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CE QUE POURRAIT ÊTRE LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES

Qui défendra la liberté intellectuelle contre tant d'ennemis? La conscience. Ni les règlements ni les associations ne feront rien. Aucune réforme extérieure ne sera efficace; ce qu'il nous faut, c'est la réforme du dedans. Que la conscience morale et la conscience littéraire sa proche parente reprennent au milieu de nous leur empire, et je garantis que la noble république des lettres se reconstituera d'elle-même; siâon non.

Laissez-moi supposer un moment (et puisse cette nypothèse se réaliset* bientôti) que notre débilité morale a cessé; croyez-vous que l'affranchissement des âmes n'amènera pas à sa suite l'affranchissement des esprits? Ceux qui en doutent n'ont pas réfléchi à ce grand sujet, l'influence du caractère sur la littérature ^. Il faut des caractères pour résister aux nivellements; il faut des caractères pour affronter les tentais Citons encore Victor Hugo : « La poésie c*est l*expr6Ssion de la vertu. » Il a dit ailleurs : u La poésie est dans les idées; les idées viennent de l'àme. » Voir le charmant livre intitulé : Victor Hugo raconté var un témoin de sa vi$

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tions asservissantes de la vie littéraire actuelle; il faut des caractères pour mettre Part au-dessus du succès, pour défier les despotismes de la camaraderie et de la critique, pour rester soi, pour garder sa fidélité au bon et au beau.

« Vous cherchez un écrivain , vous trouvez un homme. » Heureux les temps où ce mot de Pascal trouve à s'appliquer souvent î Les hommes libres ont une façon d'écrire qui n'est qu*à eux. On y sent, jusque ' dans les œuvres les plus étrangères à la démonstration directe, Faction désintéressée de la conviction et du devoir. Croyez-vous que les symphonies de Sébastien Bach seraient ce qu'elles sont, s'il n'avait pas écrit chaque fois ces trois lettres au haut de la page : 5. Z). G. {soli Deo gloria)^^

A Dieu seul la gloire ! La formule de Bach est une formule de liberté. Et qui osera dire qu'elle ne renferme pas le secret des grandes œuvres? Celles-ci seront toujours les œuvres qu'on a accomplies en vue de la vérité, dans la solitude jalouse de la foi, dans le tête-à-tête de la conscience et du génie* Quant aux œuvres nées d'une mode et acclamées par une coterie, elles vivent ce que vivent les modes et valent ce que valent les coteries.

La conscience littéraire, ce brillant reflet de la conscience morale, nous révèle la dignité des lettres et par conséquent leur indépendance. Les écrivains qui respectent les lettres et qui se respectent travaillent pour le vrai, pour le beau, non pour le public. Les yeux fixés sur leur idéal , ils éprouvent ce frisson de l'inspiration vraie qui ressemble par plus d'un côté à Témolion du devoir»

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Au moment du trayail, chaque nerf, chaque ilbri Tressaille comme un luth que Ton vient d*accorder. On n'écrit pas un mot que tout l'être ne vibre. (Soit dit sans vanité, c'est ce que l'on ressent;) On ne travaille pas; on écoute, on attend ; C'est comme un inconnu qui vous parle à voix basse | On reste quelquefois une nuit sur la place Sans faire un mouvement et sans se retourner.

Lorsque Musset écrivait ces vers émus , nous assistions à une des plus riches floraisons littéraires que le sol de notre France ait portées. C'était un vrai printemps : Tair était chargé de parfums, un souffle de liberté passait sur nous; la sève était en mouvement, sève de conviction et d'espérance. Quel moment, et comme on sentait bien alors que la conscience est la condition d'existence de la littérature et de Fart! Les lettres et Tart avaient un sérieux , une probité , une foi dont les plus légers subissaient la saine influence. On retrouvait chez Musset et chez Béranger une partie de ces hautes inspirations qui nous donnaient une poésie lyrique et qui enfantaient toute une phalange d'orateurs et d'historiens.

Ne désespérons pas de notre siècle. Il a eu Victor Hugo et Lamartine, Chateaubriand et Lamennais, Guizot et Thiers, Cousin et Villemain, Vigny et Nodier, en même temps que Schefier, Ingres, Delacroix, Horace Vernet et Decamps. Je nomme au hasard, sans' la moindre pensée d'épuiser la liste et dans le seul but de montrer ce que devient la république des lettres quand un mouvement d'idées sincères a lieu, quand la conscience se met de la partie et quand par suite la liberté, cette dixième muse, fait entendre ses mâles accents*

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