‹ La liberté politiqueChapitre 33 sur 66 · nsis · texte numérisé non relu

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Nous entendons professer assez haut depuis quelque temps le bizarre principe de rindiiïérenee en matière de eonstitation politique. Les ons affirment que la liberté politique n'est qu'un leurre sous toutes !es formes de gouremement; les autres, sans pousser la théorie aussi loin, croient qu'il n'y a rien de mieux à faire dans la pratique que de s'accommoder aux circonstances, et de défendre l'ordre sous un gouvernement populaire, ou d'arracher à un gouvernement despotique quelques mesures libérales.

CSe scepticisme politique ne saurait étonner personne; c'est le fruit naturel des révolutions. Nous avons eu^ en

trois quarts de siècle, la constitution de 1791 , celle de 1793, celle de 1795 (an m), le sénat us-consul te organique de 1804, la Charte constitutionnelle de 1814, l'acte additionnel de 1815, la Charte de .1830, la Constitution de 1848, la Constitution de 1852, celle de 1875; trois ou quatre sortes de républiques, et autant de monarchies. Quand un pays a changé plusieurs fois de constitution dans un petit nombre d'années, il se trouve tout rempli d'hommes qui ont à justifier ou à préparer une apostasie. Combien de fois, depuis 1789, a-t-on répété, en manière d'apologie, que tel homme avait changé de parti pour rester fidèle à son opinion? Pour moi, je ne nierai pas que de telles conversions aient pu être sincères : je regrette seulement qu'elles ne soient pas demeurées secrètes. Il peut arriver à un honnête homme, que des relations d'amitié ou de famille , ou peut-être un enthousiasme irréfléchi avaient entraîné dans un parti, de reconnaître de bonne foi qu*il s'est trompé, qu'il a pris des espérances pour des possibilités ; que la sécurité, la gloire et l'avenir du pays sont sous un autre drapeau. Quand on a le malheur de faire en soi-même une pareille découverte après avoir publiquement donné des gages à la cause qu'on abandonne, la morale veut qu'on le reconnaisse hautement, et qu'après cette confession, on sorte de la politique pour n'y plus rentrer. Il ne faut pas se laisser duper par ce sophisme à l'usage des vaniteux, qu'on est nécessaire. Cela n'est vrai de personne, et surtout cela ne saurait être vrai d'un homme qui, s'étant trompé, de son propre aveu, en une i^atière grave, a donné par là une preuve médiocre de son intelligence. L'exercice du pouvoir a trop de charmes, et il est accompagné de trop d'avantages pour qu'une conversion ne soit pas suspecte quand elle a pour effet de permettre au nouveau converti de devenir ra^socié et le • copartageant des adversaires qui l'ont battu. Quand un* général célèbre vit ou crut voir qu'en servant Napoléon !•',

il ne servait pas la cause de la France, son devoir était

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d'attendre la paix, et de rentrer dans b fie prîrée : an lien de cda, qne fit-il? il porta à remieini nn nom déshonoré^ et des talents désonnais impuissants.

Le senl serriee qne pnisae rendre à son pays l'homme qui Toit tomber ses illnsîons pcditiqnes, c'est de donner, en se mettant à l'écart, nne prenre de sa loyauté et de son désintéressement. La France a plos besoin de caractères qne de fonctionnaires. IS j'étais an pouvoir, je ne voudrais pas de ces recrues éclatantes qui me feraient gagner un serviteur, et feraient perdre un homme à la patrie. Si j'étais mêlé aux luttes poUtiques, je me réjooirais, je m'honorerais de ne voir devant moi que des adversaires fidèles à leur passé et à leurs convictions.

n n'est pas vrai d'ailleurs qne la politique soit si peu de chose; c'est là un grossier sophiône qui ne peut être inventé et accueiUi que par l'intérêt personnel. Le gouvernement absolu et le gouvernement représentatif difiè-> rent dans leur but, et dans les moyens qu'ils emploient pour y parvenir. Un pays ne peut pas, sans nn grand péril pour sa prospérité et son inflaence, osciller longtemps de l'nn à l'autre. B ne peut pas garder, sons un r^me, des institutions et des mœurs faites pour un régime différent. Une constitution n'est puissante dans un pays que quand elle est conforme à ses vœux, à ses besoins, à ses moeurs^ à ses lois; et, réciproquement, il n'y a de force, de stabilité pour les lois et pour les mœurs d'un pays que quand tout cela est couronné par une constitution analogue. Le scepticisme est faux , il est malsain. U n'a pas plus de raison d'être en politique qu'en morale. U dégrade l'âme qui s'y livre, et il aurait bientôt fait de démoraliser un peuple.

II ne saurait être question ici d'examiner quelle est la meilleure constitution et celle qui convient le mieux à notre pays. Chacun, sur ce point a une opinion faite, etje ne sens pour moi ni le besoin de justifier la mienne, ni le désir de lui gagner des partisans*. Qu'il me soit per-

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