‹ La licorne comédie en un acte Octave GastineauChapitre 2 sur 11 · GEORGETTE, ANDOCHE · texte numérisé non relu

GEORGETTE, ANDOCHE

Au lever du rideau, Andoche, habillé en touriste, est debout devint la fenêtre fermée et regarde au dehors. Il a déposé sur plusieurs meublet son sac de touriste, son chapeau et son bâton ferré. Ceorgette est assise devant la cheminée (au lointain), sur un vieux fauteuil ; elle est enveloppée dans un Water-proof. — Costume de voyage. — Petit chapeau. — Elle se sbche, comme une personne trempée par la pluie. — Sur un escabeau, son sac de voyage.

GEORGETTE, frileuisment.

Eh bien, monsieur?...

Eh bien, madame, le temps se maintient. Àh! pour une jolie pluie, voilà une jolie pluie.

GEORGETTE

Croyez-vous qu’elle dure longtemps ?

ANDOCHE

Oh ! non, un jour ou deux.

GEORGETTE

Vous dites ?

ANDOCHE

Un jour ou deux.

GEORGETTE

Ah î mon Dieu 1

ANDOCHE

Peut-être plus, mais cela n’a rien d’extraordinaire. Songez, madame, que nous sommes à Grindelwald, c’està-dire à deux mille cinq cents mètres au-dessus du niveau des Champs-Élysées... au milieu des nuages.:, comme dans les féeries.

GEORGETTE, éternuant et >e rasseyant.

Atchi !

ANDOCHE

A VOS SOuhaitS, madame. (Allant à la cheminée et mettant du bois.) Vous vous enrhumez*. (Regardant sa robe.) Tenez, votre robe est encore toute trempée... (il a’est assis sur un

tabouret de bois.)

GEORGETTE

Ah ! pourquoi ai-je refusé d’écouter les conseils de Julie!

ANDOCHE

Qui ça, Julie?

GEORGETTE

Ma femme de chambre. Ce matin, quand je suis partie d’Interlaken, le soleil était splendide; mais Julie m’a dit « Méfiez-vous, madame, il pleuvra aujourd’hui. »

* Andoche, Georgette

ANDOCHE

Mademoiselle Julie avait prévu la pluie. Mais alors ce n’est pas uue camériste, c’est une grenouille.

GEORGF.TTE.

Je désirais visiter la grotte de glace de Grindelwald... J’arrive dans cet hôtel, je prends un guide qui me conduit au glacier, mais au moment où nous revenions, un orage nous surprend ; je le brave, croyant mon waterproof imperméable. Ah ! monsieur, quelle désillusion !

ANDOCHE

Moi, madame, je ne crois même pas au caoutchouc.

GEORGETTE *

Je rentre inondée... des pieds à la tête ; je demande une chambre avec du feu: impossible de me faire comprendre, l’hôtesse ne parle qu’allemand.

ANDOCHE

Le hasard, un heureux hasard m’avait conduit dans ce chalet... avant l’orage... je vous sers d’interprète...

GEORGETTE

L’hôtesse me fait monter dans cette salle... et, grâce à vous, monsieur, je puis me sécher... ou à peu près.

ANDOCHE

Ainsi, madame, vous voyagez. . . seule en Suisse ?

GEORGETTE

Avec Julie... et mon mari...

ANDOCHE

Vous êtes mariée... Ah! madame, quelle désillusion!

(il s'aisied près de la table.)

GEORGETTE

Comment, monsieur, une désillusion ? * Georgetto, Andoclie.

ANDOCHE

Pour moi, madame; quand je rencontre une dame isolée, je ne pense jamais qu’elle peut avoir un mari ; du reste, puisque le vôtre s’est claquemuré à Interlaken.

GEORGETTE

Mais il viendra me rejoindre, il me l'a promis.

ANDOCHE

Il y a tant de promesses qui tombent dans l’eau... surtout quand il pleut...

GEORGETTE

Et vous, monsieur, vous visitez la Suisse en touriste ?

ANDOCHE

Oui, madame, depuis trois semaines que j’ai quitté Paris.

GEORGETTE

Ah ! vous êtes Parisien ?

Plus que Parisien, boulevardier... Mais vous aussi, madame, vous êtes Parisienne ?

GEORGETTE

Non, monsieur, je suis d’origine italienne.

ANDOCHE, aYec enthousiasme.

Oh! l’Italie, la patrie du Dante !

GEORGETTE

Mais j’ai été élevée en Franco, la patrie de M. Prud’homme.

ANDOCHE

Ah! très-joli le mot. (Tirant un carnet de sa poche.) VOUS permettez. |n écrit.)

GEORGETTE, souriont.

Comment, monsieur, vous collectionnez les mots des autres ?

ANDOCHE

Oui, madame, pour les utiliser ensuite.

GEORGETTE

Ah! je comprends... faute de cigares... vous ramassez les bouts que l’on jette.

ANDOCHE

Précisément. Charmant encore, celui-là. (n écrit.)

GEORGETTE, à part.

C’est un journaliste. (Elle éternue.)

ANDOCHE, se levant.

Madame, laissez-moi vous donner un conseil, (n dépose

son carnet sur la table.)

GEORGETTE

Je vous écoute, monsieur.

ANDOCHE

Eh bien, si vous n’éprouvez pas un vif désir... cl’attrapêr un bon rhume... ou mieux, une bonne fluxion de poitrine...

GEORGETTE, i part.

Une bonne fluxion. C’est un médecin.

ANDOCHE

Changez bien vite de robe.

GEORGETTE, se levant.

Je ne demanderais pas mieux... si j’en avais le moyen.

ANDOCHE

Rien de plus facile, je vais demander à mademoiselle

Fritzen, la fille de l’hôtesse, de vous prêter un costume complet.

GEORGETTE

Au fait... pourquoi pas... si je puis éviter ainsi une bonne fluxion de poitrine, comme vous dites.

ANDOCHE

Vous consentez !... Jo vais négocier l’emprunt, (il son

par la gauche.)

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