L'ALLEMAGNE ET L AUTRICHE-HONGRIE EN GUERRE
Nous avons eu plus d'une fois l'occasion, dans notre Première Partie, de constater l'abondance des publications françaises relatives à l'Allemagne, aux origines allemandes de la guerre, à ce que fut la nation allemande antérieurement au conflit. Le public français n'éprouve pas moins d'intérêt pour ce qui concerne la situation du pays ennemi pendant les hostilités : les ouvrages et articles sur la question sont en grand nombre, et sont fort appréciés. C'est qu'on est naturellement porté à se renseigner sur un « état d'esprit » et une situation économique dont dépend en grande partie la victoire finale; et d'autre part, la curiosité est excitée par le mystère par la difficulté de savoir ce qui se passe de l'autre côté du front.
Parmi ces publications sur l'Allemagne, les études documentaires qui parurent en 19 14 et 191 5 forment la partie de notre littérature de guerre qui a été, depuis, l'objet des critiques les plus âpres. Et en eff"et, tandis qu'instruits par l'expérience, nous avons cherché par la suite, en regardant chez l'ennemi, des leçons d'organisation ou des raisons d'intensifier notre résistance, dans les premiers temps de la guerre, jusqu'au commencement de 1916, on n'y voulait voir que prétextes à dédain ou raillerie, que motifs « d'espérer » et de laisser agir notre ancien allié le temps. De là, dans la plupart de ces publications,
un manque d'objectivité, ou même de sincérité, qui en réduit la valeur intrinsèque, et ne les laisse subsister qu'à titre de témoignage sur ce que furent pendant longtemps nos erreurs et nos illusions.
L'État d'esprit en Allemagne.
Pour savoir ce qui se passe en Allemagne, tout document de provenance ennemie étant suspect, on donne surtout confiance aux récits des témoins oculaires français ou amis de la France. Ces témoins peuvent se diviser en plusieurs catégories :
1° Les prisonniers, dont il est parlé à part, et qui n'ont guère vu que leur camp ou leur prison ;
2° Les Françaises rapatriées qui n'ont pu observer l'Allemagne que pendant les premiers mois de la guerre:
Journal d'une Française en Allemagne. Juillet-octobre 19 14, par E. Altiar. Préface de Charles Vellay. Paris, Perriti, 191 5. In-ié, xii-302 p. — 3 fr. 50.
M"* El. Altiar se trouvait, au moment de la déclaration de guerre, au château de K.,en Silésie, chez une princesseallemande, française de naissance, qu'elle ne nomme pas : en visite, dit-elle, — comme institutrice, disent certains critiques. Son journal va du 27 juillet au 31 octobre 1914. L'auteur note quotidiennement les nouvelles désastreuses qu'apportent les journaux, et qui excitent la joie de son entourage. Le 27 août, elle accompagne la princesse à Berlin, où elle peut juger à loisir de l'état d'esprit des Allemands cultivés et de leurs sentiments pour les Français. Au mois d'octobre. M"' Altiar, grâce à l'ambassadeur d'Kspagne, peut regagner la France, en passant par la Suisse.
Trois mois d'internement en Allemagne. Souvenirs et impressions d'une jeune fille étudiante, par Stella Bon. Revue hebdomadaire du 26 décembre 19 14.