LA. RHÉTORIQUE
Elias de Nisibe clôt la série des lexicographes ^ avec son Lwj^e de Vinterprètey qui se dislingue des lexiques précédents autant par sa forme que par la concision des gloses. C'est un vocabulaire arabe-syriaque, divisé par ordre des matières et par chapitres ^.
§ 3. — La rhétorique et la poétique.
La rhétorique et la poétique ont été envisagées par les anciens Syriens comme une partie de la philosophie aristotélienne; c'est à ce point de vue spécial qu'elles étaient enseignées dans les écoles , et les écrits qui en traitent nous offrent peu d'intérêt pour la littérature syriaque.
Honein fit (probablement en syriaque) la version de la rhétorique et de la poétique d' Aristote , dont parlent certains auteurs arabes, et il semble que c'est cette version qu'Abou Zacharia et Abou Baschr traduisirent en arabe ^.
Un livre sur la rhétorique qui jouit d'un grand crédit en Syrie et qui paraît avoir un cachet original, c'est le traité d'Antoine, surnommé le Rhéteur^ un moine de Tagrit, qui vivait au commencement du IX® siècle. Ce traité, divisé en sept chapitres, est conservé avec des lacunes dans le ms. Add, 17208 du Musée britannique. Il mériterait d'être édité -•.
i. Nous ne parlerons pas des lexiques modernes des Maronites, comme celui de Karmsedinoyo.
2. Il a été publié par Paul de Lagàrde en tète de son livre Prœlermissorum libri duo, Gœttingue, 4879. Thomas a Novaria en tira les matériaux pour son Thésaurus arabico-syro-lalinus, Rome, 4636.
3i Voir D.Margoliouth, Anatecto orientalia adpoeticam Arisioteleam, Londres, 4887, p. 3 et suiv. Dans cet ouvrage, M. Margoliouth a édité la version de la poétique d'Âbou Baschr et le livre d'Àvicenne traitant de la poétique.
4. Paul de Lagarde en avait commencé l'impression , mais la mort de ce regretté savant en a arrêté l'édition.
ET LA POÉtiQUE. 305
Sévère bar Schakako a disserté de la rhétorique et de la poétique dans le premier livre de ses Dialogues après avoir parlé de la grammaire. Le dialogue sur la poétique vaut une mention particulière. Il nous a conservé un fragment de la version syriaque de la poétique d'Aristote, relatif à la définition de la tragédie, lequel nous permet de vérifier, au moins sur ce point, la fidélité de la version arabe d' Abou Baschr * . Ce dialogue renferme en outre un traité sur la versification syriaque qui est unique en son genre ^. Malheureusement les règles qui y sont établies sont basées sur la poésie décadente des siècles postérieurs , et ne nous apprennent rien des principes qui régissaient Tancienne poésie syriaque.
Barhebrœus ne visait point à l'originalité quand il écrivit son livre de La crème de la science qui comprenait la philosophie aristotélienne tout entière, comme nous l'avons rappelé plus haut, p. 262, et dans lequel la rhétorique et la poétique occupent les deux derniers chapitres de la première partie. M. Margoliouth a édité la poétique dans ses Analecta ortientalia ad poeticam Aristoteleam , Londres, 1887, p. 114-139.
1. Margoliouth, Op. cit.^ p. 6. Ce Tragment est imprimé à la suite do la version d'Abou Baschr.
2. Édile, sous forme d'extraiis avec une traduction française par TAbbé Martin, De la métrique chez le* Syriens, dans le vol. VII, fasc. î, des Abhandlungen fur die Kunde des Morgenlandes, Leipzig, 1879.
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Nous n'avons pas réservé un chapitre spécial à la théologie , à cause de la diversité des écrits syriaques que cette science a produits. Quelques-uns de ces écrits ont été mentionnés dans les chapitres précédents ; les autres, en plus grand nombre, seront cités dans les notices de la seconde partie consacrées à leurs auteurs et qui suivent l'ordre chronologique. A cette place leur caractère et leur objet ressortiront peut-être mieux. Mais on dira ici quelques mots des versions des œuvres des Pères grecs qui ne rentrent pas dans les genres littéraires traités ci-dessus. Ces versions témoignent de l'influence de la théologie grecque sur la théologie syriaque. Ce sera l'objet du premier paragraphe de ce dernier n^ Dans un autre paragraphe , nous ajouterons les versions d'œuvres profanes.
