LES CONQUÉRANTS
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal. Fatigués de porter leurs misères hautaines. De Palos de Moguer routiers et capitaines Partaient, ivres d'un rêve hérdique et brutal.
Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines. Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde occidental.
Chaque soir, espérant des lendemains épiques. L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;
Ou, penchés à Tarant des blanches caravelles. Ils regardaient monter en un ciel ignoré Du fond de TOcéan des étoiles nouvelles.
{Les Trophées, éd. Lemerre.)
Verlainâ I847-I906
CHANSON DAUTOMNE
Les sanglots longs Des violons
De l'automne Blessent mon cœur D'une langueur
Monotone.
Tout suffoquant Et blême quand
Sonne l'heure.
Je me souviens Des jours anciens »
Et je pleure;
Et je m'en vais Au vent mauvais
Qui m'emporte.
De çà, de là, Pareil à la
Feuille morte.
{Poèmes satufHièHs, éd. A. Messeîn.)
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