II. W. MacLachIan
The Lachenaye Bridge
TheDeathof Geneval Wolfe
London Tiuios
Documents inédits de Léry Macdonald
L'Eglise des Trois- Rivières Benj. Suite
Venus mercenaria Horace T. Martin
The Beaver at Montréal
J. M. Le Moi ne
Cunadian Mettais struok in 1880
R. W. Maclachian
Conditions de souscription, $2.00 par année.
La Revue contient une excellente gravure en pierre-douce de M. de Beaujeu, le héros de ia Monongahela.
S'adresser. — Canadian Antiguarian and Nuraisfriatic Jeumaly Montréal. Boîte de poste
Mars 1890.
La Justice.
Jacques Cartier, par Joseph Pope.
Uessai de M. Pope couronné au concours ouvert par le Lieutenant-Gouverneur de Québec en i888, vient d'être publié en un joli volume de près de 200 pages.
Ce travail tant au point de vue de la critique historique qu'à celui de l'exactitude des renseignements, fait honneur à son auteur.
Monsieur Pope est un écrivain aussi correct que consciencieux, dégagé de tout préjugé et très sympatique à la race française dont il a apprécié avec une grande justesse le rôle important dans les dé-
couvertes du quinzième et du seizième siècle. L'étude obstinée des historiens et la recherche persévérante de toutes les sources d'informations auxquelles il pouvait puiser, ont seules pu lui faire atteindre le succès qui a couronné son œuvre.
C'est donc avec plaisir que nous félicitons M. Pope sur son brillant début dans la carrière des historiens et que nous recommandons son ouvrage à tous ceux qui se piquent d'étudier l'histoire de notre beau
pays.
Le Canada^ Mars 1890.
Carte de l'Ile de Montréal, parM. Malingre.
Nous accusons réception d'une splendide carte coloriée représentant l'île de Montréal avec ses divisions de paroisses.
Cette carte due au travail patient et intelligent de M. l'ingénieur Malingre, est excessivement précieuse. Rien n'y manqua, indication des frontières des différentes mu-
nicipalités, ainsi que la ville de Montréal, chemins de fer, routes pour les voitures, damier complet de toute la propriété foncière avec numéro correspondant à celui du cadastre officiel.
M. Malingre a poussé l'amour du détail jusqu'à indiquer par un point noir toutes les maisons construites dans l'île à l'endroit où elles sont supposées être. Il est impossible d'être plus complet.
Le National
Mgr Dominiqne Bacine par M. Pabbé
Huart, 2ème édition.
( L'Etendard )
La presse quotidienne, toujours occupée de questions politiques et sociales, ne fait guère que signaler par un banal accusé de réception les productions de notre littérature nationale. C'est une faute grave. Nos écrivains qui, souvent en publiant leurs livre^^ ne couvrent pas leurs déboursés méritent certainement plus d'encouragement de la part de la presse ; sur tout quand ces livres, comme celui que nous voulons faire connaître, ont un mérite réel.
Monseigneur Racine, premier èvêque de Chicoutimi, par l'abbé Victor A. Huart est une brochure, format in-douze, d'une centaine de pages, imprimée 8ur papier velin mais malheusement chargée de fautes typographiques.
Il n'y a pas encore longtemps, le territoire du Saguenay et du Lac St Jean n'était parcouru que par les tribus indiennes ; d'immenses forêts recouvraient ce sol que nous voyons aujourd'hui produire de si belles moissons. Ils vivent encore en bon nombre, ces vaillants colons qui, les premiers, entreprirent ici la lutte sans cesse renouvelée de la civilisation contre la barbarie ; à présent, ils jouissent paiaibieblements des fruits de leurs labeurs, et notre chère patrie canadien ne- française voit briller, à sa couronne trois fois séculaire, un nouveau joyau qui, pourtant, n'a pas acquis encore tout l'éclat qu'il aura un jour.
C'est la vie si bien remplie du premier évêque de ce royaume de Sagnenay, pour parler comme les naïves Relations que vient de publier M. l'abbé Huart.
Dominique Racine est né le 24 janvier 1828, à St Ambroise de la Jeune-Lorette, près de Québec. Après avoir fait ses études classiques au petit Séminaire de Québec, cette pépinière fertile d'où sont aorlietj la plupart de nos célê-
brités canailiennes. Dominique Racine embrassa rétat ecclésiastique et reçut l'onction sacerdotale le 24 septembre 1853. C'était le troisième» prêtre-que la famille Racine consacrait au service de Dieu. L'aîné, ordonné en 1838, mourut à l'âge de 29 ans. Le deuxième, M. Antoine, ordonné en 1844, est le digne évêque de Sherbrooke.
• Successivement vicaire à Notrç-Dame de Québec, curé à St Basile et à la Hivière-du- Loup, M. Dominique Racine fut en 1862 nommé curé de Chicoutimi. C'est de cette paroisse que s'étendit son action bienfaisante sur tout le Saguenay,
Nommé évêque de Chicoutimi le 19 mars 1871, Mgr Racine, pendant son épiscopat de près d'un quart de siècle, a rendu de bien grands services à la religion et à la patrie. Il a fondé un collège, un couvent et un hôpital ; il a ouvert de nombreuses paroisses et élevé plusieurs temples. Mais son œ-uvre capitale c'est d'avoir ouvert à la colonisation l'immense région du Saguenay, que l'on a appelée avec raison, le grenier de la province de Québec.
Lorsque le 27 janvier 1888, la mort est venue le» surprendre, le saint évêque de Chicoutimi pouvait prononcer le Nanc- dimittis : ^on œuvre était terminée.
La vie de Mgr Racine est écrite da»i3 un style qui n'exclut pas l'élégance et le coloris. M. l'abbé Huart possède toutes les qualités qui font le véritable écrivain : élévation d'idée, élégance et sobriété d'expression.
Raoul dk tilly.
Précis de l'histoire de la seigneurie et de la paroisse de Bertliier ( Canada ),
par M. l'abbé S. A, Morean, ptre.— 1889 — 120 pages in 8. Prix de l'exemplaire, 75 centins.
M. Moreau, ancien élève du collège de Montréal, vicaire à Berthier en 1889, utilisa ses loisirs en écrivant l'histoire de la seigneurie et de la paroisse de Berthier.
L'auteur n'a pas prétendu faire une œuvre littéraire. Il s'est trouvé dans un champ aride, le passé de Berthier étant assez peu accidenté. Il a voulu citer au long un assez grand nombre de documents et il a dû donner certains détails d'un intérêt purement local : Le lecteur peu sérieux ne se plaira donc point dans celte lecture.
Cette brochure cependant restera parcequ'elle est le fruit d'un travail sérieux. M. Moreau ne se contente pas de la première affirmation venue. Il tient à certifier tout ce qu'il avance ; il
a des dispositions marquées pour la saine critique historique, à ce point que sa brochure est une œuvre d'érudition. Un historique de paroisse n'a que peu da valeur lorsque ce point de vue est négligé.
Certains détails ne manquent pas d'intérêt :
Les habitants de Berthier voulaient que le pain bénit fut passé à leur capUaiue avant d'être passé au capitaine de l'Ile Dupas. L'intendant Begon fut appelé à trancher la difficulté. " Le pain bénit sera présenté au capitaine de la seigneurie dont l'habitant présentera le pain bénit " Donc, à chacun sontour !
On admire le seigneur Cuthbert qui demande par écrit à Mgr Lartigue, s'il a péché en dont naut à danser chez soi. L'évêque qui ne connaissait pas les circonstances répond en toute prudence : ** Le plus sûr pour vous me paraît être de vous en confesser ; et votre confesseur à qui vous pourrez mieux faire connaître les circonstances des lieux et des personnes, sera plus à même que moi de vous conseiller làdessiis "
On voit aussi, page 39 de la brochure que le pren>ier temple hérétique construit au Canada, le fut à Bertlkier, en 1786, par l'honorable Jacques Cuthbert.
- co —
Les détails sur Berthier d'aujourd'liui ne sont peut être pas assez nombreux. Il est vrai qu'ils n'entraient pas précisément dans le cadre de l'auteur.
Les habitants de Berthier et les amateurs se feront sans doute un devoir d'encourager cette utile et laborieuse publication.
La vie du R. P. Sache, S. J., par le P. H.
E. Dugnay, de la même compagnie.
Nous venons de lire avec beaucoup d'intérêt et une émotion réelle ce petit volume de deux cents pages qui a une grande valeur pour tous ceux qui aiment «à puiser des pensées et chercher des exemples aux sources largement chrétiennes ; mais surtout pour ceux qui ont été, de près ou de loin, mêlés à cette vie si édifiante et si pleine de dévoûment.
Et ceux-là sont nombreux ; car le R. P.
Sache a vécu près de cinquante ans parmi nous, dans toutes les différentes charges que ses supérieurs lui ont assignées. Laissons parler sur ce sujet l'auteur du présent livre :
'* Le 24 octobre 18S9, mourait, à la rési-
<ionce de Québec, un homme qui, pendant près d'un demi siècle, prit une large part à toutes les œuvres qu'il plut à Dieu d'accomplir en Canada par le ministère des Jésuites ; nn homme dont aucun appel extraordinaire n'avait déterminé l'entrée dans notre compagnie, mais qui s'y enrôla parce que sou âme généreuse et avide de sacrifices se promettait dans cette religion une vie plus austère, plus laborieuse, plus conforme à celle (lu divin Maître ; un homme que ses talents, ignorés de lui seul, désignaient aux fonctions les plus variées et les plus difficiles, et (\m les remplit toutes sans que sa vertu souffirît jamais de son élévation, sans que jamais la règle subît de défaveur sous son gouvernement ; un homme que sa nature quelque peu sauvage et la sève robuste de son tempérament réservaient à de terribles et interminables combats et qui sut vaincre à force d'énergie et de persévérance la multitude de ses ennemis et leur vigueur toujours renaissante ; un homme qui fit de l'humilité son étude favorite, de la mortification sa tâche de chaque jour, du zèle apostolique sa passion dominante, de la charité fraternelle ses plus constantes délices et ne vit jamais en lui-même que le plus indigne des pécheurs,
mais que la voix publique proclama saint longtemps avant qu'il n'allât recevoir dans une autre vie la récompense due à ses travaux et à ses mérites ; cet homme, c'est le R. P. Louis Césaire Sache. "
Le R. P. Sache est arrivé de France le 18 mai 1845. On peut se figurer avec quelle émo tion il mettait pour la première fois le pied sur ce sol de la Nouvelle-France arrosé des sueurs et du sang des missionnaires de sa compagnie. Tout, disait l'évêque Bourget dans son Appel aux Jésuites,^ les rappelle dans cette contrée qui n'a jamais cessé de vénérer leur mémoire et qui est encore couverte des monuments précieux de leur courage intrépide.
