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CHAPITRE V

Le principe païen est la quintessence du paganisme. Après la longue et consciencieuse étude que nous venons de faire, nos idées préconçues se sont modifiées sans doute, nos généralisations sont devenues moins grandioses et plus modestes, des nuances se sont introduites dans nos jugements; mais un fait demeure: l'antiquité païenne tout entière exclut en matière de croyance la poursuite individuelle de la vérité.

Au travers des diversités, et elles sont nombreuses, cette uniformité-là se maintient. Même les pays tels que l'Inde qui ont eu des révolutions religieuses et des dissidences doctrinales, même les pays (je parle de l'Occident ) qui, échappant à la langueur asiatique, ont connu es agitations d'une vie politique souvent orageuse, oui, même ces pays-là sont restés étrangers à la recherche personnelle du vrai.

Au sein du mouvement et d'une sorte de liberté extérieure, l'âme humaine a sommeillé. Nous avons rencontré des nations, des partis, des associations, plusieurs formes de l'existence collective, des troupeaux d'hommes, en un mot ; l'homme ne s'est point mon-

tré. S'il se laisse entrevoir ou deviner sous l'ombre de la foret allemande, nous sentons bien que la Germanie, mieux préparée que d'autres à l'indépendance, est loin encore de la posséder.

Le paganisme , quelle que soit sa forme , s'attaque toujours à l'individu. Détruire la personnalité divine dans le ciel et la personnalité humaine sur la terre, voilà son invariable mot d'ordre.

En vain avons-nous fouillé les annales de l'Orient et de l'Occident, nulle part le Dieu personnel et vivant ne nous est apparu. Un panthéisme, tantôt explicite, tantôt implicite, se charge de nous donner à la place de Dieu le Grand Tout, la substance universelle, du sein de laquelle le temps (seul créateur) tire peu à peu les dieux, les hommes et le reste des êtres. Une matière éternelle, une force éternelle de la nature, des idées éternelles peut-être, une nécessité, un destin, je ne découvre rien de plus.

Chez quelques-uns s'accentue le dualisme que tout panthéisme contient dans ses flancs : vis-à-vis de la matière éternelle, de ses forces aveugles et de ses immuables lois, une volonté plus sainte se dresse: alors commence le combat de l'esprit et de la matière, de la lumière et des ténèbres, d'Ormuzd et d'Ahriman ; mais la fatalité païenne est toujours là, tout est nécessaire : la lutte, le triomphe, la suppression future et magique du mal.

Ailleurs, on se dispense de monter si haut, et tous ces grands amants de l'antique nature, pour parler comme Musset, se contentent de l'adorer purement et simplement. Les manifestations les plus frappantes de sa puissance se transforment en divinités; le soleil, la lune,

les astres reçoivent un culte, le ciel et la terre deviennent de grands dieux. Les dieux secondaires naissent alors en foule et le génie mythologique n'a plus que l'embarras du choix ; ou plutôt, il ne choisit pas, il prend de toutes mains, les légendes héroïques, les vertus, les pensées, les craintes et les espérances, les incidents de la vie domestique, de la vie politique, de la vie rurale, les récoltes, les fleuves, les bois. Où s'arrêtera-t-on?Le fétichisme n'est pas seulement en Egypte, chaque paganisme a le sien.

Nulle part le Dieu vivant; la personnalité divine, on le voit, a disparu du ciel. Que devient la personnalité humaine sur la terre ?

Le principe païen a pris ici-bas deux formes différentes, qu'un arrêt sommaire a tort de confondre et que je tiens à distinguer. — Dans les cultes naturalistes, en Syrie et en Assyrie, chez les Égyptiens et chez les Arabes, chez les Grecs et chez les Romains, il proclame en toute franchise la négation absolue du vrai : la religion est nationale et pas autre chose; elle commence à tel fleuve et finit à telle montagne; d'autres peuples ont une autre religion, une autre vérité, et ils ont raison, car les dieux du pays ne sauraient être les dieux de l'étranger. — Dans les cultes moraux, au contraire, chez les Hindous, chez les Bouddhistes, chez les Persans, chez les Gaulois, ajoutons chez les initiés aux mystères et à l'orphisme, le principe païen tente la conciliation de ces deux idées, nationalisme et vérité ; la religion du pays est en même temps la religion vraie, la seule vraie.

