MARIE
Eh bien ! épargne-moi de trop barbares soins Et, si ce n'est qu'un songe, ah ! laisse-moi du moins, Soulevant un moment ma chaîne douloureuse. Rêver que je suis libre et que je suis heureuse. Ne respiré -je pas sous la voûte des cieux ? Un espace sans borne est ouvert à mes yeux. Vois-tu cet horizon qui se prolonge immense ? C'est là qu'est mon pays, là l'Ecosse commence. Ces nuages errants qui traversent le ciel Peut-être hier ont vu mon palais paternel. Ils descendent du nord, ils volent vers la France; Oh ! saluez le lieu de mon heureuse enfance ! Saluez ces doux bords qui me furent si chers ! Hélas ! en liberté vous traversez les airs.
Picard 1789-1828
LE PALAIS-ROYAL EN l802
JÉRÔME Voyez ces boutiques, ces cafés, ces salles de vente ; ces larges enseignes en lettres d'or, barrant les arcades; ces affiches bleues, rouges, jaunes, tapissant les murs; ces cadres de miniatures sur la porte des allées; la grand'mère à robe à plis, près de sa fille en polonaise, près de sa petite-fille en tunique, qui porte son petit garçon en mameluck ; la perruque à trois marteaux de quatre-vingt-six, près de la grosse catogan de quatre-vingt-neuf, de la Titus de l'an VII, des favoris et du pet-en-l'air de l'an X; ces Italiens aux regards vifs, cet Allemand à la cocarde noire, cet Anglais à l'œil observateur, ce gros financier, ce pâle rentier, ce Turc à la grande culotte, ces politiques qui se chauffent au soleil, ce petit bossu si plein d'esprit, ce joli homme si imbécile : a-t-on menti quand on a dit que Paris était le rendez-vous de l'univers et que ce jardin était le rendez-vous de tout Paris ?