" Il est à croire que l'ancienne harmonie qui a toujours ré^né au Canada entre le clergé séculier et les Jésuites n'en sera que plus resserrée; en se revoyant après tant de malheurs et de si longues années de séparation, qu'ils seront tendres, les saluts de ces frères toujours si unis ! "
En arrivant au pays, le R. P. Sache eut pendant trois ans la direction de la paroisse de Laprairie, et allait en mênie temps prêcher dans les campagnes des retraites et missions. Plus tard, il fut appelé à Québec par
Mgr Turgeon ; il fonda la Résidence en 1848 et reprit la direction de la congrégation des hommes. Il a aussi fondé et soutenu un grand nombre d'oeuvres pieuses, entre autres celle du Bon- Pasteur.
En 1853, il était nommé directeur du noviciat établi au Sault-au- Récollet et il a occupé ce poste de confiance à deux reprises différentes, pendant près de quinze ans.
1862, il devint recteur du collège Sainte- Marie, à Montréal ; c'est sous son administration qu*a été construite l'église du Géau En 186.) il revint à Québec ; puis après 1871, il est chargé de diverses missions et est nommé définitivement à la résidence de Québec dont il est le supérieur jusqu'en 1887 où il est remplacé par le supérieur actuel, le R.
P. E. Désy,
Voilà donc les points de repère les plus saillants de cette longue et utile existence consacrée tout entière à la prière et aux bonnes œuvres. Voilà quel intéressant sujet le R. P. Duguay avait à traiter. Il l'a fait non seulement avec talent, mais surtout avec beaucoup de cœur et nous l'en remercions au nom de tous les amis du R. P. Sache.
Nous sommes certain que pas un de ceux qui ont connu le regretté défunt ne man-
qncra de lire cette vie si édifiante, mais nous comptons tout particulièrement sur le zèle des membres de cette congrégation qu'il a tant aimée et à laquelle il a toujours su donner une si salutaire impulsion.
En 1888, le 27 mai, le père Saclié avait le bonheur de célébrer ses noces d'or ; ce fut une belle et grandiose cérémonie ; elle a fait une profonde impression chez tous les fidèles qui y assistèrent en grande foule.
Le R. P. Sache a laissé dans tout le pays, mais surtout à Québec, d'impérissables souvenirs dans les œuvres qu'il a créées ou aidée» de son zèle intelligent et de sa puissante parole ; mais il a laissé encore, dans une vie forte et généreuse, des exemples que nous devons méditer et suivre dans la mesure de notre faiblesse. Etudions cette vie, profitons de ces exemples ; c'est la meilleure manière d'honorer la mémoire du modèle qui a passé parmi nous.
Avant de clore ce compte-rendu bien insuffisant d'un livre si utile, nous ne pouvons résister au désir de reproduire un incident qui y est rapporté et qui ne manquera pat^ d'intéresser nos lecteurs.
" Pendant son séjour au noviciat, il ( le K.
P. Sache ) avait enseigné le catéchisme à
Emma Lajeunesse, aiors élève au couvent du Sacré-Cœur, au Sault-au-Récollet ; depuis» il ne Pavait pas revue. Lorsque TAlbani visita Québec il y a quelque deux ans, elle désira d'entendre la messe dans notre chapelle domestique. La ferveur de sa dévotion consola beaucoup le F Sache» et l'émut beaucoup.
En entrant au parloir où l'attendait son élève d'autrefois, il voulut prendre sur lui de demeurer /erme ; mais lorsqu'elle lui dit en souriant : " Vous sou venez- vous, quand j'étais la petite Emma au couvent, qu'un jour je n'avais pas écrit mon résumé de catéchisme, vous me dites : ** Emma, si vous ne voulez pas écrire» je vous ferai chanter ? " " Vous voyez que vous avez été bon prophète ! " Ce souvenir fut trop pour lui, les larmes se mirent à tomber sans qu'il y pût
rien.
La Justice.
Avril 1890.
Annuaire de l'institut Canadien, de Québec, 1889. In*8 de 258 pages . Les vingt six premières pages sont remplies par : Un discours de M. J. Fremont ; Les cantons
du Nord, par M. E Rameau ; Le navire allemand ( poésie ), par M. A. Poisson ; Strophes à Rameau, par M. A. Bisson, La partie capitale de cette brochure se compose des *' voyages et mémoires " de Franquet.
E6pon8e de Thon. H. Mercier au pamphlet de l'association des " Equal Rights/'iSSç. — M. Mercier réfute avec habileté les accusations portées contre la majorité des habitants de la province de Québec. Cette brochure a été tirée à 50,000 exemplaires.
La croisade da dimanche par Fénelon Gibon Brochure de 58 pages, 9 rue du Potager, Versailles, 1890. C'est un plaidoyer des plus substantiels en faveur du repos du dimanche.
* Avantage à la province de Qa6bec résultant de relations commerciales plus intimes
avec les Etats-Unis, par Eratus Wiman.
Brochure de 28 pages, 1890. " M. Wiman dit qu'il n'est pas annexioniste. Au contraire, il croit que plus les relations politiques seront divergentes. Il est de plus convaincu que le libre échange sur tout le continent de l'Amérique du Nord avancerait les intérêts de la Grande Bretagne."
Journal d'Hygiène Populaire. Cette revue, organe du Conseil Provincial d'Hygiène, fait des progrès surprenants, grâce à la science, à l'activité et à Tesprit pratique de M. le Dr I. Desroches, et de M. le Dr I. A. Beaudry. L'abonnement est d'une piastre et cinquante centins.
Une fête de Noël sons Jacques Cartier, par Ernest Myran. 2ème édition. Demers et Frère, Québec, 1890.
Peu de livres canadiens ont reçu au pays pays et à l'étranger une réception aussi liât-
teUse que Une Fête de Noël. Nous en
sommes heureux pour Tauteur. Vingt fois sur le métier il a remis son ouvrage, le polissant et le repolissant; il a réussi. Un succès légitime couronne son œuvre, nous l'en félicitons. Nous recommandons beaucoup ce volume comme livre de prix. Nous avons déjà donné un compte rendu de la première édition, dans TEtudiant de mai
M. Ernest Myran ne tardera pas, espérons le,' à enrichir d'une nouvelle fleur, notre parterre littéraire.
La réception de Monseigneur le vicomte d'Argenson par toutes les nations du pais
de Canada à son entrée au gouvernement
de la Nouvelle-France, publiée par Pierre
Georges Roy. In- 16 de 23 pages. Léger
Brousseau, 1890.
Cette réception est donnée par les élèves
du petit séminaire de Québec, le 28 juillet
1653, en présence de toute la population
de Québec. Les élèves jouent un drame où le génie de la France, le génie des forêts, les Français et des représentants de diverses tribus sauvages prennent la parole Ces petites choses ne notre histoire sont très intéressantes. M. P. Gi Roy, a bien fait d'arracher ce drame à l'oubli.
Eecneil de devoirs, par fi. Lippens — Langlais — Québec — 1890^
Cette brochure de 95 pages renferme ; 350 devoirs sur l'application des règles grammaticales, la dérivation et l'invention ; 80 devoirs sur les connaissances usuelles par manière de leçons de choses ; 70 sujets pour former au style épistolaire ; 23 sujets de narration et 50 sujets divers sur la religion, la morale et l'industrie pour les élèves avancés: en tout 580 devoirs. — On peut se demander si les devoirs de ki première partie sont suffisamment gradués au moins pour les jeunes élèves. Ce travail du reste est soigné, nous le recommandons aux maîtres et
Malgré tout le travail que doit lui coûter la rédaction de ses deux gentilles et très utiles revues, PEtudiant et le Couvent, il s'impose encore une somme énorme d'études de toutes sortes :)u'il se plaît à mettre à la disposition de' la jeunesse, sous forme d'opuscules des plus attrayantes.
La dernière brochure de M. Baillairgé a trait à l'économie politique, branche d'éducation très importante, puisqu'elle a en vue, d'après Hervé-Bazin, la science qui étudie les sociétés civiles dans leurs rapports avec les richesses ; c'est-â*dire la science qui apprend ce que l'on doit entendre et pratiquer à l'égard du capital
et du TBAVAIL.
Le rédacteur de I'Etudiant mérite recon" naissance du pays pour le bien qu'il fait aux jeunes gens en leur inspirant de bonne heure des idées saines sur ces deux grands chefs cause de tant de désordres sociaux aujourd'hui le capital et le travail.
G. J. Magnan.
Journal d'Hygiène Populaire.
M. F. A. Baillairgé, prêtre, a fait une œuvre patriotique, en livrant à la publicité ce très re-
marqaable et très pratique petit livre sur l'économie politique.
Bossuet a dit, en parlant de la politique, " que sa vraie fin est de rendre la vie commode et les peuples heureux." Tel est aussi le but de l'économie politique.
Ces lectures sur la nature, Iji race et la santé dans leurs rapports avec la productivité du travail, sont des plus intéressantes et des plus instructives.
Nous souhaitons à cet opuscule la plus grande diffusion possible au sein de notre population.
Nous conseillons à nos lecteurs une lecture attentive de cette remarquable étude sur Téoonomie.
Nos meilleures félicitations à l'auteur.
h'Hyffiène Praiiquet de Paris, a reproduit une partie de cette brochure.
Opuscule rempli de bons conseils.
Le Canada-Frcmçaia.
La Eevne Canadienne trouve que la partie qui traite de la santé et du travail n'est pas assez développée ; la Revue a raison et nous lui donnerons satisfaction si jamais l'occasion s'en présente.
Vie de M. Le Prévost, fondateur de la congrégation des Frères de Saint- Vincent de Paul, 1803 à 1874, par un religieux de la Congrégation, chez Poussielgue, 15 rue Cassette, Paris, 1890.
Il est important de connaître la vie des fondateurs de congrégations. Les Frères de Saint-Vincent de Paul qui s'occupent plus particulièrement des pauvres et des ouvriers, font immensément de bien en France. C'est une congrégation essentiellement adaptée aux besoins du temps par un mélange harmonisé de l'élément laïc et de l'élément religieux. Nous avons un canadien dans cette communauté, le R. P. E.
Piché. Une maison de Frère de St- Vincent de Paul existe à Québec.
La vie de M. Le Provost nous fait assis-
ter à la naissance et au développement laborieux de cette congrégation.
Homme de lettres, homme du monde, homme de Dieu, M. Le Provost donne partout l'exemple du travail et de la charité. IjSl douleur le poursuit sans l'abattre ; il marche souvent dans les ténèbres, sans perdre confiance. Sa vie c'est l'amour de Dieu, de ses enfants, de ses frères. La prudence chrétienne trouve en lui un de ses plus beaux modèles.
Bien que l'auteur ne soit point maître dans l'art d'écrire, son livre a cependant un vrai mérite littéraire. Le lecteur tout en étant renseigné sur une foule de choses intéressantes voudrait voir dans cet ouvrage quelques lignes sur les progrès de la communauté, et sur son état actuel.
Ce que l'auteur reproduit de M, Le Prévost, sur un sermon où Lacordaire, jeune encore, s'était montré très inférieur à luimême, peut servir d'instruction et d'encouragement à plusieurs.
