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PREMIERE FORME LINGUISTIQUE : LE MONOSYLLABISME LES LANGUES ISOLANTES

Parmi les formes différentes que peuvent présenter les langues ou les familles de langues, la forme monosyllabique est la plus simple ; c'est la forme élémentaire, chez laquelle les mots sont de simples racines. Ces racinesmots, ou ces mots-racines, n'éveillent qu'une idée essentiellement générale. Nulle indication de personne, de genre, de nombre ; nulle indication de temps, de mode ; point d'éléments de relation, point de conjonctions, point de prépositions. Rien qu'une idée très large, sinon très vague, une idée que ne rend même pas la forme, si peu déterminée déjà, de notre infinitif.

Dans ce premier état (nous dirons plus tard dans cette première couche), la forme du mot est donc unique : c'est la racine telle quelle, la racine invariable. La langue, dans cette première étape, n'est formée que d'éléments dont le sens est éminemment général : point de suffixes, point de préfixes, aucune modification, quelle qu'elle soit, qui puisse indiquer une relation, un rapport quelconque. A ce premier degré, le plus simple de tous, la phrase est donc faite d'après cette formule : racine + racine + racine, etc., etc., et ces racines successives (c'est là le point capital à noter) sont toujours invariables.

On comprend, après ce court exposé, pourquoi les langues de cette espèce ont reçu la dénomination générale de monosyllabiques ou d'isolantes : leurs mots en

effet sont formés de simples racines monosyllabiques, isolées, indépendantes en principe les unes des autres.

11 est bon de le dire dès maintenant, tous les systèmes linguistiques ont passé par cette période du monosyllabisme ; les langues les plus complexes sous le rapport de la forme, c'est-à-dire les langues à flexion — telles, par exemple, que les langues indo-européennes — révèlent à l'analyse scientifique les traces non équivoques d'une origine monosyllabique, origine lointaine et à laquelle elles ne remontent que par l'intermédiaire d'un autre état, mais que l'on ne saurait mettre en doute un seul instant. C'est ce que nous aurons à constater en temps opportun. Nous verrons aussi, au moment voulu, que la forme intermédiaire, la période de l'agglutination — où l'on rencontre, par exemple, le basque, le japonais, les langues dravidiennes — a donné naissance au système de la flexion, mais qu'elle provient, elle-même, de la couche inférieure, celle du monosyllabisme qui nous occupe en ce moment.

Ce n'est pas à dire que toutes les langues agglutinantes doivent se changer quelque jour en langues à flexion, ni que toutes les langues isolantes (c'est-à-dire monosyllabiques) soient appelées à devenir agglutinantes. Non, sans doute. Bien des langues ont péri qui appartenaient aux deux classes inférieures, et il est certain que, parmi les langues aujourd'hui vivantes et qui se trouvent soit à l'étage du monosyllabisme, soit à celui de l'agglutination, le plus grand nombre est fixé d'une manière définitive ; l'on peut dire, par exemple, sans hésitation que le basque, que les idiomes des Indiens de l'Amérique septentrionale périront sous leur forme actuelle.

D'ailleurs, ce n'est pas sans causes déterminantes que telle ou telle langue s'est fixée de façon définitive dans telle ou telle couche, par exemple, dans celle du monosyllabisme ou dans celle de l'agglutination, et

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