‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 116 sur 161 · HISTOIRE DES MYSTERES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES MYSTERES

I. — La poésie dramatique est postérieure à la poésie lyrique et à l'épopée.

PEINE sorti des mains de Dieu l'homme parla. Dès qu'il put parler, il chanta. Il semble qu'aux yeux du chrétien, les origines du Chant se confondent avec celles de la Parole. La nature de ces premiers chants de l'homme, si elle ne peut être précisée par la Science, peut du moins être soupçonnée par la Foi. Ce furent sans doute des hymnes ardentes, des cris d'admiration et de reconnaissance que l'homme jeta tout d'abord vers le ciel. Et il y a quelque chose de particulièrement beau dans le spectacle de ce roi du monde ouvrant ses lèvres et faisant pour la première fois vibrer les ondes sonores dans un air tout nouveau, au milieu de cette merv^eilleuse nature toute fraîche encore et plus belle peut-être qu'elle ne l'a jamais été depuis cette primitive et admirable aurore.

Plus tard, l'homme ne se contenta plus de célébrer Dieu dans ses chants improvisés : il chanta ses ancêtres, les héros de sa famille, les exploits de sa race. Toute cette poésie était lyrique. La poésie lyrique fut la première qui naquit et se développa sur notre terre. Le bon sens nous le prouve, à défaut de monuments positifs. Et n'est-ce rien que le bon sens ? Mais voici que les nations se dispersent: voici Babel. Chaque peuple va planter ses tentes dans le pays de son choix.Désormais, chacun d'eux aura son histoire, ou, à défaut d'histoire, sa légende. Les poètes, au lieu d'être constamment enthousiastes et lyriques, se feront souvent et volontiers conteurs. Ils raconteront longuement les anciennes migrations, les aventures des rois, les grandes guerres. C'est la poésie épique, laquelle

est essentiellement nationale^ tandis que la lyrique était hmnaine dans toute la force de ce terme.

Il restait cependant d'autres horizons à la poésie, et elle n'avait pas dit son dernier mot. Il arriva qu'un jour les longs récits des épiques endormirent l'humanité, qui depuis longtemps déjà bâillait un peu. Il fallait à tout prix la réveiller. C'est alors qu'un homme d'esprit inconnu, un prêtre sans doute.eut l'idée de se faire donner la réplique par un confrère autour d'un autel où se chantaient les louanges d'un Dieu, où se racontait sa légende. De là à dire à quelques initiés : « Toi, « tu joueras le rôle de Prométhée, et toi, celui de Mercure, » il n'y a pas loin, La poésie dramatique naquit : elle ne périra qu'avec ce monde.

Et c'est ainsi — pour résumer en peu de mots toute cette doctrine — que ces trois genres de poésie se succédèrent parmi nous dans l'ordre même que nous venons d'établir : d'abord l'Hymne; puis, le Récit ; puis, le Drame.

II. — Origines liturgiques du théâtre. — Le théâtre grec pris pour type.

LES quelques mots que nous avons tout à l'heure hasardés sur les origines sacerdotales du théâtre .sont d'une justesse que la science moderne constate tous les jours.

On pourrait dire que tout théâtre a sa source dans une liturgie, dans un culte.

Étant donné un culte, un théâtre en sortira. Pour en bien juger, il n'est pas nécessaire d'aller bien loin. Ne dépassons pas la Grèce, et restons-y quelques instants...

Les Eleusinies, dit un savant d'Allemagne qui s'est fait tristement connaître dans un autre ordre d'idées, étaient un culte très ancien et remontaient jusqu'au delà des temps où les Ioniens émigrèrent d'Attique en Asie-Mineure (i). C'était la réunion de Dionysos avec les divinités des céréales, avec Demeter et Kora, qui formait le caractère principal de ces très antiques Mystères (2) ; mais on ne peut dire, avec quelque certitude historique, si le culte de Dionysos fut adjoint de bonne heure à celui des deux déesses et à quelle époque

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