Ce livre est un des plus capables de faire comprendre le souffle de charité qui
animait la jeune société française catholique de 1833 et qui devait enfanter avec la conférence de St-Vincent de Paul tant d'autres œuvres de charité.
Cet ouvrage, în-S^ de 428 pages peut rendre des services à MM. les curés qui s'occupent d'oeuvres. Il rendra service à tous en leur faisant connaître une des congrégations qui font en notre siècle le plus
de bien.
Fautes à corriger, par Alphonse Lusignan — In-12 de 180 pages — C. Darveau, Québec — 1890.
De ces fautes on a dit un peu de mal et beaucoup de bien.
L'auteur a bien fait de publier cet ouvrage, même après ceux qui existent ; et son œuvre sera féconde en résultats.
On ne saurait revenir trop souvent sur l'importance qu'il y a, particulièrement eu ces jours d'antagonisme, de conserver intact le dépôt précieux de la langue natio-
nale. Une langue bien connue et bien parlée maintient singulièrement le sentiment national et vaut une armée bien disciplinée pour tenir en respect l'orgueil et la jalousie.
On a reproché à Tauteur de n'avoir pas fait un livre assez classique. Si M. Lusîgnan avait fait un livre classique, on en userait comme on use d'un dictionnaire ; on le consulterait de loin en loin, on ne le lirait pas. Or M. Lusignan veut que son livre soit lu.
Sa méthode présentait des difficultés, il était à craindre qu'il y eut quelque monotonie, dans la manière de relever les fautes. L'auteur franchit heureusement l'obstacle et met partout de l'aisance et de la variété.
On peut reprocher à l'écrivain un peu de surcharge, et trop de sévérité à l'égard de certaines expressions. L'innovation n'est pas toujours une faute et ce peut être un bien d'aller parfois à rencontre de l'Académie.
Quant à la cause du mal de langue / chez nous, nous ne l'attribuons pas exclusivement aux journalistes.
Si les Français avaient beaucoup d'Anglais chez eux et à la tête dés affaires, ils auraient comme noiis des anglicismes.
Si les Français entendaient parler défectueusement, dès leur première enfance, il faudrait aussi publier pour eux Fautes à corriger
Les défectuosités de langage, trop souvent ne sont corrigées ni à l'école ni au collège. Le journaliste qui est passé par là ne saurait donner une marchandise autre que celle de ses fournisseurs.
I^es journalistes, comme beaucoup d'autres, tombent dans certaines fautes de langage qui sont dues à la négligence, à la paresse et au manque de goût. Cette marchandise est de leur propre manufacture." Comme le mauvais exemple ici vient de haut et que les conséquences se font sentir au loin on a raison de traiter les journalistes avec plus de sévérité.
Nous recommandons l'ouvrage de M.
Lusignan. On ferait bien de le donner aux élèves comme livre de récompense.
Cet opuscule mérite certainement d'être lu. Pourtant, il ne contient à peu près rien de judicieux qui n'ait été dit et répété vingt fois déjà, sous une forme ou sous une autre.
Mais lorsqu'il s'agit de purger notre langage des anglicismes et des barbarismes qui le déparent, il faut revenir souvent à la charge, au risque de paraître copier ses devanciers.
Nous félicitons- donc M. Lusignan d'être venu, à son tour, signaler à l'attention de nos écrivains certaines fautes impardonnables qui se commettent toujours, malgré les efforts que l'on fait, depuis un quart de siècle, pour les bannir de nos écrits et de nos discours. Ce qui gâte le travail de M.
Lusignan, c'est le désir trop apparent de grossir sa brochure. Au lieu de s'en tenir à des fautes graves, incontestables et commises par beaucoup de personnes, il s'amuse à établir des nuances ( odorant et odoriférant ) ; à nous faire remarquer des choses puériles ; ( évèque prend un accent aigu, archevêque n'en prend pas ) ; à relever des fautes qui ne se commettent jamais, pour ainsi dire ( temps maladif, débats langou-
reux^ vieux vétéran^ gérer à des affaires, etc ) ; à vouloir introduire des mots fran.
çais qui n'ont pas leur raison d'être ici ( botiin pour almanach des adresses ). M.
Lusignan a aussi le tort d'exclure certains mots uniquement parce qu'on ne les trouve pas dans les dictionnaires^ Voici un exemple de ce rigorisme excessif.
" On dit correctement*: Votre mouchoir sent le magnolia, et on ne peut pas dire :
Cette pomme goûte la fraise. C'est bien malheureux, car il existe tant de parité entre les deux verbes, et chacun de nous fait cette faute si naturellement ! On doit dire : Cette pomme a le goût, la saveur de la fraise. Mais lïi langue se perfectionne, et la faute d'aujourd'hui n'en sera peut-être pas une demain."
Alors pourquoi vouloir proscrire ce mot ?
Pour la même raison, pourquoi condamner avocasser employé comme verbe actif?
Sans doute, ce mot doit se prendre toujours en mauvaise part ; mais de ce que les dictionnaires, au mot avocasser^ n'enregistrent encore qu'un verbe neutre^ il ne s'ensuit pas que nous devions renoncer au sens actif.
" Cet homme avocasse toutes les mauvaises causes," voilà une phrase qui n'est peut-être pas conforme à ce que l'on trouve dans les lexiques, mais qui n'en est pas moins française. C'est aussi en vain que M. Lusignan cherche à bannir de notre langage s* ennuyer de quelqu^un ; faute charmante^ il l'admet.
Eh bien ! puisque le mot est charmant, il restera, en dépit des dictionnaires et de M.
Lusignan ; et en restant il finira par acquérir droit de cité. Du reste, M. Lusignan avoue que " cela se dit en Bretagne comme au Canada. " C'est plus que suffisant. Peu nous importe ensuite de savoir que ce mot charmant " ii'est pas reçu dans le langage officiel." Les Français du Canada possèdent, tout autant que les Français de France, le droit d'enrichir notre commun héritage.
Dans l'exercice de ce droit ils n'ont, les uns et les autres, qu'un devoir à remplir :
respecter le génie de la langue française, les règles du bon goût et de la logique.
La Vérité.
On pourra consulter :
Le Canada artistique de juillet 1890, article de M. Rémi Tremblay.
La Patrie du 3 septembre 1890, article de M. Zéphir Bouchard. Il relève de légères inexactitudes ; il trouve risquée la distinction entre caution et cautionnement^ telle que donnée par M. Lusignan.
Le Canada d'Ottawa, 18 et 25 juillet 1890. Il distingue dans le livre de M. Lu- 'signan les fautes réelles, les banales, les anglicismes et les fautes qu'il faut continuer à commettre ; il trouve M. Lusignan trop sévère pour la presse et craint que son livre ne nous fasse tort à l'étranger.
Le Progrès du Saguenay, 21 août. Il appelle Fautes à corriger " livre précieux." il ajoute : Le journalisme est une profession, quoiqu'en dise M. Lusignan.
Ni. Chs Ducharme reproche à M. Lusignan d'être un trop ardent disciple de l'Académie :
*< M. Lusignan osera-t-il prétendre par
exemple que les écrivains de la Revue des Deux Mondes et du Journal des Débats qui écrivent encore <harmans^ indigenSy font une faute ?. que Lafontaine faisait une faute en écrivant moult, maint, et autres archaïsmes ?
Je ne le crois pas.
Alors pourquoi aurions-nous tort d'écrire encore à compte comme l'Académie l'écrivait il y a quelques années, arôme, cime, coteau, etc., avec un accent circonflexe ?
Sommes nous plus tenus de nous prosterner devant l'Académie que les Français
eux-mêmes ?
"M. Legendre (i) aussi déprécie trop notre presse. Nos journalistes valent mieux qu'il ne le prétend. Nous sommes de son avis que ce sont les avocats qui maltraitent le plus notre langue, qui commettent le plus d'anglicismes. Cela est dû probablement au fait qu'ils ont constamment à citer des lois anglaises et à plaider devant des juges anglais. Il y a progrés cependant depuis
(1) Dans sa lettre préface aux FauUe à corriger.
Textension des études universitaires. Messieurs, les avocats, réformez-vous. Messieurs les instituteurs prenez plus que jamais soin de notre belle langue. Position oblige.
21 août. La Minerve,
M. Lusignan, dans une lettre publiée par La Minerve ù\x 22 août, après avoir dit que le journalisme au Canada ne fait que commencer à devenir une profession, ajoute:
qu'il constate la disposition de plusieurs journaux à s'amender... " Le journalisme montre une tendance sérieuse à se dégager des liens de la routine." Il croit, comme M. Suite et comme la Minerve, que de grands progrès ont été faits si on compare Tère actuelle avec la période de 1830 à 1840, que beaucoup d'anglicismes et de barbarismes usités alors ont disparu et que l'épuration de la langue est visible.
* La Minerve du 1 1 août, dit avec raison :
" Si la presse enseigne mal c'est moins pour n'avoir pas été repiise assez souveiit que parce que les journalistes ne font que perpétuer invinciblement, dans leurs écrits, les fautes de langage qu'on leur a laissé commettre journellement dans leurs thèmes, versions et amplifications de collège.
Cela peut sembler un reproche à nos maisons d'éducation. Nous sommes heureux d'en diminuer l'amertume en constatant que là aussi le mouvement de réforme est sérieusement commencé. Nous pourrions mentionner particulièrement deux grandes institutions où la correction du langage est enseignée depuis quelques années, dans toutes ]e$ classes, comme cours spécial, avec des résultats vraiment admirables.^^^
Les Bourgeois de laGompagnie du Nord- Ouest. Comme le premier volume celui-ci
est rempli de documents inédits de la plus haute valeur.
Cette série comprend les notes autographes de John McDonald — 1791-1816 :
(1) lia correction du langage attire aujourd'hui l'attention dans toua nos collèges. F. A. B.
les lettres de Georges Keith à l'honorable R. McKenzîe — 1807-1817 ; des légendes se rapportant au département de la rivière McKenzie et du " Lac d'Ours " ; un récit de John Johnson, traiteur — 1 7 92-1807 ; la description par Samuel H. Wilcoke des circonstances qui ont accompagné la mort de Benjamin Frobiser ; une esquisse des mœurs des habitants des bords du Nepigon, par Duncan Cameron — 1804-05.
Aussi rhistoire des Sauteux par Peter Grant — 1804 ; des extraits du journal de M. James McKenzie, sur le département d'Âthabaska — 17 99 ; I^es récits de voyages en 1808, par le même.
Enfin, les actes contitutifs de la compagnie du Nord-Ouest, de 1792 à. 1804.
18 août. La Minerve.
Hôtes de voyage en France, Italie, Espagne, Irlande, Angleterre, Belgique et Hollande, par J. F. Tardivel, rédacteur de la Vérité. In-80 de 460 pages — 1890.
