Meng-Tseu
tenait chez Socrate une place qui demeure inoccupée chez Confucius.
Révérer le Ciel et les ancêtres, observer les rites, voilà toutes les satisfactions qu’il offre aux besoins religieux. C’est à se demander si nous sommes encore en Orient, dans ces contrées où les dieux s’incarnent, où l’imagination se donne carrière, où le visible est dévoré par l’invisible, où l’âme inquiète, rêveuse, lasse de vivre, se précipite avec passion, tantôt au sein du grand Tout, tantôt au sein de l’anéantissement.
Je n’ai garde de prétendre que l’idée de Dieu soit absolument absente des livres de Confucius. Parfois le Ciel semble s’animer et s’occuper des créatures. Le philosophe, dans ses maladies, s’est posé des questions au sujet de la prière ; mourant et troublé par la pensée de mourir, il s’est posé des questions au sujet de la vie future. Mais les questions sont restées sans réponse et ce qu’il y a de mieux à dire en faveur de Confucius, c’est d’abord qu’il les a posées, ensuite qu’il les a posées avec tristesse et que les aspirations de sa conscience sont allées plus loin et plus haut que sa doctrine.
Aucune doctrine d’ailleurs n’est plus clairement établie. Chez ce peuple lettré les livres ne sauraient manquer. A vrai dire, les livres de Confucius ne sont que des éditions nouvelles, revues et corrigées, de livres plus anciens que lui.
C’est sous la forme qu’il leur a donnée que les livres sacrés des Chinois se sont conservés : le Y-Ring l, traité
\ . Le Y-King est attribué à l’un des plus anciens empereurs. Il fonde toute une série de définitions et de recommandations sur
de cosmogonie ou livre des changements; le Chi-King, livre des vers, recueil de chants populaires, de cantiques, d’épithalames, de satires, et le Chou-King, livre des annales.
Ici, Confucius ne s’est pas borné à une révision, il s’est donné carrière; le récit qui forme le fond du Chou- King lui sert de texte pour exposer ses principes de politique et de morale. M. Martin1 fait remarquer avec raison que sa méthode rappelle Tite-Live; comme lui, il prête de superbes harangues à ses personnages. Mais il va bien plus loin que l’historien romain, car, sans souci aucun des vraisemblances historiques, il prêche continuellement.
Le Chou-King renferme d’ailleurs quelques-uns des documents les plus anciens qu’il y ait au monde. Il est des choses que Confucius n’a pas altérées, en petit nombre cependant, car l’uniformité du livre est trop grande pour qu’on ne suppose pas un remaniement général. Quant à la partie oratoire, elle est consacrée aux développements. Le Ciel y intervient fréquemment; on dirait un peu le déisme du xvme siècle et sa croyance à l’Être suprême.
Dans ces antiques annales qui commencent au temps des patriarches et qui vont jusqu’à l’ère des philosophes, Confucius aime à retracer l’histoire ou la légende des bons empereurs. On assiste à leurs entretiens ; on entend sortir de leur bouche des paroles de sagesse et de vertu. Les vers, les préceptes, y figurent tour à tour; l’ensemble a l’air honnête d’une morale en action.
soixante-quatre lignes qu’il a découvertes et qu’il commente. Digne début de la littérature chinoise!