‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 24 sur 90 · LA CONNAISSANCE DE SOI-MÊME · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE DE SOI-MÊME

Chaque homme devrait se comparer à lui-même en différents temps, tenir registre de ses sentiments particuliers, de sa manière d'être, en observer les changements, à de courts intervalles, et tâcher de suivre les variations dans l'état physique qui correspondent à ces irrégularités dans l'état moral. S'cxaminant ensuite, dans les périodes plus éloignées, il comparerait ycs principes, sa manière générale de voir dans un temps déterminé avec les idées qu'il avait dans un autre. Si on avait ainsi divers mémoires faits par des observateurs d'eux-mêmes, quelle lumière rejaillirait sur la science de l'homme!... Si chacun, de plus, avait déterminé à peu près son tempérament et les altérations qu'il a éprouvées, on pourrait connaître, par la comparaison, le rapport des sentiments moraux avec les états divers de la machine, et, par un relevé général, déterminer quel est le caractère moral correspondant à tel ou tel tempérament et résoudre à peu près ce problème insoluble : tel état physique étant donné, déterminer l'état moral, et vice versa. Il me semble, quoique ma vue courte n'entrevoie ce projet que confu.sément, qu'on ne parviendra jamais à une parfaite connaissance de l'homme et qu'on ne le dirigera jamais par des moyens moraux, si on n'y joint la connaissance des moyens physiques.

Joubert 1754-1824

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