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CHAPITRE II

Je tiens à être juste, surtout ovec les gens que je n'aime pas. Si la Grèce me charme, Rome ne m'attire jamais. Gomment méconnaître toutefois ce qu'elle a eu de grand, en particulier dans ses premiers temps, dans sa période héroïque ? Certes c'est un beau spectacle que celui des luttes énergiques des plébéiens contre le patriciat, et les infamies qui s'y sont mêlées n'empêchent pas que la vigueur des caractères ne s'y révèle souvent. Rome a connu alors la liberté morale, car elle a connu le dévouement. Ajoutons que, longtemps après, quand les derniers temps de Rome furent venus, quand la déchéance universelle se fit sentir, quand les chastes matrones des premiers siècles furent devenues ce que chacun sait, lorsqu'il n'y eut plus de mœurs, plus de familles, plus de libertés, une dernière manifestation de vie vint consoler le monde latin expirant, le stoïcisme parut.

Telle est Rome, considérée sous son bel aspect. Ne cherchez chez elle ni les arts de la Grèce ni sa philosophie; demandez-lui ce qu'elle a possédé et pratiqué mieux que personne, le droit, la guerre et la politique, i. 14

Ses écrivains imitent les Grecs, ses philosophes traduisent en morale les systèmes grecs. Nation pratique par excellence, habile à conquérir et à gouverner Punivers, les Romains ne nous feront jamais oublier la nation artiste et relativement libérale ; mais un motif particulier nous attirera toujours vers eux. Tout en le regrettant un peu, je le constate, nous sommes leurs enfants, le génie latin est bien le nôtre, génie de gouvernement et de législation, génie centralisateur, génie hostile aux dissidences et mortel aux individus.

11 Test d'autant plus, que, fidèle aux traditions de la race aryenne qui semblent avoir reçu de lui une empreinte assez dure pour être désormais ineffaçable, il fait de la religion domestique la pierre angulaire de tous les despotismes de la famille et de l'État. Cette religion à domicile, saisissant l'enfant dès la mamelle, métamorphosant le père en pontife à la façon des vieux Àryas, réglant la succession et même l'affection sur la participation aux rites du foyer, cette religion qui semble être l'incarnation de l'hérédité obligatoire en matière de croyance et la négation suprême de la foi personnelle, n'a occupé nulle part autant de place que chez les Romains !.

Elle a existé, nous l'avons dit, chez les Grecs; mais c'est ici qu'elle prospère, qu'elle prend sa- forme politique et juridique, qu'elle sanctionne avec une autorité que nous subissons encore à demi plus d'une grosse injustice sociale.

Je vois des gens très-disposés à s'émerveiller, presque

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