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CHAPITRE II

LE LIBRE EXAMEN

Gomme il y a un faux individualisme pour lequel l'Évangile est sans pitié, il y a aussi une façon d'entendre le libre examen qui n'a jamais trouvé le moindre accès au sein des Églises primitives. Il faut voir avec quelle vigilance les apôtres répriment la moindre tentative de porter atteinte aux fondements de la foil L'idée d'une Église dont la seule doctrine aurait été de n'en point avoir, qui n'aurait professé d'autre foi que celle au libre examen, qui n'aurait posé pour base ni le salut par le sacrifice de Jésus-Christ, ni l'autorité de l'Écriture et des enseignements apostoliques, cette idée aurait excité alors l'indignation générale. On ne confondait pas encore la liberté et l'anarchie, et si Ton écartait les autorités humaines, on n'en établissait qu'avec plus de force l'autorité divine. Personne ne pensait à bâtir l'Église sur des doutes ou des négations, sur la cohabitation du oui ou du non, du vrai et du faux. Je ne connais point d'Église apostolique qui ait été « tolérante » dans ce sens et qui ait craint de gêner la liberté des doctrines en fermant ses portes à quiconque rejetait les vérités essentielles.

En quoi consistait donc le libre examen ? En ce que tous les chrétiens, également inclinés devant leur Dieu- Sauveur et devant la révélation inspirée que leur apportent ses témoins, reconnaissent cette autorité-là et n'en reconnaissent point d'autre. Aucun apôtre ne les invite à fermer les yeux, à s'en remettre à certains hommes chargés de comprendre et d'interpréter à leur place. « Les Béréens, est-il écrit, furent plus nobles que ceux de Thessalonique, car ils reçurent la parole avec beaucoup de promptitude, examinant chaque jour les Écritures pour voir s'il en était ainsi *. » Ailleurs, dans la première épître aux ïhessaloniciens , l'apôtre Paul adresse à ses frères cette recommandation qu'on ne saurait trop méditer : « Éprouvez toutes choses, retenez ce qui est bon 2. »

Qu'il y ait des docteurs et des prédicateurs dans l'Église, rien de plus nécessaire. Que nous écoutions, que nous consultions qui peut nous instruire, rien de plus naturel. Seulement, demeurons toujours responsables de nous-mêmes et maîtres de notre foi. « Éprouvez toutes choses. »

Certes, l'autorité est dans l'Évangile, il est même impossible de se la représenter revêtant une forme plus absolue : c'est le tête-à-têle de l'homme et de la parole immuable. Ici, point d'accommodements, point de transformation progressive ; la parole demeure , la révélation écrite et définitive ne se modifie pas; il n'y a pas un intermédiaire, pas un voile entre la vérité divine et moi.

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