‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 61 sur 90 · ÉLOGE DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA PHILOSOPHIE

La philosophie n'est point un caprice passager de l'esprit humain : c'est un besoin essentiel, vivace, indestructible, qui dure et s'accroît sans cesse, qui se montre aux premières lueurs de la civiUsation et se développe avec elle, dans toutes les parties du monde, sous tous les climats et sous tous les gouvernements, qu'aucune puissance, religieuse ou politique, n'a jamais pu étouffer, qui a résisté et survécu à toutes les persécutions, qui par conséquent a droit enfin à une juste liberté, comme tous les autres besoins immortels de la nature humaine. Ou il n'y a plus de démonstration, ou l'histoire de la philosophie met celle-là au-dessus de toute controverse.

D'autre part, rappelez-vous quelles sont les doctrines qui ont laissé dans l'humanité la trace la plus lumineuse et la plus

durable. Ce sont précisément celles qui ont suivi la méthode la moins ambitieuse, qui se sont tenues le plus près du sens commun, qui n'ont pas tenté de substituer des vues arbitraires et exclusives, plus ou moins brillantes, aux grands et unanimes témoignages de la conscience et qui ont pris pour devise en quelque sorte la noble maxime : dans toute l'étendue de l'uni- \'ers rien de plus grand que l'homme, et dans l'homme rien de plus grand que l'esprit. Fiez- vous à la gloire, ce juge incorruptible et dont on n'appelle point. La gloire est aussi du côté de la raison et de la sagesse.

Théodore Jouffroy 1796-1842

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