‹ La littérature SyriaqueChapitre 50 sur 214 · Bedjan, Acta mart., t. rv, p · texte numérisé non relu

Bedjan, Acta mart., t. rv, p

dans cette persécution, c'est la conversion et le martyre de Kardag, le gouverneur militaire de l' Adiabène , en 358, la quarante-neuvième année de Sapor. Les nombreux miracles, les visions, les allusions à des faits historiques postérieurs , que renferment les actes de Kardag , montrent que ces actes ont été écrits longtemps après le martyre du saint ; ils sont probablement du VP siècle *. Il est possible, comme on l'a supposé ^, que la conversion de Kardag n'ait pas été complètement désintéressée. Ce gouverneur, d'illustre origine , s'était révolté contre Sapor II après avoir construit un château fort sur la colline de Malki près d' Arbèle ; il comptait sans doute , en se ralliant au parti des chrétiens, sur Tappui des troupes romaines; mais, si tel était son espoir, son attente fut déçue. Le château fort fut pris et Kardag fut lapidé. Ces actes , malgré l'interpolation d'anecdotes hétérogènes, renferment de précieux renseignements sur la géographie de la contrée et l'état politique et social de la Perse sous les Sassanides. Le saint fut longtemps vénéré dans son pays ; une église s'éleva sous son vocable au lieu où il avait subi le supplice ; on y célébrait chaque année sa fête pendant trois jours , et le pèlerinage qu'on institua dans ce lieu durait six jours.

Nous devons mentionner ici les actes des martyrs Gèles, qui présentent un certain intérêt historique^. Les Gèles habitaient la côte sud-ouest de la mer Caspienne, dans la plaine (le Gîlân), et étaient voisins des

1. Ils ont été publiés la même année, 1890, d'après des ms. différents, par M. Abbeloos, à Bruxelles, avec une traduction latine, et par M. Feige, à Kiel, avec une traduction allemande; ils ont été réimprimés par le P. Bedjân, dans le second vol. de ses Acta mart.^ p. 442.

3. M. NoELDEKE, Zeitschr. der deut. morg, Gesell., t. XLIV, p. 530.

3. Ces actes ont été publiés par le P. Bedjan, dans le rv« vol. des Acta mart.f p. 166; malheureusement ils sont incomplets à la fin.

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DE LA PERSE. i39

Deilamites qui occupaient la partie montagneuse. Les actes de ces martyrs nous apprennent que les Gèles servaient comme mercenaires dans les armées perses et qu'ils étaient chrétiens au IV® siècle. Ils avaient donc été évangélisés de bonne heure * . Le martyre de ces soldats eut lieu en 351, sur les bords de TEuphrate pendant une expédition que Sapor dirigeait sur le territoire romain. Les noms de ces confesseurs étaient : Berikjésu, Ébedjésu, Sapor, Sanatrouk, Hormizd, Hadarschapour, Halpid, Aitallaha, Mekim, etc.; deux femmes, Halmadour et Phœbé, furent aussi exécutées avec leurs enfants.

La cinquante-troisième année de Sapor II, en 362, la persécution sévit dans le Beit-Zabdé sur la rive droite du Tigre supérieur. Cette province formait la frontière de Tempire romain et de l'empire perse. La place forte de l'endroit s'appelait Castra de Beit-Zabdé ou encore Phének. A différentes reprises, Sapor avait tenté de s'emparer du Beit-Zabdé et de Nisibe, dont la possession lui ouvrait les portes de l'Arménie et de la Mésopotamie. Il réussit à prendre la place forte de Phének pendant l'été ou l'automne de l'an 360^. Suivant l'habitude des Perses , la prise de la ville fut suivie d'une transportation en masse des habitants dans les provinces perses et de l'exécution des principaux membres du clergé. Nous possédons sur ce sujet plusieurs documents dont le plus important est intitulé « Confession des captifs ^. » Dans ce document la date de la déportation et de la persécution des habitants de Beit-Zabdé est indiquée à la cinquante-troisième an-

1. Suivant BARHEBRiEus, Chron, eccl., H, p. 15, leur évangclisalion remontait à l*époque de la mission d'Âddai.

â. Ammieiï Marcellin, XX, 7.

