‹ La littérature tchèque contemporaineChapitre 7 sur 17 · MÉFIONS-NOUS · texte numérisé non relu

MÉFIONS-NOUS

Ne croyons à persqnne de par le monde,

II n'y a pas un seul ami sûr,

L'éternelle lutte se cache dans chaque trêve,

La faveur et la sympathie ne sont que tromperie.

Méfions-nous des conseils, des louanges et du blâme.

LA LITTÉRATURE TCHEQUE CONTKMPORALNE I29

Méfions-nous du baiser, de la main qui se tend.

Méfions-nous de tout — tout est trompeur.

Partout la haine de l'ennemi féroce nous guette.

Sous son élégant manteau, il dissimule un poignard,

Son éternel et unique effort est de nous exterminer,

Contre nous toute arme lui est sacrée :

Par la férocité de la guerre, par les fausses douceurs de la civilisation,

Par la force brutale et par la ruse cachée,

Sans trêve, il soutient cette lutte séculaire.

Méfiez-vous ! nous disent les flots de la Baltique,

Méfiez-vous ! résonne la voix du Sud, de l'Adriatique,

Méfiez-vous! nous enseignent les siècles passés,

Aujourd'hui encore, le présent nous avertit.

Sur le tombeau immense de vos frères trompés

Chaque jour dupés, tronqjés de nouveau,

Voulez-vous, mes pauvres, croire encore ?

Croyons en nous seuls, en notre seul travail, en notre persévérance,

Croyons seulement en notre enthousiasme sacré,

A la victoire de la force slave

Qui nous soutiendra comme une digue suprême.

Croyons que notre nation, la grande Slavie

Suivant la bannière de l'humanité, portant le bouclier du droit,

Gagnera la couronne sublime 1

N'étant jamais descendu du haut de sa montagne solitaire dans le tourbillon brutal des réalités, le poète se grisait ainsi d'illusions généreuses, de rêves d'un idéalisme prophétique. Un jour, cependant, il regarda de plus près et son cœur se serra de douleur et de honte. Lui qui avait rêvé d'une nation libre, fière, trouve partout des esclaves qui courbent lâchement le dos sous le knout de l'oppresseur. Alors, désillusionné, il chante ces mélopées poignantes qu'il destine à réveiller la fierté endormie de sa nation : les Chants d un Esclave (iSgô).

J'en cite un morceau, traduit par M. Jules Chopin (i)

Nous soinines serfs, jouets d'une force étrangère. Tout poing impunément peut se lever sur nous; Nos biens, jalousement chacun les considère Et notre honneur subit l'assaut de tous les coups. Nous sommes un bétail qu'au joug le fouet stimule, Mais sans profit pour nous — de l'aube au crépuscule.

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