LA FOL
et que la contrainte, c’est-à-dire l’évidence, ne s’y rencontre point.
C’est le caractère admirable des faits moraux qu’ils demeurent libres quoi qu’il arrive et qu’ils ne subissent jamais les lois de la nécessité dialectique qui domine les faits intellectuels. Il me sera toujours possible, si mon orgueil titanique ne veut pas plier, de soutenir et de penser que mes péchés sont peu de chose, que l’humilité chrétienne est la maladie des esprits faibles, que le bon sens repousse ces raffinements de conscience, que mes ingratitudes envers Dieu, mes égoïsmes, mes préoccupations personnelles , mes mauvaises pensées, mes lâchetés, ne sont que des peccadilles inévitables, que je vaux mieux que beaucoup d’autres et que mes grandes vertus d’ailleurs rachètent mes petites imperfections.
« Que ceux qui ont soif viennent à moi et qu’ils boivent I » Voilà l’appel de la grâce, voilà la condition de la foi. Avoir soif, être altéré de pardon, de justice, de progrès, de sainteté; croire (oui, croire, rien de plus et rien de moins) en celui qui, dans son amour et sous le regard d’amour du Père, a expié nos péchés et porté notre malédiction, ce sera toujours un acte libre, que dis-je? l’acte suprême de la liberté. Ici, la démonstration est toute morale, notre moi est en cause, il s’agit pour lui de se courber, de se renoncer, de se donner. Sans l’aide de Dieu il ne le ferait jamais, malgré cette aide il demeure capable de s’y refuser. Là est pour chaque âme la crise suprême; ce qui s’y décide, après de longs combats le plus souvent et de nombreuses alternatives, c’est son avenir entier, son esclavage ou son affranchissement.