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Chapitre V

" L'influence considérable " de la Ligue ou

Ses faits et gestes

ANNONÇANT à ses confrères la mort de Jean Macé, M. Challemel-Lacour, président du sénat, rappelait que la Ligue a entraîné le gouvernement et les pouvoirs publics ; qu'elle a exercé une pression réelle dans la politique intérieure des vingt dernières années et qu'elle a eu sa part dans la conception de plusieurs lois d'une grande portée.

«<Le Pape et le clergé catholique — disait-il — ont accusé la franc-maçonnerie de la révolution qui s'est accomplie dans les idées et dans le système scolaire de ce pays. Il m'a toujours paru qu'il y avait là une méprise et comme un reste de superstition à l'endroit du rôle qu'on prêtait jadis aux sociétés secrètes. L'Église se serait moins trompée si elle avait rendu responsable des lois scolaires, la Ligue de l'Enseignement.» {^Bulletin de la Ligue 1894, p. 4-88.)

N'en déplaise à M. Challemel-Lacour, Jean Macé a, dans plus de cent circonstances, affirmé que la Ligue de l'Enseignement n'était qu'une maçonnerie extérieure, la fille de la maçonnerie, sa sœur, etc. etc. Le Pape, l'Église et le clergé ne se sont donc pas trompés. Veuton de nouvelles JDreuves ?

M, Merchier, rapporteur des travaux des loges, au couvent de 1895, rendait ainsi hommage à l'activité pédagogique du Grand-Orient:

«La franc-maçonnerie a montré par l'organisation de notre enseignement primaire dont elle a été la véritable inspiratrice (par son organe la Ligue de l'Enseignement), tout l'intérêt qu'elle porte à la cause de l'ene^'ignement populaire. Ce sont les meilleurs de ses membres. Paul-Bert, Floquet, Jules Ferrj. Buisson, Brisson, Jean Macé etc., qui ont été les promoteurs des lois scolaires. Aujourd'hui, comme jadis, la maçonnerie surveille avec un soin jaloux le fonctionnement de notre enseignement primaire. (^Bulletin du G. '.-O.'., août 1895, p. 122.)

« C'est la franc-maçonnerie, disait au convent de 1897, le F.'. Hubbard, qui a fait passer dans la législation de la troisième République les lois militaires et scolaires.» (Discours de clôture du convent de 1897, p. 12.)

Du reste, la Ligue française de l'Enseignement et la franc-maçonnerie ne faisant qu'un, redire en matière d'éducation les faits et gestes de l'une, c'est redire les faits et gestes de l'autre.

Mais il est temps de raconter les exploits delà Ligue.

Le 6 août 1882, Paul-Bert célébrait avec un enthousiasme communicatif :

" Cette grande association qu'on appelle la Ligue de l'Enseignement, qui a tant travaillé sous l'Empire et à laquelle nous devons, pour la plus grande part, le beau mouvement d'opinion qui nous a permis de doter le pays de l'instruction gratuite, obligatoire et laïque."

Déjà en 1872, les loges avaient été saisies "de ce beau mouvement."

Le F.', de Hérédia, député de Paris et futur ministre, déposait à la séance du 11 juin, à l'assemblée du Grand- Orient, une circulaire adressée à toutes les loges et dans laquelle se trouvait le passage suivant :

«Une loi sur l'enseignement va être présentée à l'assemblée nationale,il est du devoir de la franc-maçonnerie d'intervenir... Nous demandons l'instruction primaire, obligatoire pour tous, gratuite et laïque dans toutes les écoles publiques et communales.»

Paul-Bert, Jules Ferrv- et Jean Macé se chargèrent de la chose et résumèrent ces décisions en trois articles très précis qui formaient tout le programme de l'avenir.

1° «Une fois le système de l'instruction gratuite et obligatoire établi, on laïcisera les écoles communales au besoin graduellement.

2° «Une fois toutes les écoles communales laïcisées, on supprimera par des mesures successives et progressives les écoles congréganistes libres.

3° «Une fois la, dernière école libre fermée, on matérialisera l'enseignement dans les écoles de l'État restées seules.»

Dès 1877, ce programme était approuvé par toutes les loges, et c'était avec raison que le F.*. LejDclletier, rédacteur du Mot d Ordre, pouvait dire en mai 1885 :

" L'école gratuite, obligatoire et laïque a été décrétée, au sein de la maçonnerie, il y a bien des années ; c'est ce qui a rendu possible qu'elle fut votée à la Chambre."

En effet, dès 1881, le parlement adoptait ce programme.

Le 16 juin de cette même année, la gratuité absolue était votée !

Le 28 mars 1882, l'obligation l'était à son tour. Puis le 30 octobre 1886, la laïcisation fut décrétée! Elle était cependant mise en pratique depuis longtemps.

