Ibid. , V
DANS l'épopée FRANÇAISE. 155
toi, et combats les infidèles. Dieu f aidera, le roi omnipotent {}). J> N'est-ce pas là tout à fait, n'est-ce pas là le rôle que jouent les divinités homériques autour des remparts de Troie?
Les Saints jouent le même rôle, mais beaucoup moins fréquemment. Dans la grande épopée lorraine, avant le combat décisif qui doit se livrer, sous les murs de Soissons, entre les Wandres et Charles Martel, le Roi aperçoit un beau chevalier couvert d'armes toutes blanches qui se tient debout au front de l'armée chrétienne. Une croix rouge brille sur son armure ; à ses côtés se dressent cinq cents hommes armés. C'est saint Georges, le chevalier du ciel, qui vient prêter aide et secours aux chevaliers de la terre if). Nous avons déjà raconté l'apparition de saint Jacques à Charlemagne avant^ la grande expédition d'Espagne. De tels traits sont assez rares dans nos poèmes, et les Saints n'y prennent pas fréquemment une part directe à l'action épique. On les invoque, comme on invoque la Vierge. Il serait d'ailleurs curieux de relever le nom des Bienheureux qui sont le plus souvent invoqués ou sur les reliques desquels on prête le plus de serments. On verrait par là quels étaient, au moyen âge, les saints les plus véritablement populaires (3).
Plusieurs de ces formules nous sont encore précieuses, en ce qu'elles nous révèlent le développement immense qu'avait pris chez nos ancêtres, depuis une époque fort reculée, le culte des saintes reliques. Outre une parcelle du vêtement de la sainte Vierge, il y avait encore, dans la garde de Durandal, « une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile et des cheveux de monseigneur saint Denis (4). » A chaque instant les chevaliers jurent « par le corps de tel' ou tel bienheureux. » C'est ce que nous voyons encore aujourd'hui. Les corps des saints ont toujours reçu les mêmes honneurs au sein de l'Église.