LE MIRACLE DES ROSES
Elisabeth de Hongrie aimait à porter elle-même aux pauvres, à la dérobée, non seulement l'argent, mais encore les vivres et les autres objets qu'elle leur destinait. Elle cheminait ainsi chargée par les sentiers escarpés et détournés qui conduisaient de son château à la ville et aux chaumières des vallées voisines. Un jour qu'elle descendait, accompagnée d'une de ses suivantes favorites, par mi petit chemin très dur que l'on montre encore, portant dans les pans de son manteau du pain, de la viande, des œufs et d'autres mets, pour les distribuer aux pauvres, elle se trouva tout à coup en face de son mari, qui revenait de la chasse. Étonné de la voir ainsi, ployant sous le poids de son fardeau, il lui dit : « Voyons ce que vous portez ; » et en même temps il ouvrit malgré elle le manteau qu'elle ser-
rait, tout effrayée, contre sa poitrine ; mais il n'y avait plus que des roses blanches et rouges, les plus belles qu'il eût vues de sa vie. Cela le surprit d'autant plus que ce n'était pas la saison des fleurs. Voyant le trouble d'Elisabeth, il voulut la rassurer par ses caresses ; mais il s'arrêta tout à coup en voyant apparaître sur sa tête une image lumineuse en forme de crucifix. Il lui dit alors de continuer son chemin sans s'inquiéter de lui et remonta lui-même à la Wartbourg, en méditant avec recueillement sur ce que Dieu faisait d'elle et emportant avec lui une de ces roses, qu'il garda toute sa vie. A l'endroit même où cette rencontre eut lieu, à côté d'un vieil arbre qui fut bientôt abattu, il fit élever une colonne surmontée d'une croix, pour consacrer à jamais le souvenir de celle qu'il avait vue planer sur la tête de sa femme.
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