Nous serions injustes envers le paganisme si nous

lui refusions le bénéfice de cette distinction, dont je ne veux pas contester la valeur. Les exemples de religions nationales tenues en même temps pour religions vraies abondent effectivement, en dehors même du paganisme, et nous pouvons aisément nous assurer des effets qu'elles produisent. Sans parler des contrées, trop nombreuses encore, où les dogmes d'une communion chrétienne, liés à l'ensemble des institutions ou des mœurs, s'imposent en fait à tous les habitants, sans remonter au moyen âge où l'unité religieuse obligatoire était l'état général de notre Europe, ne voyonsnous pas les Musulmans qui, bien que leur croyance soit nationale au point de confondre la loi religieuse et la loi civile, possèdent à un degré remarquable le sentiment de sa vérité absolue et exclusive?

Je ne le nie en aucune façon. Bien plus, je pense qua le nationalisme ainsi conçu a pu être la forme légitime de la foi pendant l'enfance de l'humanité. L'enfant commence de la sorte : avant d'accepter il reçoit, avant d'arriver à la foi personnelle il passe par la foi héréditaire. Israël, peuple enfant , a été soumis à un semblable régime.

Mais ni l'enfant ni Israël ne sont condamnés à demeurer toujours renfermés dans ce premier stage de l'éducation. Le jour vient où l'un et l'autre sont avertis que la croyance héréditaire doit devenir une croyance personnelle, qu'elle n'aura d'efficacité qu'à ce prix, que si elle n'est pas acceptée il ne servira de rien qu'elle soit reçue, que si elle n'est pas aimée il ne servira de rien qu'elle soit pratiquée, que si elle ne pénètre pas jusqu'au fond du cœur, que si elle n'entre pas en lutte avec le péché, que si elle ne renouvelle pas la vie, son

observation minutieuse ne produira aucun effet. Même aux époques les plus obscures du moyen âge, le formalisme héréditaire n'a pu parvenir à effacer cet avertissement; toujours il en est resté quelque chose, la pensée de Dieu qui se mêlait sans cesse à la vie des hommes d'alors prouve assez qu'il y avait pour eux une vérité religieuse et qu'elle les préoccupait sérieusement.

Rien de pareil ne se passe au sein des paganismes moraux : ils ont beau s'élever au-dessus des paganismes naturalistes, ils n'atteignent pas la région où les questions de vérité deviennent des questions de devoir strict, de conversion et de vie éternelle. La préoccupation de l'âme demeure bien superficielle et bien faible, même chez les disciples de Zoroastre, même chez les initiés des grands mystères. Leur salut, en tous cas, doit s'opérer trop aisément et en dehors de la crise douloureuse des transformations morales. Des consciences en travail, émues d'une sainte jalousie pour la vérité, palpitantes de la passion de la propager et aussi du besoin de l'appliquer à l'éducation intérieure voilà ce que l'antiquité païenne ne nous montre nulle part.

Qu'on ne me fasse pas dire plus que je ne dis; l'homme est toujours l'homme, toujours les besoins de la conscience et du cœur se sont fait sentir ici-bas. Je constate seulement que le paganisme, qui ne pouvait parvenir à tuer l'âme humaine, a fait tout ce qu'il était possible de faire pour l'engourdir, pour ruiner son individualité et prévenir son affranchissement.

C'est surtout lorsque nous considérons les paganismes

naturalistes 4, celui des Grecs et des Romains par exemple, que notre cœur se serre. Quelle destruction de l'individu ! quelle œuvre de servitude ! Malgré le progrès, trop vanté peut-être, que la Grèce fait faire à la civilisation en introduisant la vie et le mouvement dans le ciel, quelle négation gigantesque du vrai se répand alors sur la terre ! Il se peut que les dieux d'Homère, qui sont des hommes, soient très-supérieurs aux dieux de l'Asie, qui ne sont le plus souvent que des forces et des substances ; mais ce triomphe de l'individualité s'est payé chèrement, car à force d'être humain l'Olympe a ruiné la notion même du divin dans l'esprit des peuples.