Ce livre est un de ceux qui font le plus
d'honneur à la bibliothèque canadiennefrançaise ; il est dédié à la jeunesse du Canada et cette jeunesse y trouvera un aliment tout à la fois substantiel et varié.
M. Tardivel a voulu faire un voyage utile et il s'est donné la peine pour y arriver. Il a voulu voir les choses mais il a voulu voir aussi les hommes qui sont plus que les choses.
Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es.
Le rédacteur de la Vérité a voulu s'éclairer, se réchauffer au contact des âmes qui font aujourd'hui le bon combat. En le lisant, on fait connaissance avec un grand nombre d'illustrations contemporaines. Il est à propos d'en citer quelques-unes :
Mgr Croke, archevêque de Cashel.
Le R. P. Berthe, auteur de la vie de Garcia Moreno.
Le R. P. Régnon, auteur de plusieurs ouvrages philosophiques.
Eugène Veuillot, de U Univers.
Frère Eugène-Marie, directeur de l'Institut agronomique de Beauvais.
Mgr Fèvre, curé de Louze, vicaire général d'Amitns, Tun des écrivains les plus féconds de notre époque,
Le Dr Théodore Van Doren, directeur
de la Correspondance catholique, a Bruxelles.
M. Guillaume Verspeyen, directeur du Bien public, de Gand.
M. l'abbé Brouwers, écrivain et journaliste hollandais.
Charles Perrin, économiste belge, " catholique sans épithète."
Le R. P. Ftlix, célèbre conférencier, à Lille.
Mgr Maupied, théologien et savant, curé de St-Martin de Lamballe, en Bretagne.
Don Chamard, savant bénédictin, dts environs de Poitiers.
Les abbés Lyman, et M. Lucien Brun, à Lyon.
Le R. P. Hilaire, savant capucin, à Meyl^n.
R. P. Regnault, direc'eur du Messager^ du S'C y à Toulouse.
Don Sarda, à Sabadell en Espagne. Qui n'a lu ses ouvrages sur les erreurs contemporaÎLes, sur le libéralisme en particulier.
Le Révd P. At, à N,-D. d'Alet,
M. le chanoine Maynard, " défenseur intrépide de rintégrité doctrinale," à Poitiers,
Mgr Freppel, à Angers,
M. de Mun, et le R. P. Railly, directeur de la Croix, à Paris.
Le R. P. Anderledy, général des Jésuites, à Rome,
Don Albertario, directeur de VOsservaiore CatholicOy à Milan,
Don Tinetti, rédacteur de VUnita Cathoiicay à Turin,
M. Tardivel donne sur tous ces personnages des détails d'un intérêt tout particulier.
Le lutteur de la Vérité suit avec soin les grandes questions du jour ; ces questions
sont pour lui — comme pour tout homme qui s'intéresse à la marche de l'humanité vers son éternité — la grande préoccupation, le grand et continuel sujet d'étude. Dans une telle disposition d'esprit et avec de tels personnages, les questions du jour devaient donc faire le sujet de bien des conversations, c'est à ce point surtout que les Notes de voyage feront du bien à la jeunesse en la prémunissant à l'avance contre des doctrines ou des systèmes qui ne peuvent engendrer que des ruines.
fiien qu'on ne puisse comparer sous le rapport du style les Notes de voyage de M. Tardivel, avec celles de M. le Juge Routhier (i), il y a cependant chez les deux écrivains le même sursum corda.
Il y a chez M. Routhier, si l'on veut, la poésie charmeuse, un peu mélancolique, et chez M. Tardivel, la prose, mais il y a chez les deux l'expression vivace du sentiment religieux, sentiment qui arrache au
(1) AtraittraVEuropti A travers V Espagn:
terre à terre, qui donne de l'élan, de la chaleur, du zèle, et qui nous porte, règle générale, à voir les choses sous le vrai point de vue.
On a écrit que M.Tardivel s'était va fermer les portes du Vatican. Nous avons appris le contraire^ au Vatican même, dans notre dernier voyage.
Les 24 gravures qui accompagnent les Notes de voyage sont très bien réussies.
L'impression fait honneur à la maison Sénécal.
Donnons les Notes de Voyage comme récompense. Une communauté, à notre connaissance, en a acheté 400 exemplaires, dans ce but. Puisse cet exemple être suivi.
P. S. — Mgr Fèvre a fait, des Notes de Voyage de M. Tardivel, dans une lettre publiée par là Vérité et V Etendard, une critique élogieuse, sagace et gracieuse.
LETTRE DE Mge FÈVRE
A l'auteur des Noies de voyage.
Louze, ce 16 août 1890.
Monsieur et excellent ami,
J'ai reçu, Lier inatin, vos Notes de voyage à travers l'ancien monde. Le volume est arrivé sans avarie, avec son pardes^^us brun-clair et sa corde de sûreté. Le jour de I*A.«Pomption, vous le devinez, le curé de Louze fait, toute la matinée, la navette entre l'église el non prep|>yière. Confessions à entendre, communions à donner, préparatifs de la fête, préoccupations du jour, tout cela vous prend, par-ci par-là, des bouts de minutes. Avant la messe, j'avais déjà parcouru le volume ; depuis, je Pai lu. Je voudrais mam tenant voua en dresser le compte-rendu pour la vérité, c'est-à-dire pour établir, entre ces noteti et mon intelligence, une rigoureuBe équation.
D'abord le volume est beau et solitie. Du papier fort, un caractère pas trop gros, un noble format, une introduction, une table, des gravures très réussies, une série «le lettres sur tons les pays qui nous tiennent au cœur : voilà, j'espère, un bel assemblage. Les imprimeurs et éditeurs méritent de sérieuses félicitations, hommage que je leur adresse à d'autant meil-
leur epcient que je suis de la partie, non comme imprimeur, mais comme bibliophile. En France, on nMmprime plus guère, on gâche ; même ce qui Fe fait de mieux n'e^t pas bien fait. En matière de livres, tout ce qui s'est publié après 1830, est plus ou moins de la pacotille ; c'est au delà qu'on trouve les vrais livres. Que vos éditeurs et imprimeurs veuillent bien nie pep* mettre cette prière : qu'ils traitent avec un religieux respect le papier qui reçoit les rayons de la pensée humaine ; qu'ils fassent de beaux et bons livres. Ce culte rendu à la pensée contribue plus qu'on ne l'imagine au respect de soimême et au bien social. Quand l'imprimeur se démoralise, venit /înts.... j'entends pour les livres.
Les Notes de voyage sont dédiées à la jeunesse canadienne. Amour de Pétude, besoin de croyances, esprit dégagé de préventions, cœur libre de haines, zèle de propagande, ardentes fympathie.-», désintéressement, dévouement, bonne foi, enthou6iasme pour tout ce qui est bon, t»eau, simple, grand, honnête, leligieux ; tels sont les principaux attributs de la jeunesse. Vous avez bien fait de dédier votre livre à la jeunesse française de votre pays. C'est une semence qui a en elle son principe de vie ; elle germera sur le sol généreux auquel vous la con-
fiez. D'autant plus que l'esprit de la jeunesse s'attache plus volontiers aux péripéties d'un voyage qu'aux démonstrations d'une thèse ; et que vous touchez réellement, sérieuf^ement, aux principes, aux faits et aux personnages qui éveillent, dans les âmes, le plus puissant attrait.
A la vérité, vous ne livrez q\ie des notes : ce n'ept pas un tableau, c'est une ébauche. On vous le pardonnera aisément. De nos jours, qui peut acliever une œuvre de quelque importance ? Et qui, en un temps si court, danA den conditions si difficiles, au milieu de tant de distractions et de fatigues, eût pu se flatter de mieux faire ? En attendant mieux, voici l'esquisse, le canevas et le programme d'un graml travail. Puissent, en le voyant, vos jeunes lecteurs s'écrier comme le grand artiste : Anch^io sonpUtore, et saisissant le pinceau, jeter sur cette toile, déjà si riche, une plus riche abondance de. couleurs et de chair, de lumière et d'ombre, de sentiment et de vie. Les uns commencent ; le? autres continuent : personne u'achève. Il n'y a, ici-bas, que des commencements.
Mais ces notes, pour rudimentaires qu'ellen soient, représentent d'ailleurs un grand travail. Je crois soupçonner à peu près ce que c'est que d'écrire. L'âme de Phomme est un abîme :
dans ses profondeurs soat cachées des clioses merveilleuses. Un sentiment instinctif révèle leur présence ; une sorte de malaise mystérieux provoque leur émission. Un beau matin, la lumière d'en iiaut nous les fait entrevoir ; la réflexion les féconde ; et le feu de l'enthousiasme, qui les dilate, amène leur épanchement. Toutes ces choses secrètes de l'âine ne sont pas susceptibles d'une expression ; il y en a qui âotteutdans le nuage séducteur d'une indécision perpétuelle ; d'autres qui reculent sans cesse sur le terrain fuyant de l'inabordable ; et parmi celles qui se peuvent exprimer toutes ne relèvent pas de ce faible organe qu'on appelle l& plume. Si infime, si appauvri que soit ce noble instrument, c'est pourtant lui qui aide à îa révélation des mystères de la vie intime, aux illuminations de la pensée, aux délicatesses du cœur, à l'effloraison de l'âme. Ecrire, c'est mettre son âme sur le papier. Et qand l'âme s'est distillée goutte à goutte sur quelques feuilles fugitives, quand elle s'est débordée, comme un torrent, en quelque grand travail, elle se reconnaît, elle se voit, j'allais dire elle se mire, dans le livre comme dans un miroir. Douces illusions, assez mêlées de réalité pour qu'on les respecte, suffisamment inspirées par de hautes aspirations pour qu'on
les estime, assez atteintes de rinfirmité ]iumaine pour qu'on les honore de s^ compassion. Ah I Zoïles méchants, ne touchez pas à nos songes, et ne troublez pas trop nos enchantements. *
Je ne parle pas des livres sans émotion. Les livres ont leur destin, disait un fabuliste ; nous connaissons par expérience toutes les amertumes de cette destinée. Si amer, cependant, que soit le calice, ses lies n'empêchent pa8 qu'on le boive à longs traits et qu'on l'épuisé avec amour. Les duretés du sort sont rachetées par les splendeurs d'une haute vocation et le fiel même a de singulières douceurs. Oui, le livre, ce fragile papier, cette voix sans accent et sans visage, même quand elle erre dans le désert, c'est encore une des plus hautes puissances. Il n'y a même ici-bas, au fond, qu'une puissance : la pensée. Et malgré nos occupations utilitaires, malgré nos charges d'état, malgré la frivolité de nos goûts, nous n'avons pas encore entièrement perdu le sentiment de sa noble mission.
Voyez un peu. Dans la vie privée, le livre est le pain de l'enfant et le lait des vieillards. Dans la tristesse il nous console, dans la joie il ajoute à notre allégresse.
Après le travail il charme le repos : dans le
repos il prévient Tennui. Le matin, le soir, à midi, il est toujours là, sans importunité ni négligence. C'est un ami discret. Les moins sérieux peuvent dire ^vec Gœthe et Ballanche: ** Je n'ai jamais eu de peine que n'ait dissipée un quart d'heure de lecture."
