LA CHANSON DU VANNIER
Brins d'osier, brins d'osier.
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier !
Brins d'osier, vous serez le lit frêle où la mère Berce un petit enfant aux sons d'un vieux couplet ; L'enfant, la lèvre encor toute blanche de lait, S'endort en souriant dans sa couche légère. Brins d^osier, etc.
Vous serez le panier plein de fraises vermeilles Que les filles s'en vont cueillir dans les taillis. Elles rentrent le soir, rieuses, au logis, Et l'odeur des fruits mûrs s'exhale des corbeilles. Brins d'osier, etc.
Vous serez le grand van où la fermière alerte Fait bondir le froment qu'ont battu les fléaux. Tandis qu'à ses côtés des bandes de moineaux Se disputent les grains dont la terre est couverte. Brins d'osier, etc.
Lorsque s'empourpreront les vignes à l'automne. Lorsque les vendangeurs descendront des coteaux. Brins d'osier, vous lierez les cercles des tonneaux Où le vin doux rougit les douves, et bouillonne. Brins d'osier, etc.
Brins d'osier, vous serez la cage où l'oiseau chante, Et la nasse perfide au milieu des roseaux. Où la truite, qui monte et file entre deux eaux. S'enfonce et tout à coup se débat, frémissante. Brins d'osier, etc.
Et vous serez aussi, brins d'osier, l'humble claie. Où, quand le vieux vannier tombe et meurt, on l'étend Tout prêt pour le cercueil. — Son convoi se répand. Le soir, dans les sentiers où verdit l'oseraie.
Brins d'osier, brins d'osier.
Courbez-vous assouplis sous les doigs du vannier.
{Le Chemin des Bois, éd. Lemerre.)
Théodore de Banville 1823-1891