‹ La liberté morale (volume 3)Chapitre 71 sur 196 · LA FOI · texte numérisé non relu

LA FOI

On voit à quelle hauteur se place la question de liberté. L'Évangile est tout rempli de ce que j'oserai appeler un libéralisme divin. C'est la foi qui saisit les grâces de Dieu, et qu'est-ce "que la foi ? Un acte contraint, fondé sur l'évidence ? Non, il faut que l'homme demeure libre d'accepter ou de refuser, n'obéissant qu'à son sens intime, à sa conscience et à son cœur. L'Evangile se place si résolument sur ce terrain, qu'il nous montre l'évidence absolue sans action sur les âmes : après le règne terrestre de Christ que nous décrit l'Apocalypse, les hommes, qui viennent de voir de leurs yeux la gloire et la toute-puissance du Sauveur, n'hésitent pas à se révolter encore. Nul n'est converti par l'évidence ; grâce à Dieu, la foi demeure un acte libre, c'est-à-dire un acte moral.

S'il en était autrement, si la foi dépendait des démonstrations scientifiques, au lieu de dépendre du sentiment de notre péché, du besoin de pardon et de relèvement, un privilège serait créé au profit des esprits justes, des gens bien informés, et Rousseau aurait le droit de prolester contre la condamnation qui vient l'atteindre pour avoir mal raisonné. — Or il s'agit

moins de raisonner que de sentir. Des miracles se feraient demain devant toutes les académies, que nous n'aurions pas un chrétien de plus, car il n'y aurait pas une âme de plus sur la terre éprouvant l'angoisse de sa dégradation et implorant la délivrance.

Non, il ne s'agit pas de science, de logique, de bons ou de mauvais raisonnements ; il s'agit de repentance , de lutte intérieure et de prière. Connaître est excellent, raisonner est excellent, l'Évangile est ami des lumières et n'a rien contre les syllogismes ; lorsqu'on déblaie les chemins qui conduisent à la foi, lorsqu'on ruine certaines préventions, lorsqu'on nous montre que le christianisme ne recule devant aucun adversaire et ne redoute aucun débat, on nous rend un important service ; mais l'essentiel reste à faire. Convaincu, je ne suis peut-être pas converti; admettant la vérité, je puis ne pas croire en elle. La foi qui sauve c'est la foi qui change; la foi qui nous réconcilie avec Dieu c'est la foi qui nous sépare du mal. La foi est l'acte moral par excellence.

Ce n'est pas un acte moral d'admettre un théorème ; le jour ou la démonstration géométrique deviendrait applicable à l'Évangile, les bases de nos rapports avec notre conscience ne seraient pas moins bouleversées que celles de nos rapports avec Dieu. Quelle relation la conscience pourrait-elle jamais apercevoir entre une démonstration et une nouvelle naissance ? La démonstration nous oblige ; devant la géométrie ou l'algèbre mon libre arbitre s'efface et mon amené saurait être en jeu. Le libéralisme divin veut que le problème moral se résolve sur le terrain moral, qu'il relève essentiellement de l'âme et non de l'intelligence; il veut que les preuves scientifiques ici soient utiles sans être jamais suffisantes,

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