‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 81 sur 90 · LE MARQUIS DE LA SEIGLIÈRE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE LA SEIGLIÈRE

Dans l'embrasure d'une fenêtre ouverte, devant un joli guéridon de porcelaine de vieux sèvres chargé de cristaux, de vermeil et des débris d'un déjeuner mignon, M. de la Seighère, couché plutôt qu'assis dans un fauteuil à dos mobile et à fond élastique, jouissait en toilette du matin de cet état de bien-êtro et de béatitude, que procurent à coup sûr un égoïsme florissant, une santé robuste, une fortune bien assise, un caractère heureux et une facile digestion. Il s'était réveillé en belle humeur et ne s'était jamais senti si dispos. Enveloppé d'une robe de chambre de soie à grands ramages, le menton frais rasé, l'œil vif, la bouche rose encore et souriante, le linge éblooiissant, la jambe fine, le mollet rebondi, la main blanche et potelée, à demi cachée sous une dentelle de Valenciennes et jouant avec une tabatière d'or enrichie d'un portrait de femme, qui n'était pas celui de la marquise, le tout exhalant un doux parfum d'iris et de poudre à la maréchale, il était là, ne pensant à rien, respirant avec (léUces la verte senteur de ses bois, dont l'automne commençait à rouiller la cime, et suivant d'un regard distrait ses chevaux couverts de housses qu'on ramenait delà promenade, lorsqu'il aperçut sur le pont du Clain M"»e de Vaubert, qui s'avançait dans la

direction du château. Il se leva, tendit le jarret, s'examina des pieds à la tête, secoua du bout des doigts les grains de tabac éparpillés sur son jabot de point d'Angleterre; puis, s'étant penché sur le balcon, il regarda venir l'aimable visiteuse.

Maurice de Guérin I8IO-I839

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