J'ai plus d'une fois cherché à me représenter un Grec ou un Romain s'inquiétant d'une question de vérité religieuse ou de salut ; toujours j'ai senti qu'en forgeant une pareille hypothèse j'inventais une monstruosité, un solécisme historique. L'idée de la conversion est radicalement étrangère au paganisme ; quand les païens priaient (et on priait beaucoup à Rome comme à Athènes), la pensée de recommander à Dieu leur âme, l'âme d'un fils ou d'une fille, ne pouvait pas leur venir. Il faut arriver jusqu'à l'époque de crise où la religion grecque essaye de se transformer dans le but de se

1. Les religions orientales, nous l'avons vu, inférieures à l'hellénisme à cause de leur panthéisme immobile et radicalement impersonnel, lui étaient supérieures au point de vue de la foi; leur supériorité subjective rachetait leur infériorité objective. Le bouddhisme, en particulier, a été plus qu'une religion nationale, il a été une croyance. Quoiqu'il fût loin de mettre en jeu la conscience individuelle à la façon du judaïsme et du christianisme, les Grecs et les Piomains n'auraient pas manqué de lui donner le nom de secle, s'ils l'avaient rencontré sur leur chemin.

sauver et où elle subit bon gré niai gré les influences de l'Évangile, pour découvrir un païen dévot. Sous ce rapport l'empereur Julien est un phénomène ; le sérieux de ses convictions aurait scandalisé tous les honnêtes gens de l'aréopage; on sent qu'il appartient à une époque maladive, que la belle sérénité d'autrefois se trouble et que le ciel si brillant de la Grèce se couvre de nuages.

Essayez de supposer dans la Grèce du bon temps une scission religieuse quelconque, une réforme, des sectes, que sais-je? une théologie et des hommes qui daignent s'intéresser à ces misères! Essayez de supposer une prédication! vous sentirez qu'il n'y a pas moyen. Des rites, à la bonne heure; des sacrifices, oui, et de belles théories se déroulant sur la* rive des mers harmonieuses entre Athènes et Eleusis. Loin de songer à une propagande et de tomber dans le prosélytisme, les païens se hâtent de cacher leurs doctrines quand ils en ont; elles deviennent des mystères en Grèce, elles demeurent l'enseignement hiératique et réservé des prêtres en Gaule et en Egypte. Ceux qui croient à une vérité religieuse n'ont rien de plus pressé que de la voiler.

Le fait est qu'on ne croit pas à une vérité religieuse. Aussi flétrit-on du nom de sectes les religions qui affirment et nient quelque chose. Devant cette prétention inouïe de croire au vrai et d'exclure son contraire, le monde gréco-romain frémit indigné. Deux fois seulement un tel scandale s'est produit, deux fois ce monde si tolérant a proscrit. Les juifs d'abord, les chrétiens ensuite, le scandalisent encore plus qu'ils ne l'étonnent. Quoi ! il y a donc des hommes qui croient à la vérité,

qui mettent de l'importance à la vérité! Quoi! le mot de Pilate : « Qu'est-ce que la vérité ? » n'est pas aux yeux de tous les hommes l'abrégé de la sagesse des nations !

Les Grecs et les Romains croient aussi, mais en gens bien élevés, dont la croyance n'a rien d'exclusif et de grossièrement hostile. Ils savent que leur vérité religieuse est bonne pour eux, mais ils admettent qu'une autre vérité religieuse est également bonne pour leurs voisins. Ceux mêmes qui, à l'ouïe de la prédication des apôtres, crient avec tant de violence à Éphèse : « Grande est la Diane des Éphésiens, » comprennent à merveille que Diane ne soit pas adorée à Memphis ou à Babylone. Je soupçonne même que si d'autres peuples voulaient leur emprunter la grande Diane, ils s'en réjouiraient médiocrement. N'est-il pas juste que chacun conserve le monopole de ses dieux?