Si je porte plus haut mes regards, quel spectacle ! A la tête de tous les peuples il y a un livre ; il y a un livre à la tête de toutes les grandes civilisations. Depuis quarante siècles, la Chine et l'Inde obéissent aux Kings et aux Védas. La Verse antique avait le Zend-Avesta ; la Grèce polie, les chants d'Homère ; le Nord grossier, l'Edda. Des races confuses se sont immobilisées sous le Koran. Nous, Européens, nous sommes les aînés de la famille humaine, les avant-coureurs du progrès, les contre-maîtres de la création, parce que brille sous nos yeux le fanal des deux Testaments. La Bible, interprétée par l'Eglise, prêchée par la parole apostolique, arrosée de sang et d'encre, voilà le meilleur titre à la prééminence de la chrétienté . En apparence, je m'éloigne de mon sujet . pas autant qu'on le pourrait croire. Je voulais d'abord mettre en relief le mérite que vous avez eu, monsieur, de rédiger ces notes, non pas seulement au pied levé, mais toujours debout et toujours marchant. La conception est une grâce
de la solitude ; la composition est une œuvre de cabinet. Il faut que l'écrivain soit parfaitement dégagé de toute occupation, makre de luimême, aux écoutes de son âme, face à face avec la vérité. A ce prix, il peut donner à 1^ vérité une exacte et belle expression. Le voyage, surtout un voyage de six ou huit mois, est, avec l'art d'écrire, en opposition directe. Non pas que la pensée fasse défaut ; elle nous vient, au contraire, du dehors, avec une abondance excessive ; elle remplit l'esprit avec une facilite prodigieuse. Mais ce qu'il faut choisir dans cette abondance, ce qu'il faut sonder dans cette étendue, ce qu'il faut mesurer dans cette hau. teur, on n'a pas le temps d'y songer. Puis, il y a le point de vue juste à choisir, l'expression Hdèle à donner, le don des dons, la vie à répandre. Trouver cela, le trouver aisément, le trouver abondamment et exactement, le trouver pendant six mois, en allant de Québec à New- York, de Dublin à Londres, de Paris à Rome et de Naples à Montréal, j'avoue qu'à mes yeux, c'est un tour de force.
Qu'on écrive deux ou trois lettres, en style télégraphique, je le comprends ; qu'on soit, à cœur ouvert et plume courant à bride abattue, en relation avec son épouse et ses enfanta, cela va tout seul et repose plus qu'il ne fatigue.
MaiR qa'à ses épanchements Joinestiqaes, à ses préoccupations d'affaires, aux soucis de son journal, aux^charges du voyage, on joigne la composition de vingt-sept grandes lettres adressées au public, sans qu'on y voie ni fatigue physique ni épuisement intellectuel, mais toujours ce cahne jugement qui voit juste et qui le dit bien : si j'écrivais ailleurs que chez vous, monsieur, je demanderais la permission d*admirer, ou plutôt j'admirerais sans permission. Ma pensée se reporte à Veuillot écrivant Rome pendant le Concile et Paria pendant les deux siPges,
Si je disais que chacune de ces lettres est un chef-d'œuvre, ce serait trop dire ; mais l'ensemble, même au point de vue littéraire, est plus que suffisant, et, n'en déplaise aux censeurs du cru, il y a de fort belles pages, mais réussies. Le fond, d'ailleurs, emporte la torme, et sous le rapport du fond il me semble que vous êtes d'une exactitude à peu près irréprochable. J'ai vu moi-mênïe la plupart des choses dont vous parlez et je puis vous servir de témoin ; les témoins ne vous manqueront pas, au surplus, dans votre pays oii l'on aime tant à prendre le chemin de l'Europe.
Dans la multitude de questions qui se sont offertes ou imposées à votre esprit, questions souvent disparates, parfois obscures, et quand
elles s'éclairent, très incertaines, vous dénonez votre écheveau avec prestesse et vous donnez la note juste. Ce n'est pas une dissertaticgi a/i JioCi ce n'est qu'une lettre ; vous glissez la plupart du temps sans appuyer; mais vous donnez la solution de la foi, sans adultération ni mélange ; vous caractérisez les hommes et les cboi^es, sans emphase, mais avec le mot propre. C'est par son souci constant de bien voir que votre livre sera surtout utile à la jeunesse.
Nos amis de VEtendard vous ont reproché d'avoir laissé dans vos notes le menu du détail personnel. Là-dessus on peu différer d'avis.
Vous ne l'avez certainement pas fait par amour propre, mais seulement pour expliquer humblement les choses. Si vous souscrivez l'iota et si vous appuyez sur une virgule, c'est que ces signes authentiquent davantage votre récit. La crédibilité d'un livre repose sur une multitude de petits traits qu'il est difficile de bien définir. En vous lisant, on vous suit ; et eu vous suivant, on refait avec vous le voyage.
A mes yeux, ce qui décuple l'utilité de votre livre, c'est son unité. Vous avez fait le tour de l'Europe dans une pensée de foi à Jésus-Christ. Nous savons que Jésus-Christ, rédempteur des âmes, est aussi le roi des nations. Pendant mille ans, Jésus-Christ a été le roi des nations
rachetées ; les papee étaient ses vicaires au spirituel ; les empereurs ses vicaires au tempo, rel ; les rois, les nobles, les prêtres, ses humbles serviteurs ; tous les hommes jouissaient de la liberté des enfants de Dieu. C'est l'heure où, Jésus Christ régnant, la chrétienté rayonnait sur le monde occidental, et posait les bases de la vraie civilisation. Depuis, des hommes POnt venus qui ont déclaré Jésus-Christ insuffisant au monde ; ils ont dit que leur modération devait tempérer sa grâce, que leur sagesse devait donner des accroissements à sa lumière.
Précédemment le Credo était le symbole de riiumanité ; le Décalogue, son code ; la prière et les sacrements, sa constitution ; le prince et le prêtre, dans des sphères différentes, avaient également le souci d'appliquer cette constitution et de la faire respecter. Eux, ils ont prétendu que l'Bglise devait restera l'église et que le monde, au lieu de relever de Jésus-Christ, devaient relever d'eux-mêmes. Dans leur stupide arrogance, ils ont écrit cela sur un papier qu'ils intitulaient constitution, et ils ont cru que ce papier devait remplacer l'Evangile. La conséquence de ces visées impies, c'est qu'on s'est mis partout à démolir la chrétienté. Voilà trois siècles qu'on s'y emploie ; nous assistons à l'agonie de la civilisation chrétienne.
Or dans cet abontipscmeni des erreurs des trois derniers siècles, des chrétiens se sont rencontrés, affirmant que, pour nous relever de ces ruines, il puffisait de les canoniser. Au lieu de réargir contre les aveugleujents et les entraînements des temps, ils ont prétendu qu'il fallait laisser aller le monde comme il va et appeler progrès sa marclie vers les abîmes. Par cette simple appellation, tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes. A leur béate confiance, il n'y a qu'un point noir : c'est qu'il reste des chrétiens croyant à la vertu sociale de Jésus- Christ, des intransigeants — c'est ainsi qu'on les appelle — qui croient qu'aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes pour le salut des âmes et des peuples.
Vous êtes, vous, monsieur, un de ces intransigeants, honnis des sages et des modérés, tournés parfois eu dérision comme des fous, poursuivis parfois comme des criminels, condamnés même parfois au silence pour ne pas troubler l'illusion du monde se sauvant par sa propre vertu. Vous avez voulu voir, si, en effet, le monde, séparé de Jésus-Christ, allait renouveler la terre et voguer sous de nouveaux cieux ; vous avex voulu réconforter votre foi en visitant ceux qui, comme vous, n^ont pas fléchi le genou devant le Baal du libéralisme. Vous êtes
donc venu en Europe ; vous avez vu, et, de retour dans votre patrie, vous répétez ce que vos yeux ont vu, ce que vos oreilles ont entendu. C'est par là, monsieur, que votre livre est, pour le Canada, un livre de grand prix ; et, pour la jeunesse, un livrf de haut enseignement. A la première page, vous avez écrit d'une main amie, l'expression cordiale de votre bon souvenir ; veuillez, cher monsieur et excellent ami, agréer, en retour, mes remercîments et l'assurance de ma fidèle amitié.
Justin Fevre, Vicaire général d'Amiens
et protonotaire apgstolique
Conférence et Discours ■— par A. B. Rou-
thier. Docteur es lettres. Professeur de Droit International à l'Université de Québec, juge de la Cour supérieure et chevalier de l'ordre de Saint Grégoire le Grand. In-8, 400 pages, Beanchemin, Montréal 1890.
Nous avons recommandé cet ouvrage aux directeurs de nos maisons d'éducation { p. 6 ).
Ces discours forment dans leur ensemble
un musée littéraire qui fait honneur à la race canadienne- française.
« Ce sont, comme le dit bien M. Fréchetle ( I ), de francs et fiers épis, que M. Routhier a réunis dans une robuste gerbe, où brillent exubérantes comme toujours, sa verve et son érudition bien connue. »
Il ne sera pas inutile de donner ici la table des matières :
La religion qatholique et la nationalité
CANADIENNE-FRANÇAISE. — DisCOUFS prO-
noncé au congrès catholique tenu à Québec le 24 juin 1880.
Le ROLE DE LA NATIONALITÉ CANADIENNE-FRAN- ÇAISE. — Discours prononcé à la convenlion le 24 juin 1880.
L'art — Conférence prononcée à l'université Laval.
Discours prononcé à une séance de l'Institut Canadien.
Discours prononcé à l'inauguration du nouveau séminaire de Ste-Thérè8e,en juin'1883
( 1 ) Le Canaija.-Frav\çai9y 1890, p. 282.
L'esprit et le cœur devant la science contemporaine ET LA FOI Conférence prononcée au Gésu, à Montréal.
Causerie sur la charité — Faite à la salle de musique de Québec, dans la semaine de Pâques, 1881.
Discours prononcé à l'université Laval, en juin 1883, à la séance de clôture de l'année académique.
Discours prononcé devant le congrès réuni à Montréal, le 2^4 juin 1884, fête de saint Jean 'Baptiste*
Discours prononcé au brnquet national, donné à l'hôtel Windsor le 24 juin 1884, en réponse à la santé : ** La province de Québec ".
Un simple coup d'œil sur la science contemporaine — Conférence prononcée à l'Institut Canadien de Québec, le 23 décembre
DisoouRS prononcé à la Roche-su r-Yon, en Vendée, le 17 avril 1884.
Discours prononcé au banquet donné à Québec, en l'honneur du 9me bataillon, à son retour du Nord Ouest, le 26 juillet 1885.
Adresse des citoyens de Québec présentée, en juin 1886, à S. E. le cardinal Taschereau, el rédigée par M. le juge Routhier.
