GEORGETTE, ANDOCHE
Au lever du rideau, Andoche, habillé en touriste, est debout devint la fenêtre fermée et regarde au dehors. Il a déposé sur plusieurs meublet son sac de touriste, son chapeau et son bâton ferré. Ceorgette est assise devant la cheminée (au lointain), sur un vieux fauteuil ; elle est enveloppée dans un Water-proof. — Costume de voyage. — Petit chapeau. — Elle se sbche, comme une personne trempée par la pluie. — Sur un escabeau, son sac de voyage.
GEORGETTE, frileuisment.
Eh bien, monsieur?...
Eh bien, madame, le temps se maintient. Àh! pour une jolie pluie, voilà une jolie pluie.
GEORGETTE
Croyez-vous qu’elle dure longtemps ?
ANDOCHE
Oh ! non, un jour ou deux.
GEORGETTE
Vous dites ?
ANDOCHE
Un jour ou deux.
GEORGETTE
Ah î mon Dieu 1
ANDOCHE
Peut-être plus, mais cela n’a rien d’extraordinaire. Songez, madame, que nous sommes à Grindelwald, c’està-dire à deux mille cinq cents mètres au-dessus du niveau des Champs-Élysées... au milieu des nuages.:, comme dans les féeries.
GEORGETTE, éternuant et >e rasseyant.
Atchi !
ANDOCHE
A VOS SOuhaitS, madame. (Allant à la cheminée et mettant du bois.) Vous vous enrhumez*. (Regardant sa robe.) Tenez, votre robe est encore toute trempée... (il a’est assis sur un
tabouret de bois.)
GEORGETTE
Ah ! pourquoi ai-je refusé d’écouter les conseils de Julie!
ANDOCHE
Qui ça, Julie?
GEORGETTE
Ma femme de chambre. Ce matin, quand je suis partie d’Interlaken, le soleil était splendide; mais Julie m’a dit « Méfiez-vous, madame, il pleuvra aujourd’hui. »
* Andoche, Georgette
ANDOCHE
Mademoiselle Julie avait prévu la pluie. Mais alors ce n’est pas uue camériste, c’est une grenouille.
GEORGF.TTE.
Je désirais visiter la grotte de glace de Grindelwald... J’arrive dans cet hôtel, je prends un guide qui me conduit au glacier, mais au moment où nous revenions, un orage nous surprend ; je le brave, croyant mon waterproof imperméable. Ah ! monsieur, quelle désillusion !
ANDOCHE
Moi, madame, je ne crois même pas au caoutchouc.
GEORGETTE *
Je rentre inondée... des pieds à la tête ; je demande une chambre avec du feu: impossible de me faire comprendre, l’hôtesse ne parle qu’allemand.
ANDOCHE
Le hasard, un heureux hasard m’avait conduit dans ce chalet... avant l’orage... je vous sers d’interprète...
GEORGETTE
L’hôtesse me fait monter dans cette salle... et, grâce à vous, monsieur, je puis me sécher... ou à peu près.
ANDOCHE
Ainsi, madame, vous voyagez. . . seule en Suisse ?
GEORGETTE
Avec Julie... et mon mari...
ANDOCHE
Vous êtes mariée... Ah! madame, quelle désillusion!
(il s'aisied près de la table.)
GEORGETTE
Comment, monsieur, une désillusion ? * Georgetto, Andoclie.
ANDOCHE
Pour moi, madame; quand je rencontre une dame isolée, je ne pense jamais qu’elle peut avoir un mari ; du reste, puisque le vôtre s’est claquemuré à Interlaken.
GEORGETTE
Mais il viendra me rejoindre, il me l'a promis.
ANDOCHE
Il y a tant de promesses qui tombent dans l’eau... surtout quand il pleut...
GEORGETTE
Et vous, monsieur, vous visitez la Suisse en touriste ?
ANDOCHE
Oui, madame, depuis trois semaines que j’ai quitté Paris.
GEORGETTE
Ah ! vous êtes Parisien ?
Plus que Parisien, boulevardier... Mais vous aussi, madame, vous êtes Parisienne ?
GEORGETTE
Non, monsieur, je suis d’origine italienne.
ANDOCHE, aYec enthousiasme.
Oh! l’Italie, la patrie du Dante !
GEORGETTE
Mais j’ai été élevée en Franco, la patrie de M. Prud’homme.
ANDOCHE
Ah! très-joli le mot. (Tirant un carnet de sa poche.) VOUS permettez. |n écrit.)
GEORGETTE, souriont.
Comment, monsieur, vous collectionnez les mots des autres ?
ANDOCHE
Oui, madame, pour les utiliser ensuite.
GEORGETTE
Ah! je comprends... faute de cigares... vous ramassez les bouts que l’on jette.
ANDOCHE
Précisément. Charmant encore, celui-là. (n écrit.)
GEORGETTE, à part.
C’est un journaliste. (Elle éternue.)
ANDOCHE, se levant.
Madame, laissez-moi vous donner un conseil, (n dépose
son carnet sur la table.)
GEORGETTE
Je vous écoute, monsieur.
ANDOCHE
Eh bien, si vous n’éprouvez pas un vif désir... cl’attrapêr un bon rhume... ou mieux, une bonne fluxion de poitrine...
GEORGETTE, i part.
Une bonne fluxion. C’est un médecin.
ANDOCHE
Changez bien vite de robe.
GEORGETTE, se levant.
Je ne demanderais pas mieux... si j’en avais le moyen.
ANDOCHE
Rien de plus facile, je vais demander à mademoiselle
Fritzen, la fille de l’hôtesse, de vous prêter un costume complet.
GEORGETTE
Au fait... pourquoi pas... si je puis éviter ainsi une bonne fluxion de poitrine, comme vous dites.
ANDOCHE
Vous consentez !... Jo vais négocier l’emprunt, (il son
par la gauche.)