‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 8 sur 90 · LA PAUVRE FILLE · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FILLE

Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère ?

Pourquoi né suis-je pas semblable au jeune oiseau Dont le nid se balance aux branches de l'ormeâu ?

Rien ne m'appartient sur la terre ;

Je n'eus pas même de berceau, Et je suis un enfant trouvé sur une pierre

Devant l'église du hameau.

Loin de mes parents exilée.

De leurs embrâssèments j'ignore la douceur, Et les enfants de la vallée Ne m'appellent jamais leur sœur!

Je ne partage pas les jeux de la veillée; Jamais sous son toit de feuiliée

Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir ; Et de loin je vois sa famille, Autour du sarment qui pétille,

Chercher sur ses genoux leâ caresses du soir.

Vei-s la chapelle hospitalière En pleurant j'adresse mes pas, La seule demeure ici-bas Où je ne sois point étrangère, La seule devant moi qui ne se ferme pas !

Souvent je contemple la pierre Où Commencèrent mes douleurs ; J'y cherche la traCe des pleurs

Qu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère. Souvent aussi mes pas errants

Parcourent des tombeaux l'asile solitaire,

Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents. La pauvre lille est sans parents

Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre. J'ai pleuré quatorze printemps Loin des bras qui m'ont repoussée :

Reviens, ma mère, je t'attends Sur la pierre où tu m'as laissée!

Millevoyo 1782-1816

Page 1