenir à une inter- son prétation si peu conforme avec les faits qu'il vient gîTmen".' d'étudier avec tant de science? Aurait-elle un avantage supérieur et essentiel qui devrait nous la faire
(1) Ribot, Les ^naladies de la Volonté, p. 179.
critique
préférer quand même ? M. Ribot nous le confesse dans sa conclusion générale.
Avec la théorie des idées-reflets, dit-il, « on n'a plus à se demander, après Hume et tant d'autres, comment un « je veux > peut faire mouvoir nos membres. C'est un mystère qu'il n'y a plus lieu d'éclaircir, puisqu'il n'existe pas, puisque la volition n'est cause à aucun degré. C'est dans la tendance naturelle des sentiments et des images à se traduire en mouvements, que le secret des actes produits doit être cherché. Nous n'avons ici qu'un cas extrêmement compliqué de la loi des réflexes, dans lequel, entre la période dite d'excitation et la période motrice, apparaît un fait psychique capital — la volition — montrant que la première période finit et que la seconde commence (1). » On le Nous couviendrons volontiers que si le «.je veux> n'est plus que la constatation d'un mouvement, on n'a plus à se demander comment le « je veux », produit le mouvement. Mais une autre difficulté beaucoup plus grave surgit à la place de la première. Gomment le «je ne veux pas » pourra-t-il arrêter un mouvement en train de se produire, comme cela arrive chaque fois que nous réprimons un mouvement de colère ou de toute autre passion ? Si le « je veux » est impuissant à rien produire, comment le «je ne veux pas » serait-il parfois assez puissant pour tout empêcher? Ne faut-il pas encore plus de puissance pour comprimer un mouvement que pour le diriger ? ( jue si la volonté a la puissance d'empêcher, soyons assez logiques pour reconnaître qu'elle a aussi la puissance d'agir.
Sans doute nous ignorons comment la volonté peut exciter ou comprimer l'activité inférieure de l'organisme, mais M. Ribot sait-il mieux comment «les
(1) Ribot, Ibid., p. 180.