Les ravages que fait un tel principe, qui pourra le dire ! Derrière ces pratiques nationales se cache une indifférence nationale, non-seulement à telle vérité , mais à la vérité en général. Après avoir abdiqué sur ce point, la conscience ne parvient pas à maintenir ailleurs son empire. Un abaissement universel se produit : toutes les vérités tour à tour s'inclinent au besoin devant le maître, c'est-à-dire devant l'usage, devant la tradition, devant le pays, devant l'État. En face de l'intérêt public, le droit se trouve bien faible ; en face de la nation, la famille se trouve bien insignifiante ; en face de tous, l'individu se trouve bien chétif. Et l'individu se courbe, et la famille se courbe, et tout se courbe, y compris la liberté.

Ainsi s'expliquent ces libertés rabaissées, qu'on admire un moment, puis dont on s'étonne et qu'on a peine à comprendre lorsqu'on lit avec attention les annales de l'antiquité classique. — Voici des luttes [bruyantes au forum ; les riches et les pauvres sont aux prises ; quels pouvoirs auront les tribuns du peuple? Accordera-t-on des consuls plébéiens? C'est bien, le mot de liberté retentit partout, au sénat et à la tribune aux harangues. Et il y a en effet des libertés politiques à Rome, la Rome de la République n'est pas la Rome asservie des Césars; seulement, ne vous y trompez point, il s'agit de la liberté des citoyens romains, il ne s'agit pas de celle des provinciaux, encore moins de celle des hommes. Que le reste du monde soit asservi, aucun de ces citoyens ne songera à s'en inquiéter. Que la traite dépeuple l'univers, que Rome regorge d'esclaves, cela va de soi. Et les citoyens romains, les seuls hommes libres, pensez-vous que leur liberté aille bien loin? Les libertés de la conscience et de la famille, les possèdentils? les désirent-ils? En aucune façon. Que les institutions politiques soient maintenues et que Rome n'ait pas de tyran, les plus audacieux n'en demanderont pas davantage.

C'est que le ^principe païen fait à l'âme une de ces blessures dont on ne guérit pas. L'homme moral en est atteint tout entier. Au reste, les blessures qui atteignent l'homme l'atteignent toujours tout entier; l'homme est un, la conscience est une. La souveraineté intérieure du vrai est semblable aux digues de Hollande : percées à un endroit, elles ne tiennent plus nulle part.

Pour trouver la preuve de ce que je dis, pas n'est besoin d'aller à Rome ou à Athènes; sans remonter si

haut dans l'histoire, nous n'avons qu'à regarder autour de nous, à voir ce qui se fait et à écouter ce qui se dit. Le principe païen est encore à l'œuvre et sa méthode n'a pas changé. — Maintenir des religions nationales afin de se dispenser de la religion, conserver des croyances héréditaires afin de se préserver de l'ennui de croire (ou de nier), voilà le procédé d'aujourd'hui; c'est précisément celui du temps de Périclès. De même que Platon recommandait le respect de la religion de l'État, nous ne manquons pas de philosophes qui recommandent à leurs disciples de respecter le christianisme, lequel satisfait aux besoins des masses ignorantes comme la philosophie satisfait à ceux des penseurs. Bien plus, il ne suffit pas de respecter la religion, il convient de la pratiquer dans une certaine mesure que fixent l'usage et le bon goût. Cela n'engage à quoi que ce soit; on accomplit uses devoirs de chrétien », et l'on meurt en paix.