3. Publié par Asséhani, Acta sanct. mart.y 1, p. 134, et Bedjan, Acla mart,, H, p. 316.

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née de Sapor ou 362 de notre ère. Comme cette date se trouve la même dans plusieurs actes des martyrs, nous devons la tenir pour exacte et admettre que la déportation eut lieu deux ans après la prise de Phének, sans doute après une révolte des habitants qui comptaient sur le secours des troupes romaines. Les hommes et les femmes emmenés en captivité étaient au nombre de neuf mille ; dans ce nombre se trouvaient Tévêque Héliodore avec ses deux vicaires, des prêtres, des diacres, des religieux et des religieuses. L'évêque mourut en route. Trois cents captifs furent désignés pour demeurer dans la province de Dara à la condition de se convertir à la religion des Mages ; vingt-cinq seulement apostasièrent, les autres furent massacrés, etc.

A la persécution du Beit-Zabdé se rapportent les actes de Saba Pirgouschnasp ^ qui renferment d'utiles notices historiques et géographiques sur cette province et sur la province voisine, le Beit-Arbâyé; mais ces actes commettent une erreur en transportant la prise de Phének après la cession de Nisibe aux Perses, qui eut lieu en 363. L'anachronisme est d'autant plus manifeste que ces actes indiquent exactement la cinquantetroisième année de Sapor.

La tradition relative au massacre des chrétiens du Beit-Zabdé est encore vivante chez les habitants actuels du pays , qui montrent le lieu où Sapor mit à mort six mille chrétiens à cause de leur religion et à cause de la conversion de son fîls^.

C'est encore pendant la même persécution qu'eut

1. M. G. Hoffmann en a donné une analyse, Auszûge ans syr. Akien pers. Mârtyrer, p. 22; le texte syriaque a été édité par le P. Bedjan, Acla mart.^ IV, p. 222.

2. Voir l'intcressante relation du voyageur Taylor (Journal de la Société de géographie de Londres, i863, vol. 35, p. 51) rapportée par M. Hoffmann, Auszûge^ p. 27-28.

lieu le martyre de Bassus, dont le nom se répandit chez les Syriens occidentaux grâce au célèbre couvent d*Apamée qui portait le nom de ce saint ^ . Les actes originaux de Bassus ne se sont pas retrouvés , mais on possède une homélie métrique^ faite d'après ces actes et qui permet de reconstituer l'histoire du martyr. Il a dû exister un recueil complet des actes des martyrs du Beit-Zabdé; quelques-uns de ces actes seulement nous sont parvenus. Par erreur, l'homélie indique la soixante-seizième année de Sapor au lieu de la cinquante-troisième année '. Il existait deux autres monastères sous le vocable de Mar Bassus ; l'un sur le lieu même où le saint fut martyrisé, l'autre non loin de là, à Hidil dans le Tour Abdin.

Nous avons encore pour cette persécution les actes de Behnam et de sa sœur Sara qui sont rattachés à l'histoire des couvents de Mar Mattai et de Mar Behnam *. Ces actes donnent la date exacte de 663 des Séleucides ou 352 de notre ère, mais, par un singulier anachronisme, ils placent la persécution après l'expédition de Julien en Mésopotamie.

La paix conclue entre Jovien et Sapor en 363, aux termes de laquelle Nisibe était cédée aux Perses, fut suivie d'un arrêt momentané de la persécution contre les chrétiens; mais le répit ne fut pas de longue durée. L'année 376 est signalée par le martyre de quarante membres du clergé de la province de Kaschkar, parmi

i, L'Àbbé P. Martin a publié, dans la Zeitschr. der deul morgenl. Gesell, t. XXX, p. 217, la correspondance échangée entre les moines de ce couvent et Jacques de Saroug. On cite aussi une lettre de Sévère d'Antioche à ces moines.

2. Publiée par H. Chabot, La légende de Mar Baastis, Paris, 1893; comparer notre recension, Journal asiatique, nov.-déc. 4893, p. 537.

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