‹ La liberté moraleChapitre 30 sur 122 · LÀ BEGHBRGHE DES BIENVEILLANCES · texte numérisé non relu

LÀ BEGHBRGHE DES BIENVEILLANCES

C'est pis encore, c'est de la servitude. Oui, nous avons perdu la liberté, sans laquelle on ne fait rien de bon icibas. Nous ressemblons à ces maladroits qui se savent tels et que rend cent fois plus gauches la conscience de leur gaucherie.

Notez d'ailleurs qu'il ne s'agit ici ni d'approbation ni de succès, il s'agit de sympathie. Nous pouvons nous passer de réussir; nous nous passons difficilement d'être aimés; Je sais tel homme très-peu désireux de louanges, et que la malveillance systématique a consterné. Quand l'injustice, qui froisse toujours, se donne carrière, quand ceux sur qui l'on comptait faiblissent, quand on se heurte au parti pris, alors on fait le brave peut-être, on chante pour ne pas pleurer; mais n'y regardez point de trop près, sous cette vaillance il y a bien des tristesses, sous cette indépendance il y a déjà peut-être comme un avant -goût d'asservissement.

Il ne faut pas qu'il en soU ainsi. Quoique la sympathie soit douce, quoique certames natures surtout la souhaitent passionnément, gardons-nous de. la transformer en nécessité absolue. Notre liberté morale demande à être défendue aussi de ce côté-là. Ce sera difficile, sans doute : après avoir accepté la désapprobation et l'insuccès, accepter au besoin la cessation des bienveillances accoutumées, faire passer sa conviction et son devoir avant cela, ne pas fléchir, demeurer libre, ce n*es!; pas le fait des âmes vulgaires. Plus; il y a de délicatesse en nous, et plus certaines brutalités nous atteignent; plUs nous sommes aimants, et plus nous nous sentons éperdus à la rencontre de visages Bnnemis. m 10

Alors naissent pour nous deux tentations : celle de h Iftcheté et celle du découragement.

Deux chaînes qui conduisent à Tesclavage. — Si noni sommes lâches, si nous reculons devant l'ennemi, A nous achetons un retour de faveur, il est bien clair qut nous avons cessé de nous appartenir. Si nous nous décourageons, si l'affreuse parole : A quoi bon! vïesùi se glisser sur nos lèvres , nous renonçons à ce qui ' faisait notre force. Qu'est-ce qu'un soldat qui a jeté ses armes? Qu'est-ce qu'un homme qui a mis sous clef ses convictions? Le cœur litoe est celui qui regarde plus haut que le succès, plus haut même que la sympathie, * qui espère contre toute espérance, qui croit à la puii* ' sance intrinsèque de la vérité, qui se confie au Dieu de '. vérité et qui sait attendre. — * a S'il tarde, attends-le. i -^

Ce serait une étude curieuse que celle des rapports . qui existent entre la haine et la servitude. J'ai dû me borner à ces rapides indications; au reste, quiconque ; lit avec attention Thistonre, remarquera que les grandes libertés se sont toujours fondées dans l'espérance. Les 'l désolations éloquentes d'un Démosihène ou d'un TacHa ^ sont admirables pour protester contre le despotisme qui < s'approche, mais elles sont aussi impuissantes qu'admi* ; râbles ; ces voix âpres se font entendre à l'heure des dé- ^ cadences sans remède. La fondation des gouvernements libres s'accomplit dans de tout autres conditions : ily -^ faut l'enthousiasme, la foi nsâve, l'élan général, les ! chaudes sympathies; il faut que le foyer soit brûlant^ pour que le chef-d'œuvre du statuaire jaillisse da moule.

La liberté n'est point htfgnease. Essayez de la fonder

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