Avais-je tort d'affirmer tout à l'heure que le principe païen blessait mortellement la conscience? Nous voici en plein mensonge, et notre conscience ne proteste pas. Non, aucune parole ne saurait rendre cet obscurcissement qui se fait en nous lorsque la vérité cesse d'être notre absolue souveraine. Ou la vérité est souveraine, ou elle n'est rien. Si nous n'appartenons pas à la vérité, à toute vérité, grande ou petite, agréable ou fâcheuse, si nous ne la sentons pas reine et maîtresse de notre âme, non à cause de ses conséquences, mais parce qu'elle est la vérité, nous quittons les hautes régions du devoir, qui sont celles de l'indépendance morale. 11 y a des hommes, je le sais, qui s'imaginent aimer la vérité, parce qu'ils aiment certaines vérités,

qui croient pouvoir choisir, esclaves du vrai quand il s'agit de science, par exemple, et prêts aux mensonges consacrés par la coutume quand il s'agit de religion. Par malheur il se trouve que nous n'avons pas une âme à compartiments, et l'idée même des droits de la vérité s'efface pour nous dès l'instant où nous cessons d'être les serviteurs-nés de toutes les vérités sans exception.

Ce qui a manqué au monde païen, ce n'est pas seulement la connaissance du vrai, c'est quelque chose de bien plus essentiel encore, l'amour du vrai. Or les droits de la vérité étant les droits de la conscience, il en résulte que l'idée de respecter une dissidence consciencieuse n'entre là dans la tête de personne. Décidément ces despotismes antiques, républicains ou non, n'ont pas une place pour l'individu. L'hôte gênant, le trouble-fête est chassé de partout. Les âmes sérieuses comme Platon, les esprits forts comme Aristophane, les natures élégantes et pondérées comme Gicéron, se rencontrent dans le même sentiment : ne blâmer aucune religion étrangère, à moins qu'elle ne soit exclusive; ne tolérer aucun abandon de la religion nationale. « Athènes, nous dit M. Renan, avait bel et bien l'inquisition. L'inquisiteur, c'était l'archonteroi; le saint-office, c'était le portique royal où ressortissaient les accusations d'impiété. Les accusations de cette sorte étaient fort nombreuses ; c'est le genre de causes qu'on trouve le plus fréquemment dans les orateurs antiques. »

On prétend quelquefois justifier le principe païen en faisant remarquer que le monde était bien jeune

alors, qu'il faut traverser la jeunesse avant d'entrer dans l'âge mûr, et qu'à l'époque de la sérénité grecque, le temps des sectes , des hérésies , des querelles religieuses, de l'individualisme en un mot, n'était pas encore venu. L'enfant croit ce qu'on lui dit et jouit de la vie, en attendant l'heure où commenceront pour lui les libertés avec les douleurs de la virilité, heure sombre et redoutable où il se mettra à chercher le vrai.

Ma réponse sera courte. — D'abord le monde grécoromain n'était pas enfant, mais vieux et très-vieux. Ensuite, l'indifférence au vrai est si peu le caractère de la jeunesse des peuples, que les religions les plus anciennes sont les plus croyantes et que le principe païen n'achève de se dégager que dans le monde relativement moderne de l'hellénisme.

Ne confondons pas deux choses fort dissemblables, les religions nationales, et les paganismes qui nient la vérité en admettant autant de vérités que de pays. L'Israélite, qui appartenait, je l'ai dit, à cette période de l'enfance, professait sans doute une croyance collective et obligatoire, mais il la tenait pour vraie et tenait toute autre croyance pour fausse. Rappelez-vous l'entretien d'Athalie et d'Éliacin :

J'ai mon Dieu que je sers, vous servirez le vôtre; Ce sont deux puissants dieux.

— Il faut craindre le mien; Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.

Voilà le principe païen en face de son adversaire. Aujourd'hui encore, au sein du christianisme, les Éliacins tiendront tous le même langage. Nos enfants en sont naturellement au régime de la croyance hérédi-

taire ; mais ils savent qu'il y a une vérité, que la vérité oblige, et qu'elle exclut son contraire.

Ici je m'arrête. Nous connaissons maintenant le principe païen et les ruines qu'il a faites. Si les dogmes païens ont détruit la personnalité divine dans le ciel, la méthode païenne a détruit la personnalité humaine sur la terre. Sous le ciel vide une terre esclave, tel est le navrant tableau qui s'est présenté à nos regards. De l'Orient à l'Occident, nous avons traversé le monde connu, cherchant des individus, c'est-à-dire de vraies libertés; nos recherches ont été vaines. Voilà des institutions, des civilisations, des peuples ; où sont les hommes?

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