DiBCOCRa prODOtHié su feetÎTal donné an pati-
noir de Québec, en l'honneur de 3. E. Iv
cardinal TuMberetiu, le 20 août 1886.
DiscouBH prononcé au cnngrèa catholique de
Paria, le II mai 1888.
DiacoCBS prononcé à l'univereilé Laval, à l'oc'
C&eion de la démonstration des citoyens
de Québec eu faveur du pouvoir temporel
des papes, en mai 1889.
DisooDBs prononcé au concert de la Société
St-JeaB-BaptisM, & l'Académie de niuei-
qne, le 26 juin 1889.
An BÉuiHAiBB DE STE-THfcRisB — Béponce, au
DDni des Rncieus élèves, à l'adretwe de»
élèves actuels.
Fragment.
Autre fragment.
Les sodboks dc droit — Conférence.
HAitiiOB Et DiroROB — Conférences faites à
l'nniverKilé Laval en 1882 — Première
conférence — Le mariage.
Deuxième conférence — Le Divorce.
*-uI-EmHc, fait dans VUnion libèraUàa vrier l'appréciation qui suit :
iB ces travanx, donnent la même note.
sont inspirés, sont écrits et prononcés dans le même esprit, et peuvent se résumer dans ces mots : Amour de ia Patrie et de la Religion.
Peut-être même quelques uns troureront-ils qu« c'est trop de religion dans la bouche d'un orateur profane. Le juge Routhier lui-même l'admet quelque part, il passe pour être par nature enclin au sermon.
Mais il est si sincèrement catholique, si profondément convaincu que l'avenir de son pays dépend intimement de la fidélité de ses compatriotes à leur foi religieuse ; et il l'aime tant ce pays, il a fait pour son avenir de si beaux rêves de gloire et de bonheur, qu'on lui pardonne de mêler souvent la note religieuse à ses discours patriotiques, d'accoler constamment le nom de la religion catholique à celui de la province de Québec.
D'ailleurs, plus le juge Routhier s'éloigne de l'âge où il publiait ses Causeries du dimanche^ presqu'un péché de jeunesse ; plus surtout il s'éloigne d'une certaine école aux influences assez souvent funestes ; plus il vieillit, voyage, étudie et apprend, plus il tend à se débarrasser de ces phrases de commande oi^i le lyrisme religieux côtoyait souvent l'emphase et quelquefois frisait la banalité.
Maintenant qu'il appuie moins sur cette note.
qu'il oublie ces légères exagérations, l'on retrouve en lui un véritable écrivain, un talent supérieur.
Il y a là quelque chose de singulier Quand le juge Routhier aurait admis quelque part qu'il passe par nature enclin au sermon, il ne s'en suit pas précisément qu'il y ait trop àe religion dans ses discours, ce que Paul- Emile du reste ne conclut pas luimême : Peut-être même quelques uns
« Maintenant quHl appuie moins sur cette note, qu'il oublie ces légères exagérations^ Pon retrouve en lui un véritable écrivain^ un talent supérieur.
Lorsque M. Routhier appuyait plus sur la note religieuse, et qu'il se permettait de légères exagérations de ce côté, son talent paraissait donc moins, et l'écrivain véritable ne se montrait pas autant I
Il ne reste qu'à faire la preuve !
La note religieuse même chez l'écrivain profane ne peut que le fortifier et nourrir son talent.
Si l'idée religieuse et l'idée nationale sont
chez nous inséparables, M. Routhier ne
pèche pas, et par suite, il n'y a pas à dire :
« On lui pardonne de mêier trop souvent la
noie religieuse à ses discours patriotiques
et accoler constamment le nom de la religion
catholique à celui de la province de Québec.^
Paul-Emile conclut : « Routhier tient le
premier rang parmi nos conférenciers, c'est
un de nos bons écrivains, un de ceux à qui
l'on songe tout d'abord quand on veut avoir
uu bon discours patriotiques ou académi* que. H
Nous citerons en particulier, l'appréciation que M. Charles Gauvreau fait du discours prononcé par M. Routhier au congrès catholique tenu à Québec en 1880. ( i )
Discours admirable par le fond et par la forme qui souleva des applaudissements unanimes parmi les auditeurs et dont le pays tout entier s'abreuva pour ainsi dire pendant plusieurs semaines. Plus que jamais Routhier
( 1 ) Cette appréciation a paliée, par L^Ewingéline, 3 août 1690.
était à l'ordre du jour. On le citait, on le commettait — toujours avec admiration — comme pris d'orgueil de voir un canadien-français, un des nôtres, atteindre à des hauteurs superbes dans Part oratoire.
En face de cet homme à la parole vibrante, au cœur chaud, à Tâme pleine d'un patriotisme PÎncère, je me moque des fanatiques qui voudraient clouer au pilori, et mettre au tombeau cette belle langue française, si harmonieuse, si vivace, si noble, si expressive. Je me ris des efforts surhumains des McCarthy, des Gharlton et autres minores-ejusdem farinas qui ont entrepris la tâche ridicule de tuer ce qui a plus de vie que toutes les langues du monde et plus de force que tous les peuples coalisés.
Dans ce discours du 24 juin 188^^ le juge Routhier veut nous convaincre — et il le fait facilement — ** que la nationalité canadiennefrançaise et la religion catholique doivent rester inséparablement unies " — parce que — dit-il, la religion est le fondement de toute patrie et que le catholicisme est spécialement la sauvegarde de la nationalité canadienne-française.
Voilà deux grandes vérités qui demandaient un orateur de première force pour être développées largement sans lieux communs et le
juge Routhier était Thomme qu'il fallait pou/ un tel sujet-
Voyez-le parcourant les annales des peuples pour y trouver à l'origine la notion évidente de la divinité, la divinité présidant à la formation des peuples, la divinité, seule base solide pour éiifier, seul soutient de toute con!*titution humaine, ** La religion, dit-il, est la pierre angulaire de tout édifice social." — Puis il ajoute plus loin :
Toujours le» temples ont été les vraies forteresses de l'état et les pontifes, les sentinelles avancées de la nation. Le foyer sans autel, la cité sans église, l*état ^ans Dieu ne sauraient constituer une patrie, pas plus que le corps sans âme ne peut-être un homme.
C'est UD vaste et beau sujet que celui o^ il s'agit de parler de la religion et de la patrie et sous la plume de notre orateur national ce thème devient grandiase par la nouveauté des aperçus, la Margeur tiouvelle des horizons splendides, et le choix réussi des expressions heureuses.
On ne sépare pas ce qui est étroiteinent uni, et les temps modernes ont beau vouloir jeter le désarroi dans les croyances par des subtilités métaphysiques, ils ne réussiront pas à mettre Dieu d'un côté et les nations de l'autre, car
tout peuple est condamné misérablement s'il ne respire pas du côté du ciel.
Les païens avaient ancré au cœur le culte des dieux et on leur aurait arraché les yeux plutôt qu'une parcelle de leurs croyances, et sous ce rapport ils sont pour nous une leçon continuelle. De nos jours on voudrait que le ciel fut à Dieu et la terre à nous et pourtant la terre n'est pas à nous et le gouvernement de ce monde comme celui de l'autre appartient à Dieu.
Jésus-Christ est venu en ce monde. Il était roi et sa rovauté sociale est à la fois une doctrine et un fait historique. Il faut que le Christ ait sa place en ce monde et quand les hommes la lui ont réfusée il a bien su la prendre quand il l'a voulu et quand il n'y a plus de place pour lui dans un pays il n'y a plus de place pour d'autres royautés. Souvent chassé, il revient avec une persévérance qui ressemble à de l'entêtement j mais il arrive un jour funeste où il s'éloigne pour ne plus revenir, et alors malheur aux nations qui le laissent partir !
Puis l'orateur nous montre — dans deuz pages sublimes de véritable éloquence — le Christ naissant dans une étable parce qu'il n'y a pas de place dans l'hôtellerie, et tirente trois ans
après — mourant en croix — partout chassé de la Judée — ; mais en retour, là où le Christ ne peut pas rester passent les larmes, la désolation, le carnage, la mort.
Le peuple juif disait à Jésus : il n'y a point de place pour vous en Judée, et depuis ce temps le peuple juif n'a plus de place sur terre et l'orateur 8*écrie :
** Messieurs, si nous avions le temps de feuilleter un peu Phi^<toire de l'Europe depuis l'établissement du Christianisme, vous y verriez resplendir cette vérité : " que les gouvernements sans foi et les peuples sans Dieu sont voués à la mort. "
L'orateur jette ensuite un regard sur la France, cette mère-patrie dont les gouvernements d^nieurent instables parce qu'on y a chassé " le divin crucifié qui ej»t la pierre angulaire des trônes " ; puis se rappelant un voyage en France en mars 1870, il nous montre l'état social de ce malheureux pays au moyen d'une comparaison des mieux réussies et qui arracha alors à son auditoire des bravos prolongés, pleins d'enthousiasme.
Tous les peuples sont obligés de croire en Dieu, mais il en est un particulièrement qui doit rester étroitement attaché à la foi : c'est le peuple canadien-français — car Dieu lui a
montré une solitude toute particulière et lui a donné une mispion toute spéciale ; en effet il n'y a pas une nation qui puisse montrer à son origine des gloires aussi pures que celles qui entourent notre berceau.
Et l'orateur nomme Cartier, de Gliamplain, de Maisonneuve, Mgr Laval, les fils de Lo3'ola et les saintes auxiliatrices de ces grands hommes, tous prouvant combien la Providence veillait sur nous. C'est encore la Providence qui nous a sauvés au jour suprême. Quand elle a vu que la mère-patrie pouvait nous perdre par eon impiété, elle nous a violemment arrachés de ses bras " et c'est quand nous pleurions d'être orphelms qu'elle assurait notre salut."
Le peuple Juif fut bien coupable, mais aussi bien châtié. Histoire dramatique et terrible où le crime est si tôt suivi du châtiment, l'offense de la punition, oii Israël et Dieu ne se lassent pas, le premier de pécher et de se repentir, et le second de punir et de pardonner. La miséricorde divine se lasse et le peuple et ses rois sont exécrés de Dieu. Mais il reste un prêtre qui ne sacrifie pas aux idoles : Elie ! et ce seul prêtre est tout puissant car il est prêtre du vraie Dieu. Israël sera sauvé parce qu'il lui reste un prêtre pour lui sacrer un roi et un prophète.
Voyons le peuple canadien. L'ennemi est venu à ses portes et il a dû subir le joug du plus fort. Lep rues de Québec pleurent comme celles de'Sion, car partout ce ne Pont que ruines et débris amoncelés. Le désespoir eet là il va tuer l'espérance et faire défaillir les courages. Mais non, le clergé est là aussi, le bon clergé, celui qui comprend sa mission et i! va mettre la main sur le cœur de la patrie et lui crier comme Jésus à Bétbanie : lève-toi et marche et la patrie vivra.
