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Voir la XIII« homélie du Paradis de VÈden d'Ébedjésu

2. Voir dans le Liber Thesauri ; Jésuyab de Hazza, p. 124; George d'AIltosch, p. 130, etc.

3. Voir, outre le Paradis de VÈden, la poésie d'Israël d*Alkosch dans le Liber Thesauri^ p. 96, et celle d'ibn Al-Masihi, ibid., p. lOJ.

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phes d'un vers de quatre syllabes et de trois vers de sept syllabes*.

Frappés de la richesse de la langue arabe, les Syriens de la basse époque voulurent prouver que le syriaque ne le cédait en rien à l'idiome de leurs rivaux. Ils recherchèrent les expressions rares ou artificielles qu'ils affectaient de considérer comme des archaïsmes propres à donner du relief aux images poétiques. Le lexique, dans lequel Bar Bahloul avait réuni et commenté les mots de cette nature , fut une mine précieuse pour les compositions métriques des derniers siècles.

Le modèle du genre est le Paradis de VÉden, qu'Ébedjésu , métropolitain de Nisibe , composa en 1290. Ébedjésu prit comme modèle le célèbre auteur arabe iiariri qui, dans cinquante Makâmât ou séances, se livra aux exercices des jeux de l'esprit les plus surprenants. Agrémentée du sel de l'ironie orientale, reproduisant avec un art rare les finesses de la langue vulgaire, l'œuvre de Hariri fut fort appréciée non seulement des Arabes, mais aussi des Juifs et des Syriens. Un poète juif de la fin du XII« siècle, Juda Harizi, de Tolède , fut si charmé par la lecture des Makâmdty qu'il les traduisit en hébreu et écrivit , pour les imiter, le Sépher tahkemoni, ouvrage qui , s'il reste bien au-dessous de l'original, ne manque pas d'une certaine saveur littéraire.

Le Paradis de l'Éden ne se recommande que par l'habileté de l'auteur dans les tours de force de l'esprit. Ébedjésu travaillait avec une langue morte et, en pareil cas , le talent n'est plus que de l'artifice. En outre les cinquante homélies métriques , qu'il écrivit à l'instar des cinquante Makdmdt, traitent de sujets religieux

4. Voir Liber Tkesauri^ p. 76, i26 et 128. Le Paradis de VÉden renferme d'autres variétés.

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qui se prêtent peu aux fantaisies de rimagînation. Le plaisir de la difficulté vaincue peut rémunérer l'auteur de ses peines , il ne rachète pas la fatigue qu'éprouve le lecteur à suivre le récit. Quelques exemples donneront une idée de ce pastiche. La troisième homélie se compose de lignes métriques de seize syllabes se lisant à volonté de droite à gauche ou de gauche à droite et formant un double acrostiche. Dans la quatrième homélie tous les mots se terminent par la lettre olaf; les strophes doublement acrostiches ont quatre vers de sept syllabes. En sens inverse, il n'y a pas un seul olaf dans la quinzième homélie, composée également de strophes doublement acrostiches de quatre vers de sept syllabes; de plus il y a une rime unique en an^, La sixième homélie est écrite en vers de sept syllabes qui deviennent des vers de six syllabes si Ton retranche dans chacun d'eux un mot écrit en rouge (une cheville, autrement dit) , qu'on peut supprimer sans que le sens soit modifié ; c'est une poésie acrostiche avec la même rime pour tous les vers. Dans la vingt-unième homélie tous les vers contiennent les vingt-deux lettres de l'alphabet, ni plus ni moins; ce sont des vers acrostiches de douze syllabes. Aux nombreuses variétés prosodiques que ses devanciers lui avaient léguées, Ébedjésu ajouta de nouvelles subtilités imitées de Hariri 2. L'auteur, pour faciliter la lecture de ce Paradis^ jugea op-

1. Comp. une poésie d'Elias bar Schinaya, également sans olaf et avec la rime unique an, dans le Liber Thesauri, p. 83.

2. Nous parlons du Paradis de l'Éden d'après l'édition du P. CARDini, Beirouth, 1889, qui ne renferme que les vingt-cinq premières homélies. Assémani a donné une analyse de cet ouvrage, B. 0., III, pars I, 335- 332; des spécimens en ont été publiés avec une traduction latine par le P. GiSMONDi, Beirouth, 4888. Le P. Cardahi a imprimé dans son Liber Thesauri, p. 54, une partie de la treizième homélie répondant à la onzième Makama de Hariri ; on y trouve, p. 36, 1. 13-18 , six vers qui ont été sautés dans l'édition du Paradis de VÉden,

portun d'y ajouter un commentaire qu'il écrivit en 1316.

Nous terminons cette revue de la poésie décadente par la mention d'une autre œuvre aussi bizarre, mais à un titre différent. C'est un poème sur Rabban Hormizd, le fondateur du couvent nestorien d'Alkosch. L'auteur du poème, un moine de ce couvent, du nom de Sergis, n'a pas indiqué l'époque à laquelle il vivait , mais ce n'est pas lui faire injure que de descendre son œuvre au XVII® siècle ^ Ce poème en vers de douze syllabes est un long acrostiche divisé en vingt-deux chants suivant les vingt-deux lettres de l'alphabet syriaque, non compris le prologue et l'épilogue. La rime qui est la même pour tous les vers d'un chant est fournie par la lettre alphabétique à laquelle le chant correspond. Mais c'est moins la forme poétique du livre que la langue dans laquelle il est écrit qui lui donne sa physionomie étrange. L'auteur recherche d'une façon inouïe les mots rares ou inusités , crée des néologismes d'une singulière audace, détourne les locutions de leur sens naturel, et il en arrive à composer de véritables rébus dont on n'aurait la clef qu'en feuilletant les lexiques de Bar Ali et de Bar Bahloul, si un commentaire marginal n'épargnait au lecteur ce travail en reproduisant les gloses explicatives de ce lexique.

Rappelons aussi le petit poème sur la science et la vertu, publié par M. Salomon Samuel^, que l'auteur a surchargé de mots grecs et d'expressions syriaques rares ou artificielles. Cet écrit, accompagné d'un commentaire , appartient aussi à la dernière époque de la

i, George d'Alkosch qui, selon le P. Gardahi, mourut en 4700, est l'auteur d'un poème publié dans le Liber Thesauri, p. 131, et dont la facture rappelle beaucoup le genre de Sergis d'Alkosch. Le poème de Sergis a été publié par M. Budge, Tfie fife of Rabban Hormizd^ Berlin, i89i.

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