PRÉFACE
Le livre que j'offre au public ne lui est pas inconnu. Ces études ont déjà paru séparément dans le Journal des Débats^ et c'est la bienveillance même» avec laquelle on les a reçues qui m'engage à les réunir sous un titre commun, et qui rend mieux ma pensée. Si divers que soient en apparence les sujets que je traite dans ce volume, tous mes jugements partent d'un même principe, et sont inspirés d'un même esprit. En religion, comme en tout le reste, ce que je déiends avec une conviction toujours croissante, ce sont les droits de l'individu; en d'autres termes, c'est la liberté*
La liberté religieuse signifie deux choses. Dans son acception la plus large, le mot est synonyme de liberté de conscience; c'est le droit de chercher la vérité religieuse, droit qui appartient à toute créature humaine, dès qu'elle sent le lien qui la rattache à son auteur. Dans un sens plus étroit, ce mot exprime l'indépendance politique des communautés religieuses, la séparation de l'Église et de l'État. Ce sont deux li-
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bertés qui se tiennent, deux droits naturels que la Société reconnaît, mais qu'elle ne crée pas.
Ce n'est pas en notre qualité de citoyens, mais en notre qualité d'hommes, c'est-à-dire d'êtres intelligents et moraux, que nous ayons avec Dieu des rapports où le monde n'entre pas; chacun de nous est né pour chercher la vérité; la vérité n'est pas en la puissance des princes, et ce n'est pas la loi qui l'établit. Si un souverain, quel qu'il fût, roi ou assemblée, pouvait décider de la vérité, ce souverain serait Dieu. Chacun de nous est né pour cultiver son âme, pour conformer librement sa volonté à la volonté divine, notre foi ne concerne donc pas les autres hommes ; notre salut est personnel, et ne regarde que nous. L'État n'a pas d'âme, les intérêts qu'il gouverne s'arrêtent aux portes du tombeau ; d'où lui viendrait son droit sur les choses qui ne sont pas de la terre? Nous lui devons l'obéissance civile, et rien de plus; notre conscience nous reste tout entière. A César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. La loi du Christ, comme le dit si justement l'Apôtre, est la loi parfaite de la liberté \
L'indépendance des Églises n'esl que la garantie de la liberté de conscience. C'est parce que chacun de nous est maître de son âme que chacun de nous a droit d'exiger que les lois ne gênent pas sa religion. Comment chercher la vérité, comment pratiquer ce qu'elle ordonne, si TÉtat protège une Église, autrement dit s'il épouse un symbole, et nous impose
> Ép. ôaint Jacques \, 25.