La conclusion à tirer de tout cela : c'est que l'action de Dieu est visible de notre berceau, et que nous sommes un pJeuple de prédilection ayant une mission à remplir ici-bas. L'Eglise a veillé sur nous ; le clergé a été notre rempart aux heures de défaillanoes, nous arrachant à une mort certaine ; c'est donc que Dieu a fait une alliance avec nous sur ce sol d'Amérique et de cette alliance découlent des obligations pour les deux parties contractantes. Assistance et protection de la part de Dieu ; et de notre côté attachement inébranlable à la foi, docilité aux enseignements de l'Eglise, union et harmonie entre les pouvoirs ecclésiastique et civil.
Voilà dans son ensemble, le discours magis tral de l'Hon. Juge Routhier. Le lire c'est
beaucoup, Tanalyeer est aRsez difficile ; il faut l'entendre tomber des lèvres de l'orateur On est 60US le charme. Quelle belle intelligence et si bien servie par le geste, la pose et la voix. Tout tend à l'éloquence chez Routhier. Il a du cœur, du patriotisme, de la religion et lorsque Pémotion s'empare de lui, il la communîaux masses et l'on reste suspendu à ce qu'il dit, avec une joie débordante.
Charles Gauyreau.
N. B. — Ce discours et ceux qui suivent ne sont pas d'application seulement pour noua les canadiens-français* ; nos compatriotes d'Acadie peuvent en faire leurs profits. Qu'ils n'oublient pas, au cours de leur carrière, que deux grandes vérités s'imposent plus que jamais de nos jours : Pamour de la religion et l'amour de la patue. Ce ne sont pas des principes de commande qu'il nous faut, ce sont des idées nettes, solides, une foi robuste que rien ne fait broncher. C. G.
The Cartography of the Oulf of St.
Lawrence, from Cartier to Champlain.
By W.-F. Ganong, A. M. — In-4. 42 pp. — 1890. ( Reproduction des Mémoires de la Soc, Roy» du Canada.)
( Le Canada-Franqais.)
Nous avons déjà rendu compte, dans le
Canada-Français d'un préc(5dent travail de M. Ganong, et nous nous sommes même permis de différer d'opinion avec lui sur certains points de l'itinéraire du premier voyage de Jacques-Cartier. M Ganong n'a évidemment aucun parti pris, car il tient compte de toutes les observations, et il a bien voulu faire attention même à notre petit article.
Mais cette fois M. Ganong revient â la charge avec une telle ajbondance de probabilités que nous rendons volontiers les armes.
Le but de Fêtude actuelle que M. Ganong a présentée à la section anglaise de littérature de la Société Royale du Canada, a été de constater l'influence de Jacques Cartier sur la détermination de la carte du Golfe St- Laurent. Aussi, l'auteur a-t-il enrichi son travail de la reproduction des i^ei Heures cartes publiées sur le golfe depuis le temps de Cartier jusqu'à celui de Champlain, et il les discute avec beaucoup de tact et d'impartialité.
yfje résultat de cette savante étude est que Jacques Cartier est le seul qui ait donné des idées vraiment originales sur les positions relatives des places qu'il & visitées dans le golfe. C^ux qui ont dessiné et publié des cartes du golfe après Cartier jusqu'à Cham-
plain exclusivement n'ont fait que copier ou traduire Cartier plus ou moins exactement, dessinant de fantaisie ce que celui-ci avait laissé indécis parce qu'il ne l'avait pas vu, ou ajoutant sur ouï-dire, sans avoir vu euxmêmes.
C'est donc un nouveau titre de gloire non traité jusqu'ici pour le grand découvreur du Canada. Ce qui fait voir que, malgré les nombreux travaux faits sur Jacques Cartier, la matière n'est pas épuisée.
Mqb t. E. Hamel.
Le Calendrier de Jacques Cartier.
( Canada-Françai8' )
Cette année même, à la section française de littérature de la Société Royale, notre savant archéologue, M. l'abbé Verreau, Principal de l'Ecole Normale Jacques- Cartier, a présenté, sur les voyages de l'illustre navigateur malouin, un mémoire qui a été toute une révélation. Jusqu'à présent on supposait que le calendrier usité par Jacques Cartier était notre calendrier ordinaire de douze mois compté de janvier à janvier, ce qui donnait lieu à des difficultés presque inso-
liibles dans l'agencement des dates. M. Vcrreau a fait voir que Jacques Cartier s'est servi d'un autre calendrier en usage en France de son temps, et qui comptait l'année de Pâques à Pâques. Cette heureuse découverte est un raj^on de lumière, qui jette un merveilleux jour sur ce qui, jusqu'à présent, paraissait inexplicable, à moins de supposer (les erreurs de copies, explication toujoui-s hasardeuse et dangereuse, bien qu'évidemment cela puisse se rencontrer quelquefois.
Nous répéterons donc ce que nous disions dans notre premier article : Courage, Messieurs les savants, creusez les documents de notre histoire. Il y a là encore des mines précieuses. Qui sait si, comme nous le faisait remaniuer M. l'abbé Verreau, il ne résultera pan de ces recherches, sans rien niminuer de la gloire si justement attachée au nom de Jacques Cartier, un rejailli&sement <lu uiérite des voyages de celui-ci sur son illustre souverain, François I, qu'on semble trop oublier et négliger ? N'est-ce pas ce graud roi en effet qui, dès 1523, envoyait Vérazzano dans nos parages, qui plus tard y envoyait Jacques Cartier, et qui voulait essayer de la colonisation dès 1541 ? En un
mot, sans François I, aurions nous Jacques
Cartier?
Feuilles d'Érable, par M. Chapman.1890.
Ce livre trouve un admirateur enthousiaste en M. Zéphir Bouchard. — 1^ Minei'vey édit, hebd. 12 avril 1890.
Léon Ledieux, dans ses " Entre-nous " — Monde illustré^ 19 avril 1890, — frappe d*èstoc et de taille :
Je ne voudrais, pour rien au monde, faire de la peine à Chapman, mais je crois un peu de mon devoir de le mettre en ganle contre la tournure de phrases qu'il semble avoir adoptée.
Ce qui lui manque surtout, est le naturel ; on sent trop que l'idée est outrée, gonflée et c'est à coup sûr le meilleur moyen de ne pas atteindre le but qu'il se propose sans doute, d'émouvoir et d'élever l'esprit.
La plupart des sujets des Feuilles d'Erable ont déjà été traités tant de fois de la même
manière, que le lecteur n'y trouve guère de nouveau.
Un seul, peut-être, Un groupe^ est l'ébauche d'un petit tableau de genre qui pourrait devenir assez bon en étant retouché.
Il y a nombre de sonnets, mais on en fait tant de médiocres qu'il faut en écrire un très bon pour être remarqué.
Quant aux poèmes patriotiques nous com niençons à être saturés des mêmes redondances, des simpiternelles mêmes phrases...
Du nouveau, du moderne, du frais, quelque chose d'original, de typique, de sérieux, de gai, de léger, de tout ce que Ion voudra, mais que les poètes canadiens qui s'aventurent tâchent d'être quelqu'un et que l'on ne se demande pas toujours en lisant des vers :
" Tiens, qui imite-t-il, où ai-je vu cela ? "
M. Zéphir Bouchard, dans le Monde du 24 avril, reproche à M. Ledieux d'accuser sans prouver.
. Il prétend que M. Ledieux se fait une fausse idée 'du naturel^ qu'on ne réussira jamais à interdire le patriotisme à nos poètes, et qu'il y a certainement du nouveau dans les Feuilles d'érable,
M. J.B. Bérard dit, dans un article soigné — Monde illustré y lo mai 1890. —
Le lyrisme déborde dans l'ode à Louiâ Fréchette, VErahle, Le Huron, et les stances à Eugénie Tessier, cantatrice aveugle. Un souffle puissant anime le poème des Ivincibles, beau comme un fragment d'épopée.
Quelle profusion d'images et de fusées sonores, quel luxe de couleur et de farandoles dans V Aurore boréale ! Quel entrain joyeux, quelle gaieté bruyante, quelle ironie douce et légère, quel comique de bon ton dans le Carnaval, la Fucrerie, Un Groupe \ André Theuriet, François Coppée, n'ont peut-être rien de plus frais, de plus embaumé, d'un charme plus pénétrant que Renouveau, Un rayon de soleil, les i)erleti du recueil
Il a des tours et des épithètes qui doinient à sa phrase plus de relief, à sa langue plus de timbre et de saveur. Son alexandrin se plie bien au rithme. L'hémistiche le partage sans monotonie, comme sans raideur.
Peu de rejets et d'enjambements vieiment en troubler l'harmonieuse cadence
Il arrive ainsi que l'auteur vise un peu à l'imitation, sans pourtant tourner au pastiche : qu'il manque parfois d'idées, mais le
poète est-il tenu d'en avoir toujours de bien arrêtées ?
Quelques vers, en très petit nombre, font tache ça et là, soit que, sans pécher précisément contre la langue, ils semblent friser l'hiaius ( ce que le hautbois a de divin dans sa note ), ou que le besoin de la rime ait forcé la main au poète
Ce qui me plaît moins, c'est cette forme du sonnet que M. Chapman semble avoir adoptée de préférence
Le sonnet est une forme surrannée, bonne au temps des Voiture, des Beuserade, et que les plus grands poètes de nos jours ont dédaignée
Si le poète veut faire grand, il "ne doit point couler sa pensée dans le moule uniforme- du sonnet, grand tout au plus comme un noyau de cerise. ** En y versant trop d'idées, le moule crèverait, et le travail serait gauchi." Qu'il prenne garde ! cet infrangible anneau du sonnet retiendrait ses ailes captives. Pour qu'il puisse les ouvrir, toutes grandes, il lui faut l'ode, lïambe, le poème ou le drame, héroïque et sombre.
La critique de M. Chs Ducharme —
Etendard^ 31 juillet 1890 — sera lue avec plaisir et profit.
Les feuillages pourpres et les liorizons gris ont inspiré à Victor Hugo les Feuilles (TAw torrme ; la saison des bourgeons et des jeunes mousses nous a valu les Feuilles (T Erable.
Un joli titre, n'est-ce pas, pour un recueil de poésies canadiennes 7
En songeant à la lielle feuille verte qui fait la splendeur de nos forêts et couvre nos poitrines au jour de la célébration de notre fête nationale, M. William Ghapman ne pouvait faire un meilleur cboix.
Aussi, semble-t-il que ces vers doivent être bien frais, bien lustrés, bien patriotiques sous ce dôme feuillu.
Et ils le sont.
Pas partout, cependant, car il est des endroits où la muse du poète, exposée sans doute par inattention à un soleil trop ardent, semble lasse, négligée, indifférente aux nobles aspirations.
Ces endroits, heureusement, ne sont pas nombreux.
Aussitôt que le poète s*aperçoit que sa muse n'est plus à l'ombre, il se hâte de lui trouver une retraite plus fraîche sous la feuillée.
^ais assez de ce langage sibyllin et soyons méthodique.
