CHAPITRE VI
Ce qu'a donné l'école née de la Ligue ET
ce qu'elle coûte au public
INGT années se sont écoulées depuis le jour où
la Franc-maçonnerie et sa fille, la Ligue de
l'Enseignement, étant devenues maîtresses de la
France ont voté les lois décrétant l’école primaire obligatoire, gratuite et surtout laïque.
Vingt années, c’est assurément suffisant pour connaître la valeur d’une méthode. Puisque donc il est convenu de juger l'arbre par ses fruits, voyons les fruits produits par l’école laïque; nous jugerons ainsi de sa valeur, et avec d'autant plus d’'impartialité que l’État seul va nous fournir toutes les données.
M. Hinzelin, professeur au Collège Chaptal, dans son rapport à l'enquête gouvernementale sur la “faillite universitaire”, n’a pas hésité à dire:
‘“On parle sans cesse d’une grande œuvre de réformation nationale. Mais ce n’est pas en refaisant la seule
bourgeoisie d'une nation qu'on refait la nation tout entière. Or l'immense majorité des Français demeure soumise à l'enseignement primaire. Là est le vice, le défaut, le danger. Cet enseignement n’a jamais été approprié aux besoins d’un peuple libre, actif et fécond.”
Et, après avoir flagellé l’enseignement supérieur, et l’enseignement secondaire, tant classique que moderne, il ajoutait:
“Quant à l'enseignement Primaire, c'est un OS, un OS qu’on a jeté au peuple.”
(L'Événement de Paris, 15 juillet 1898)
Et il disait vrai: Les résultats, au point de vue scientifique, ou de l'instruction, sont des plus minces, et, malgré cela, jamais l'instruction n’acoûtésicher au peuple français. C'est ce que je vais démontrer dans ce chapitre.
1° RÉsuLTAT SCIENTIFIQUE : NUL
Écoutons encore ce qu’une autre créature de l'État, M. Ledrain, chargé de faire une enquête sur les résultats scientifiques de l’École primaire laïque, disait dans son témoignage publié par “ ? Eclair et le Manuel général, le 3 septembre 1898 :
“Comment! La loi oblige les enfants à ne pas quitter l’écoleavant treize ans; ils passent donc six années, quelquefois davantage, c’est-à-dire 1400 jours sur les bancs. Et quand >n cherche le fruit de tant de leçons, de tant
Bi —
d'heures scolaires, on arrive, pour la majorité, à cette conclusion: “ils n'ont rien appris.” Oui, ils sortent d'un tel labeur, la tête absolument vide, incapables de tenir une plume. Et les millions dépensés, de part et d'autre, pour aboutir à un pareil néant, y songe-t-on sans frémir?.….”
Après avoir passé en revue les diverses matières, l'orthographe et l’histoire spécialement, M. Ledrain continue :
““Cequej'affirme, d’aprèsles renseignements précis dont je dispose, c’est que l'instruction, pour la masse des enfants, est nulle, dans la plus grande partie de la France, et qu'il devrait en être autrement."
M. Salomon Reinach, à son tour, avait desemblables accents de découragement dans la ‘République française” du 20 juillet1893.
En 1893, sur 343,000 conscrits, 22,000 nesavaient nilireni écrire, 55,000 pouvaient à peine signer leur nom et l'instruction de 12,000 autres ne pouvaient être vérifiée.
Il y avait cependant 12 ans que l'instruction primaire avaïitété décrétée obligatoire. Ces conscrits avaient alors 8 ans et devaient aller à l’école!!
D'ailleurs, les choses n’ont pas changé.
C’est ainsi que la correspondance hebdomadaire dela Ligue de l'Enseignement, 10 mai, 1903, signale comme admirable le fait de l’instituteur Gourdin qui
Pour montrer son dévouement à la République (et obtenir un avancement surtout) a entrepris d’apprendre à lire à 35 soldats du 17me d'artillerie.
Cessoldatsn'ont pourtant que 22 ars au plus, et la loi de l’école obligatoire est votée et mise en vigueur depuis 22 ans!!
Elle date en effet du 28 mars 1882, et l’article III se lit ainsi. “L'instruction primaire est obligatoire Pour tous les enfants des deux sexes, âgés de six aus révolus, à treize ans révolus...”
Oui la loi dit bien cela, mais l’école obligatoire
c'est de la fumisterie.
M. Ledrain nous dit :
“La loi de 1882 n'est nullement observée et de peur de se faire des ennemis politiques, les maires qui sont chargés par la loi, de voir à l'exécution de la mesure, sont les premiers à ne pas s'en occuper. Imitant en cela les maires, lesinstituteurs et les institutrices se soucient fort peu de l'assistance à l’école. L'Inspecteur du Cantal entre autres, ne cache nullement que les instituteurs qui avaient eu tant de promesses, se sentent sacrifiés, que la fréquentation de l’école laisse de plus en plus à désirer, et que la plupart des maîtres en prennent aisément leur parti et ne font rien pour améliorer la situation.”
Les choses en sont à un tel point qu’au congrès de la Ligue, tenu à Alger, un orateur demanda
sérieusement s’il ne serait pas possible d'user de la suggestion hypnotique pour amener à l’école—laique—lesenfants rebelles à toute assiduité scolaire!!! (Manuel général 1898, p. 405.)
Il y a en effet de quoi s’alarmer, car selon M. Jacques Bonzon, fervent disciple de Jean Macé, à Paris seulement plus de50,000enfants nefréquentent pas l’école.
2° COMBIEN COUTE L'Os...GRATUIT!!
Mais cet os jeté si dédaigneusement au peuple, l'État le lui donne-t-il—gratuitement—?
