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Chapitre XVII Notre système scolaire

NOUS avons vu dans le chapitre précédent, quels étaient les droits de l'Église et de l'État en matière d'éducation.

Ces droits, en pratique, sont-ils pleinement reconnus dans la province de Québec, où la Hberté religieuse est garantie par tant d'actes solennels ?

Non! Et seuls les éloges que la Ligue canadienne adresse à notre loi scolaire, sufl&raient, vu l'esprit de cette Ligue, pour en faire douter. " Notre loi scolaire, dans son esprit et dans son but, mérite les plus grands

éloges ," est-il dit à la page 3 du Manifeste de notre

Ligue.

Or, le programme de la Ligue étant: "l'instruction est charge d'État" si le témoignage de la Ligue est sincère, il faut en conclure que notre loi scolaire, dans son esprit et dans son but, tend à faire de l'éducation une charge d'État.

Mais un autre témoignage d'une valeur au moins aussi grande, est celui du président actuel de la Ligue française, Ferdinand Buisson, franc-maçon notoire.

AI. Buisson range en effet le Canada parmi les pays dont les lois scolaires on consacré le principle de l'école neutre, (Dictionnaire de pédagogie, tome 1er p. 4-73. )

Certes, ce témoignage de M. Buisson ne doit pas être rejeté facilement ; car en la matière, c'est un vrai connaisseur. Al. Buisson qui a été rapporteur des commissaires scolaires, dans maintes expositions générales, a non seulement pu, mais même dû étudier les divers systèmes d'éducation. M. Buisson connaît particulièrement la province de Québec, qu'il a visité.

Cette déclaration sur la tendance de notre système scolaire, nous laisse plus que pensif. Elle nous semble aussi donner raison à cette appréciation de la Vérité de Québec, (décembre 1903):

«Sans doute les sectaires trouvent nos écoles bien trop catholiques et voudraient en bannir tout enseignement religieux; mais il n'en est pas moins vrai que notre organisation scolaire repose sur de faux principes, que les maçons n'auraient qu'à appliquer dans toute leur rigueur pour produire un effet désastreux.»

La Ligue canadienne trouve notre loi scolaire parfaite, elle n'en demande que la stricte application.

D'ailleurs il suffirait de faire remarquer ici certains faits déjà bien connus du public, par exemple, que l'État s'arroge le droit de nommer lui-mêine les membres du Conseil de l'Instruction publique, même les évêques, ce qui fait que ce corps qui devrait être indépendant de l'État, n'en est qu'un instrument ; que l'État se permet encore, à Montréal, par exemple, de nommer trois des commissaires d'écoles catholiques qui, comme tous les autres membres de la même commission, devraient être simplement des représentants des pères de familles ; et aussi le fait fort significatif, et constaté par M. C.-J. Magnan

dans son Mémorial de T Éducation, (p. 8), que le gouvernement de la province de Québec n'accorde de subsides pris sur les deniers publics, qu'aux seules écoles qui relèvent directement de lui, et en prive les autres maisons d'éducation presque toutes dirigées par des communautés religieuses, comme si ces dernières n'y avaient pas au moins un égal droit.

Nous croyons devoir signaler ici une erreur commise par Mgr P.-L. Péchenard, dans son article sur l'éducation au XIXe siècle, paru dans le superbe ouvrage " Un siècle", écrit en collaboration. (1)

Mgr Péchenard est un admirateur de notre système scolaire, et place le Canada au nombre des pays où l'enseignement libre est subventionné par l'État. Voici le passage en question :

« Toutefois, cette liberté (d'enseignement) ne sera vraiment complète et ne portera ses fruits, que le jour où, les écoles libres et confessionnelles seront subventionnées sur les fonds de l'État au prorata du nombre et de la valeur des élèves. Elles le sont déjà en Belgique, en Hollande, en Angleterre et au Canada; et elles aspirent à l'être aux États-Unis, C'est une mesure de simple justice, que le progrès de l'idée de liberté ne peut manquer d'imposer avec le temps, au pouvoir public.»

Nous regrettons beaucoup de voir Mgr Péchenard en pleine contradiction avec les faits, au moins pour ce qui concerne les Etats-Unis et le Canada : aux Etats-Unis, l'État ne donne rien aux écoles catholiques ; et au Canada, seulement les écoles congréganistes qui n'ont pas vu l'inconvénient de se mettre sous

(1 ) Ua siècle. — Mouvement du monde de 1800 à 1900, publié par les soins d'un comité, sous la présidence de Mgr Péchenard.

le contrôle de l'État, reçoivent une part des deniers public. Ainsi, pour ne pa.rler que de la province de Québec, M. C.-J. Magnan fait remarquer que cent seize couvents et soixante-douze écoles de Frères ne reçoivent absolument aucuns secours de l'Etat, et que ce sont précisément ces institutions qui sont les plus importantes, les plus prospères (au point de vue des études), et qu'à elles seules elles donnent au moins autant, au point de vue pécuniaire, que l'Etat, à l'œuvre de l'éducation. (1)

Leur donner une juste part dans les deniers publics ne serait donc pas comme le dit si justement Mgr Péchenard, une simple mesure de justice.

Ce n'est pas le lieu ici, de faire le procès de notre système scolaire : nous n'en avons parlé que pour montrer la raison d'être des éloges que lui a décerné si libéralement la Ligue de l'Enseignement. Nous le demandons cependant : N'est-ce pas là déjà, un commencement de monopolisation de l'Enseignement par l'État ? (2)

(1) C.-J. Magnan: Mémorial sur l'Education.

(2) WEduc&tion ou la grande question sociale du jour. Recueil de documents propres à éclaircir les gens de bonne foi. Montréal. l'Étendard, 1886.

Là, on verra ndrc vraie situation au point de vue scolaire. Voici à quoi elle se résume :

1° Les catholiques de la province de Québec, peuvent, s'ils le veulent, diriger l'éducation scolaire de leurs enfants tout à fait catholiqueinent

2° Notre système de l'instruction publique est loin de mériter l'admiration d'un peuple catholique.

3° Le monopole de l'enseignement par l'État n'existe pas encore chez nous, 11 est vrai, mais nous y marchons rapidement.

4"' Nos catholiques ont grandement raison de nourrir les appréhensions les plus graves sur notre situation scolaire.

Il n'y a pas Heu toutefois de désespérer, vu l'immense ressource que nous ayons dans la foi si vive de nos populations. Mais il est grand temps de réagir.

1° Il faut éclairer l'opinion.

2° Forcer les députés parlementaires à défendre les vrais droits en éducation

3° Empêcher l'État d'empiéter sur les droits des pères de familles et de l'Église.

4° Paire rappeler toute législation scolaire contraire aux droits susdits.

5° Suivre attentivement les affaires d'éducation.

6° Se bien garder de mettre nos écoles libres sous le contrôle de l'État.

7° Enfin, tenir constamment présent à l'esprit, comme une maxime indiscutable, que l'éducatîon appartient à l'Église et aux parents; et que le seul droit ou plutôt le devoir des gouvernements, c'est, selon l'expression du P P<'titalot, de «sauvegarder les droits qui sont en cause, savoir: le droit de l'Église qui est divin, le droit des parents qui est naturel, le droit des contribuables qui est civil et politique. »

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