Les premières versions syriaques sortirent du mouvement scientifique qui se produisit dans la Mésopotamie au V® et au VP siècle de notre ère et qui eut d'abord son centre à Édesse (comparer ci -dessus n** XIV, § 2). Ces premières versions sont littérales et terre à terre ; elles jurent avec le génie littéraire des Syriens et maltraitent leur langue. La renaissance des
sciences en Mésopotamie , qui commence au IX® siècle, favorisée par les califes de Bagdad, marque une ère de progrès : les traducteurs s'efforcent de rendre autant Tesprit que la lettre du livre traduit; ils sont familiarisés avec la langue technique, et leur style est de meilleur aloi.
§ 1. — Versions d'œuvres des Pères grecs.
Les œuvres des Pères grecs ont passé presque toutes en syriaque. Quelques versions sont très anciennes, suivant de près parfois l'original grec qu'elles transmettaient aux Syriens, telle est la version du traité De recta fide de. Cyrille, que Rabboula, évêque d'Édesse, fit sur un exemplaire qui lui avait été envoyé par l'auteur. La plupart de ces versions sont conservées dans les bibliothèques de l'Europe ; mais , malgré l'intérêt qu'elles présentent, peu d'entre elles ont été éditées; nous nous bornerons à quelques indications sommaires ; le lecteur trouvera d'autres informations dans La littérature grecque de M. Batiffol , à laquelle il nous suffira souvent de renvoyer. Le catalogue d'Ébedjésu renferme, dans sa première partie ^ une liste des livres de la patrologie grecque traduits en syriaque; cette liste est précieuse, car elle fait connaître le titre d'œuvres grecques qui ne sont pas connues d'ailleurs, mais ce n'est pas ici le lieu de la reproduire.
Cureton édita en 1845 l'ancienne version syriaque des trois Épîtres de saint Ignace à Polycarpe , aux Éphésiens et aux Romains ^. Cureton croyait que cette version reproduisait les épîtres originales qui avaient été interpolées et altérées dans la recension grecque con-
i. AssÉMAXi, B. 0., ni, para 1, 13 et suîv.
2. The ancient syriac version of the epistles of S. Ignatius, Londres,
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nue; les autres épîtres grecques étaient, selon lui, apocryphes. Les controverses que cette thèse souleva suscitèrent une nouvelle publication du célèbre orientaliste anglais ( Vindiciœ IgnatiansBy Londres, 1846) ; puis celuici donnait une seconde édition, augmentée de nouveaux textes, sous le titre de Corpus IgnaUanum , Londres, 1849. Les conclusions de Cureton sont aujourd'hui définitivement rejetées : la version syriaque ne représente qu'un extrait d'un recueil des épîtres, retravaillé et amplifié par un faussaire *.
Le P. Zingerle a fait connaître, dans le premier volume des Monumenta syriaca (Innsbruck, 1869, p. 1), un extrait syriaque de la lettre de Polycarpe, contenant le chapitre VII et la fin du chapitre XII qui manque en grec. Quelques mots du chapitre XII ont été imprimés par Cureton dans son Corpus Ignatianum, p. 212, 1. 3, d'après un ms. du VI® siècle où se trouve le traité de Timothée iElure d'Alexandrie contre le concile de Chalcédoine. Cureton a ajouté [ibid,^ p. 204, 1. 6), les chapitre IX et XIII tirés de la version syriaque de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, et (p. 214, 1. 25 et 27) des citations du chapitre. V empruntées à Sévère d' Antioche. Le P. Zingerle a traduit en latin ces divers fragments^.
L'Abbé Paulin Martin a publié dans le quatrième volume des Analecta sacra du card. Pitra : 1<* un fragment delà seconde lettre (apocryphe) de saint Clément 3 ; 2° un fragment de la lettre de Polycarpe ; 3° un fragment du traité sur la foi orthoxe attribué faussement à saint Justin * ; 4** les fragments connus des ver-