Iciencore les statistiques gouvernementales prouvent avec la plus claire évidence, combien ce mot “gratuité” avec lequelle on capte la faveur du peuple, est mensonger.
Dans son étude ‘Organisation financière et Budget de l'Enseignement primaire en France,” M. Turlin, chef de bureau au ministère de l'instruction publique, fait l'historique du budget de l'instruction primaire en France depuis 1789 à 1887.
C'est cet historique que je vais suivre. Je compièterai par les chiffres quefournitle Journaloffñciel de la République française, mars 1903.
Après avoir déclaré, d'après les documents de l’6poque, qu'avant la Révolution les écoles primaires étaient assez nombreuses, et rappelé que le Concile de Trente (1545) avait ordonné qu’une école fut
ouverte par le curé ou les sœurs, à côté de chaque église, M. Turlin avoue que la grande majorité de ces écoles étaient soutenues par les prêtres ou les congrégations et ne coftaient rien à l'État. Dans les autres, qui ne coûtaient rien à l'État non plus et très peu aux communes, les élèves payaient de 3 à 15 sols par mois.
Puis, M. Turlin partage son historique budgétaire en deux périodes, la première de 1789 à 1833 et la seconde de 1833 à 1887.
De 1789 à la fin du premier Empire, l'instruction primaire fut précaire et malgré toutes les lois passées par la Convention, le Directoire, le Consulat,et l’Empire, il n’y eut de véritable instruction que celle qui fut donnée par les prêtres et les congrégations renaissantes.
Sousl’Empire, le budget de l'État, pource service scolaire, était de 4,250 fr.!!!
En 1832, le budget scolaire était de 984,979fr.29. Le nombre des écoles primaires était alors de 32,520, dont 10,316 seulement (auxquelles était réservé le budget de l’État) appartenaient aux communes.
En 1832 les écoles étaient au nombre de 43,879, le budget de 8,620,766 fr. 38, dont 5,102,538 fr.92 fournis par les communes et 2,959,537 fr. 46. subvention de l’État.
En 1863, le nombre des écoles primaires tant congréganistes que de l'État était de 52,445 et le budget de 36,525,819 fr. 59 (pour 1860)
Enfin, 1870 vint ! époque néfaste où la France passa définitivement sous la domination de la secte maçonnique qui s’empara immédiatement de l'école, pour la laïciser.
En 1870, le budget de l’école primaire était de 63, 695,671 f. 17, et le nombre d'écoles de 53,000.
De 63 milllrs en 1870, lé budget montait en 1887 à 172,900,352 f. 91, c’est-à-dire qu'il triplait presque, tandis que le nombre des écoles, de 53,000, ne montait qu’à 66,784, desquelles il faut naturellement retrancher les 22,100 écoles congréganistes existant en 1832.
Les données de M. Turlin s’arrêtant à 1887, il faut remarquer que, de 1870 à 1887, la subvention accordée par l'Etat à l’école primaire a toujours été environ la moitié du budget total,
Ainsi en 1886, l’État accordait 85,140,701 f. 80, et les départements, villesetcommunes dépensaient 85,115,444 f. 43.
En 1887, l’État accordait 84,748,646f. 78, et les
départements, villes et communes, dépensaient 88, 156,706 f. 18.
Or en gardant les mêmes proportions, la seule subvention de l'État à l'école primaire pour l'année courante étant de 165,939,369 f. (Journal officiel de la R. F.,mars 1903 pp. 84-95), le budget général de l’école primaire est donc de 331,878,396f. Et cependant le nombre d'écol 3 primaires appartenant à l'État ne s'élève qu’à 63,000 environ. (Vuibert, Annuaire de la jeunesse.)
Ainsi en 1870, le budget général était de 63,695,- 671 f. 17,etlenombre d'écoles primaires, de 53,000.
En 1903, le budget est de 331,878,396f., et lenombre des écoles de 63,000: et près de 2,000,000 d'enfants fréquentent encore les écoles libres ! ! ! À combien se montera le budget de la Laïque en 1904 ?
Voilà donc ce que les Ligueurs appellent donner gratuitement l'instruction au peuple. Il y a loin de ces chiffres fantastiques de 300 millions par année à ce que coûtaient l'enseignement avant que la maçonnerie fut au pouvoir.
Et d’ailleurs ces mirifiques résultats n’ont pas été obtenus en France seulement, mais partout où la Ligue de l'Enseignement est implantée. (1)
(1) C'est ceqne confirment les ouvrages de M.Claudio Jannet. Les Etats-Unis contemporains ; M. Martin. L'Enseignement en Anæ&leterre.
Les Documents de la Chambre des représentants belges (Session 78 79. Rappor.c Olin, p. 189. ) Xavier Roux, L'Autriche-Hongrie. etc., etc.
En voilà assez je crois pour montrerla valeur de cette gratuité que prmet la Ligue de l'Enseignement, au Canada comme ailleurs.
Mais, où vont ces millions, puisqueen France par exemple le nombre des écoles est presque stationnaire ?
Voici un petit trait qui sera la morale de ce cha-
pitre.
“Le Board of Schools de New-York a trouvé moyen, dit M. Jannet, de porter au double les taxes scolaires, (de 7,250,000f. à 14,500,000 f. ) alors que nombre des élèves restait le même ou diminusit.
Dans son compte, on voit pour l’année 1869 figurer 300,000 f. pour dépenses imprévues, c’està-dire pour dînerset rafraichissements, que ses membres s’offraient entre eux.’
En 1871, le gouverneur de la Pensylvanie signalait des faits analogues pour cet État. (Robert Somers,The Southern States, p.75; Claudio Jannet, p. 79 ; Jean de Moussac, p. 249.)
11 faut avouer que le peuple les paie fort cher ces douceurs et qu'il n’en a guère de bénéfices.