PREFACE
«Arrachez à la secte maçonnique le masque don* elle se couvre et faites la Toir telle qu'elle est.»
(LÉON XIII, Humanum genus.)
La conspiration maçonnique que nous venons dénoncer ici n'est pas un mythe. La trame en a été ourdie à Montréal même, contre l'éducation catholique dans la province de Québec. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire les pages qui suivent.
On a beaucoup parlé — il n'3^ a pas longtemps — du péril anglais et protestant qui menace notre système scolaire. Ce péril a son expression dans le bill Roddick, qui conduirait infailliblement à la création d'une université d'État absorbant nos institutions catholiques et françaises. L'on sait avec quelle énergie l'Hon. M. Turgeon a répudié ce bill au dernier Parlement de Québec. Espérons qu'il lui a donné son coup de grâce.
Mais le péril maçonnique, très réel aussi, est encore plus grand. Il a son expression dans la Ligue de l'Enseignement fondée à Montréal dans l'automne de 1902. Cette Ligue, il est vrai, a déjà été dénoncée au public ; et, malgré que certains la disent profondément endormie, et même morte, nous avons cru devoir la démasquer aux 3^eux de tous les Canadiens français, sinon
XIY
pour lui rendre à tout jamais le réveil impossible, du moins pour mettre en garde tous ceux qui, ne la connaissant pas, pourraient lui accorder leur appui.
Telle est la raison de ce livre que nous dédions respectueusement à ceux qui, de droit, sont les premiers intéressés en matière d'éducation chrétienne, aussi à tous les éducateurs et à tous les amis de l'instruction publique.
Dans une première partie, nous retraçons fidèlement l'historique de la Ligue canadienne, nous efforçant d'en faire ressortir le caractère et l'origine maçonnique.
Dans une seconde partie nous en faisons connaître la mère, c'est-à-dire la Ligue de l'Enseignement en France, son esprit, ses doctrines, son but, sa tactique, ses faits et gestes, ses résultats. Le lecteur ne manquera pas de voir que le tout est parfaitement étayé de documents et de pièces justificatives. Quiconque veut voir, verra alors clairement que nous n'exagérons pas en jetant si haut le cri d'alarme.
Oui, Canadiens français, nous le répétons, vous n'avez pas de pire ennemi que cette Ligue. Soyez persuadés que, si vous ne lui écrasez la tête, la fille fera dans la Nouvelle-France, l'œuvre de mort que la mère accomplit dans l'ancienne.
Sachez-le bien: la Ligue française de l'Enseignement appelée par son fondateur, Jean Macé, la ûUe de la maçonnerie, a été l'instrument dont se sont servi les francs-maçons dans la lutte qu'ils ont livrée à l'Église, lutte qui a eu pour résultat le vote de toutes les lois antichrétiennes depuis trente ans.
Dès 1882,1e néfaste projet de la loi des associations, était déposé par Waldeck-Rousseau devant les Loges, et provoquait cette déclaration très suggestive du F.". Poulie : "Je viens de prendre connaissance du projet de loi "Waldeck-Rousseau" sur les associations. Ce projet de loi est à l'étude de la commission. S'il est voté, même avec des amendements, nous y trouverons de quoi faire vivre le Grand-Orient de France et les Loges. " (1)
Or, ce que beaucoup de Canadiens ne savent pas, c'est que le Grand-Orient de France a des ramifications au Canada. Une de nos deux Loges françaises de Montréal, la loge r Émancipation, relève directement de lui et obéit à ses lois !
L'apparition, sur nos bords, d'une fille de la Ligue de l'Enseignement n'a donc rien que de très naturel. Mais rien, aussi, de plus naturel que la fille se propose, comme la mère, la destruction de l'Église, en l'empêchant d'exercer sa salutaire influence sur l'âme de nos enfants. Rien de plus naturel encore, que la fille, comme la mère, use d'astuce et de mensonge pour arriver à ses fins ; qu'elle se présente sous un dehors patriotique et national, qu'elle se cache sous le masque d'une apparente modération, et cherche à se couvrir sous l'autorité de certains hauts personnages, dont les noms lui servent de talisman, afin de mieux surprendre la bonne foi, et faire plus ample moisson.
Nous avons sous les ^-eux la liste des membres de la Ligue canadienne. On y voit figurer des ministres, des
(1) Bulletin du Grand-Orient, 1882, p. 133.
sénateurs, des conseillers législatifs, des députés, des juges, des avocats, des médecins, des échevins, des journalistes, des marchands, des fonctionnaires publics, des hommes de toute condition. Nous sommes persuadés que la bonne foi de plusieurs a été surprise. Certains noms que nous connaissons sont à l'abri de tout soupçon. Voilà pourquoi nous les tairons ici.
Quand à ceux qui ont assumé la responsabilité de la création de cette Ligue, il fallait les montrer du doigte Nous l'avons fait ; et cela, non par haine pour leurs personnes, mais par amour pour l'Église et la patrie canadienne française menacées dans ce qu'elles ont de plus cher.
Henri Bernard.
Notre-Dame-des-Neiges, ouest.