Quand on veut vi8iter un édifice, ou n'entre pas par les lucarnes pour portir par une ou vertare di> soubassement, mais on examine d'abord la façade, on pénètre ensuite dans le vestibule et l'on se bâtarde enfin dans les pièces intérieures.
Il en est de même pour l'examen d'un ouvrage.
Si l'on veut procéder méthodiquement, îe regard doit d'abord chercher le titre, puis la dédicace ou la préface, si elle est requise, et se porter en dernier lieu sur l'ensemble de l'œuvre. J'oHvre en conséquence les Feuillea d'Erable et je cherche la dédicace.
Rien, absolument rien !
Elle brille par son absence.
Vraiment, M. Ghapman, vous n'êtes pas reconnaissant.
Concment ! vou« confiez vos poésies aux JeuiUea (Térablef vous ypulez qu'elles les pro" tègent contre les feux de l'été et les bises de l'hiver — vrai tour de force pour elles — et vous ne daignez même pas les remercier par un tout petit sonnet !
Est-ce ainsi qu'ont agi Autran, Theuriet et Fréchette ?
Ouvrez les poèmes de la mer, vous y trouverez, en vers nobles et majestueux, une dédicace à rOcéan ;
Ouvrez le Chemin des bois, vous y lirez des couplets alertes dédiés : •
Aux bois étnua, aux bois baignés De rosée et de lumière. .. .
Ouvrez enfin les Oiseaux de^ Neige, un ponnet bien tourné y fait tressaillir d*aise les visiteurs ailés de nos blanches montagnes.
On dira peut être que la présence, dans le livre de M. Chapman, des poésies intituléerf VErable et la Sucrerie, suffit pour satisfaire les feuilles d'érable et qu'en voulant une dédicace à ces dernières, je ne respecte pas la France, puisque je relègue une poésie qui lui est consacrée au second rang.
Entendons-nous I
Quel est le titre du livre de M. Chapman ?
Les Feuilles d'Erable, n'est-ce pas ? et non pas VErable, la Sucrerie, ou encore la France f
Par conséquent, la 4)lace d'honneur devait être aux feuilles d'érable, l'auteur écrivait un livrp canadien et nod pas un livre français.
Il n'y a pas de manque de respect à la France dans tout cela.
Peut être M. Chapman, en agissant ainsi, at-il voulu se concilier les bonnes grâces des
quarante immortels et, à l'exemple de M. Frécheîte, devenir lauréat.
Si telle a été son intention, il a dépensé beaucoup d'encre en pure perte.
Il n'a pas encore atteint le fini des Fleurs Boréales.
Je ne veux pas dire par là que M. Chapman n'a pa?» le talent poétique et que ses Feuilles d* Erable soient médiocres, inférieures même à ses Québecquoises de ISI^.
Au contraire, il a du talent, beaucoup de talent, et ses Feuilles d^ Erable loin d'être un in- 8uccè.««, le placent iîumédiatement après M.
Frécbette dans la galerie des poètes canadiens du jour.
Seulement, M. Cbapman avait donné de si belles promesses, en 1876, qu'après un silence de quatorze ans, il était naturel de s'attendre à le voir s'élever, en 1890, d'un degré plus haut que celui qu'il vient d'atteindre.
S'il n'a pas réussi ce n'est pas faute de talent, mais c'est parcequ'il s'est toujours trouvé dans des circonstances malheureuses, que je ne rappellerai point, vu que vous les connaissez tous.
Les critiques ont diversement apprécié, les Feuilles d'Erable.
Les uns ont été tout fiel, les autres tout miel, peu sont restés dans de justes limites.
Sans partager l'enthousiasme délirant des second», je ne vois pas trop comment l'on peut refuser à l'œuvre de M. Ghapman, la moindre qualité et ne lui trouver que des défauts.
Parcourez les antres Fecueils de poésie publiés dans le pays, pas un, les Fleurs Boréales exceptées, ne contient des pièces supérieures à La France, la Mh'e et VEvfarU, à la description de V Aurore Boréale et à certains sonnets de M. Ghapman.
Quel sublime espor dans cet extrait de la Mère et V Enfant :
Qae dis-je. I^s vainqueurs Eurent notre serment, mais la France eut nos cœurs :
QuMmportc ^abandon t qu'importe la distance.
Qu'importe les brouillards de Pocéan immense t Nous la voyons en haut, le front dans la clarté. Dans le rayonnement de la sublimité, Secouant sur l'Europe un faisceau de lumières ; Et, malgré les éclats farouches des tonnerres Que font souvent gronder les noirs événements, Nous l'entendons parler avec des mots charmants Plus suaves qu'un chant d'oiseau que l'aube éveille, Gomme si nous avions sa bouche & notre oreille, Non, la France à nos yeux ne se voile jamais : Toujours nous la voyons sur les plus fiers sommets Soufflant dans son clairon quelque nouvelle idée Et, lorsque le destin l'eut un jour tailladée Que les peuples voisins, ne sachant oe qu'ils font,
Sur sa croix Pinsultaient et lui crachaient an front, Que le lâche Teuton ivre de son désastre Bspérait voir mourir à l'horison son astre !Elle nous apparut soudain sur un Thabor Dont l'éclat fulipirant nous éblouit encore.
Pourquoi les vers de M. Chapman ne coulentilR pas toujours comme ces derniers ?
Il y a un beau sujet dans les Invincibles ; mais c'est une pièce qui languit, elle manque de nerf et d'haleine.
L'auteur des FeuUles d'Erable en ferait une bonne pièce eu la remettant s>ur le métier.
M. Chapman est de l'école des Hugo, des Gautier et des Banville.
11 cultive la forme avec succès.
On trouve rarement chez lui des vers vraiment prosaïques.
C'est ce qui le place au-dessus de beaucoup de res rivaux canadiens.
M. Bérard lui ayant déjà reproché sa sonet^ tomanie qui nuit à son talent et autres petits défauts, il ne me reste donc plus à lui reprocher que des peccadilles.
L'auteur des Feuilles d'Erable abuse trop des épithètes à la rime.
Je sais que ça été aussi le défaut de Victor Hugo ; mais, en général, les poètes de l'école contemporaine sont très scrupuleux à cet endroit.
A la page 10 des Feuilles (T Erable, il y a ce couplet consacré à l'érable :
11 ne garde pas sa toilette Comme les sapins, aux jours froids, Fendant qu'auprès la violette Tremble et se souffle dans les doigts.
Si ce n'était de mon respect pour la rime j'aimerais autant que cette violette se frottât les oreilles.
Page 18, sonnet à M. Chauveau :
De même vous avez, poète à la voix mâle, Salué le premier Paube encore bien pâle De Part qui se levait dans votre ciel natal ;
Voilà un art bien haut placée après Tavoir salué, je suppose que M. Chauveau a pris l'échelle de Jacob pour le descendre sous son ciel et sur notre globe !
L'auteur ne ferait que du V)ien à son livre en en faisant disparaître plusieurs pièces médiocres telles que Cadieux, l'Angelus, etc.
M. Chapman a l'habitude de manufacturer des sonnets pour ceux qui l'encensent.
En me relisant, je vois que je n'ai pas dit assez de bien de son œuvre pour espérer cette faveur.
C'est dommage, moi qui voulais depuis fii longtemps poflaéi^eren propre un sonnet, échantillon de sa manufacture I
Ces M. DucHARMii:.
Si un homme, tout au contraire, a mérité un sonnet de M. Chapman, c'est M.
Chs Ducharme. Sa critique rend justice au poète. Ne fait pas un chef-d'œuvre qui veut. Somme toute, c'est l'éloge qui domine ici. M. Chapman doit êtrQ satisfait du bien que l'on dit de son livre. Une seconde édition fera donc disparaître les défauts signalés et la bibliothèque canadienne aura toujours une place pour les Feuilles d'Erable. J'entends la réponse de l'auteur : **Aide2-moi tout d'abord à écouler la première édition 1 "
Deux voyages sur le Saint-Maurice,
par M. l'abbé N. Caron, chanoine de la cathédrale des Trois- Rivières. — V. P. Ayotte, Editeur, Trois-Rivières — 1890.
En 1887, S. G. Mgr Laflèche partait pour aller visiter cette brave population qui est
échelonnée sur les rives du Saint Maurice, * population courageuse et patriote que l'on a le tort de trop délaisser. C'était la première fois que l'évêque visitait la populationde cette région. M. l'abbé Caron accompagnait Sa Grandeur. C'est le récit de ce voyage que M. l'abbé Caron sert aujourd'hui au public canadien.
Mais un simple récit de voyage aurait pu être monotone. L'auteur a tourné la difficulté en faisant de son livre un véritable cours d'histoire du Saint-Maurice. Avec les augustes voyageurs, nous visitons tour à tour les Grandes Piles, la Mékinac, la Matawin, la Grande Anse, la Rivière aux Rats, la Tuque, la Rivière Croche, puis en retournant, St- Joseph de la Mékinac, la Grande-Mère et le Lac-à-la-Tortue.
Non content de ce premier voyage, M.
l'abbé Caron en entreprit un second l'année suivante, en 1888. Cette fois, il visita le bas St-Maurice depuis les Piles jusqu'aux Trois-Rivières. Il a ajouté à son livre le récit de ce second voyage, de sorte que nous pouvons suivre l'auteur sur toute la
route du St-Maurice en s'arrêtant aux Chutes Chawinigan, aux Grés, aux Vieilles Forges.
Chaque arrêt dans ces deux voyages est le prétexte de mille informations intéressantes et instructives. Ici c'est Tétymologie d'un mot, l'histoire d'un nom, qui nous occupe ; là c'est l'origine d'un poste, l'histoire des premiers pionniers de la civilisation j ailleurs c'est le récit des travaux et des pénibles labeurs des premiers missionnaires ; plus loin c'est une légende, une tradition, un fait historique que nous relevons en passant.
Le tout est raconté dans ce style clair, limpide et facile que l'on connaît à M. l'abbé Caron qui est un de nos stylistes les plus habiles. Sa réputation d'écrivain n'est plus à faire. Lauréat des concours de l'Université Laval, il y a longtemps déjà, M. l'abbé Caron a continue à cultiver les muses. Telle de ses poésies est un chefd'œuvre. Son petit livre sur. les barbarismes et les anglicismes au Canada l'a fait connaître comme un linguiste distingué.
Son Histoire de Hyamachiche a montré en lui le chercheur et Thistorien.
Deux voyages sur le St- Maurice ne seront pas de nature à diminuer la réputation de leur auteur. Nous en recommandons sans crainte la lecture. Ils apprendront à connaître cette belle et pittoresque région du Saint-Maurice, ses beautés, ses richesses et ses besoins, son histoire et la vie intime de sa brave population.
Ce sera aussi une occasion pour eux de lier une connaissance plus intiuie avec une de nos meilleures plumes canadiennes françaises.
Le Trifluvien,
Une excursion aux climats tropicaux,
Voyages aux Iles du Vent, par M. Tabbé