Ainsi, l'on détruisait petit à petit la loi de 1850.

Mais la Ligue ne se contenta pas de ces premiers succès, si considérables qu'ils fussent. Elle visait à la déchristianisation complète de la FraUce.

Voici comment les convents maçonniques de 1899- 1900 résumaient tous les vœux émis au 18e congrès de la Ligue de l'Enseignement:

1° Demande de mise en vigueur des décrets concernant les congrégations et mise à l'étude des projets de loi concernant les associations. (Loi Waldeck-Rousseau.) {Compte rendu, Convent 1899, p. 44-.)

2° Suppression des congrégations religieuses, autorisées ou non. {Compte rendu, Convent 1899, p. 44.)

3° Confiscation des biens de main morte. {Ibid.)

4° Interdiction de l'enseignement aux personnes qui font vœu de chasteté. (Convent 1899, p. 198), et en général à tous les ecclésiastiques. (Convent 1900, p. 314.)

5° Refus pour les emplois de la République, de tout fonctionnaire qui n'aura pas passé par les établissements scolaires de l'État. (Vœu Pochon — Loi Leygues; Convent 1899, p. 89.)

6*^ Abrogation de la loiFalloux et monopole de l'enseignement par l'État à tous les degrés. (Convent 1899, p. 177 à 196.)

7° Privation du droit de vote pour les séminaristes et les membres des diverses congrégations. (Convent de 1900, p. 314.)

8° Séparation des Églises et de l'État. (Convent de 1899, p. 263.)

9*^ Suppression du Budget des Cultes. {Ibid.)

Or qu'est-ce que tout cela sinon le programme de l'apostat Combes ? En réalité, c'est la maçonnerie et sa fille, la Ligue de l'Enseignement, qui gouvernent la France. La Ligue, on le sait, est tout à fait bien avec les ministres actuels et les Chambres. Il n'y a pas jusqu'au président de la République qui ne se fasse gloire de lui appartenir. Ainsi, sous le titre de la " Ligue à l'Elysée," la " Correspondance hebdomadaire "de la Ligue (No 18, 5 avril 1903) nous annonce que le 30 mars 1903, une délégation de la Ligue, son président F. Buisson en tête, s'est rendue à l'Êl^^sée, qu'elle a remis à M. Loubet un exemplaire du congrès de L^'on (où la Ligue a demandé le retrait de la loi Falloux), et l'a entretenu du 23e Congrès qui allait se tenir à Tunis.

M. le président de la République a renouvelé ses sentiments de sympathie à l'égard de la Ligue et rappelé qu'il fut un des premiers adhérents de l'œuvre fondée par Jean Macé.

Toujours active, la Ligue dans son 23e congrès, tenu à Tunis les 11, 13 et 14 avril 1903, a résolu de demander et d'exiger du gouvernement.

1° Que le programme de l'enseignement de la métropole (France) soit appliqué intégralement à la Tunisie.

2° Que l'enseignement public en Tunisie soit gratuit laïque pour tous et obligatoire pour les Français.

3° Mise à exécution de la loi Waldeck-Rousseau, laïcisation de toutes les écoles congréganistes et expulsion de toutes les congrégations, etc. etc. {Bulletin de la Ligue, janvier, février, mars, 1903.)

4° Abrogation de la loi Falloux, et monopole de l'Enseignement par l'État.

" Le No 22 de la même correspondance hebdomadaire, 3 mai 1903, informe les ligueurs que le 28 avril 1903, les ligueurs tunisiens ont présenté à M. Loubet la brochure du 23e congrès, et que M. Loubet a remercié la fédération en termes extrêmement bienveillants, et il a rappelé qu'il fut un des premiers adhér'^nts à la Ligue et l'ami personnel de Jean Alacé."

La même correspondance du 18 janvier 1903, annonçait que MM. Maurice Faure, Brisson, F. Chevalier, Boiss}' d'Anglass, tous de la Ligue, vont renforcer le groupe déjà nombreux des ligueurs au sénat.

Enfin, après toutes les lois qui ont rapport à l'enseignement primaire et à la loi des associations, il faut ajouter au dossier de la Ligue.

1° La loi obligeant les séminaristes et les prêtres au service militaire de la durée d'un an.

2° La nouvelle loi portant à deux ans le service obligatoire, pour tous les Français, les séminaristes et les prêtres compris tout naturellement.

3° La loi du divorce présentée par le juif Naquet et votée le 29 mai 1824.

4° Enfin, et formant le bouquet, la création des lycées, par la loi F.*. Camille Sée, en 1880. (Louis Martin : La franc-maçonnerie ennemie de la France. )

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