‹ La liturgie aixiose [microform]: étude bibliographique et historiqueChapitre 2 sur 103 · BÉNÉVOLE · texte numérisé non relu

BÉNÉVOLE

certainement moins de choses qu'il n'y a employé de temps. Mais il n'aura perdu ni ses heures, ni sa peine s'il réussit à vous intéresser : car mieux connaître l'histoire et les traditions religieuses de son pays, c'est mieux échauffer en son cœur l'amour de l'Eglise et de la Patrie.

C'est dans le domaine des travaux historiques que doit prendre rang cet ouvrage, dont le sujet est une élude liturgique. — Une semblable prétention eût autrefois paru bien audacieuse: il n'en est plus de même aujourd'hui.

Il faut, en effet, rendre cette justice à la vraie science coniemporaine que la saine critique s'attache à la recherche des sources, au lieu de s'arrêter aux ruisseaux plus ou moins contaminés dans leurs cours. Il y a sans doute des exagérations dans l'application de cette méthode ; mais en quelle chose humaine ne se trouve l'exagération comme la faiblesse !

6 INTROBUCTION.

Or, les documents liturgiques, auxquels naguère on n'attribuait qu'une valeur mystique ou simplement disciplinaire, sont maintenant considérés sous un tout autre aspect. On a compris qu'il y avait là des traits, révélant tantôt l'état d'âme d'une société ou d'une époque, tantôt précisant tels détails des annales d'une province ou d'une cité. C'est donc à bon droit que ces archives de sacristie sont maintenant acceptées comme de vrais documents historiques.

Mais, pour exploiter une mine de cotte nature, aussi large et profonde qu'elle est riche, il faut de nombreux ouvriers, des chercheurs consciencieux.

Tl y a un peu plus de trente ans, M. Brunet, dans le « Manuel du libraire et de l'amaleur de livres » (1865), formulait ce voeu qu'un « catalogue raisonné de tous les vieux livres de liturgie » fût publié par quelqu'un de compétent. Il ajoutait fort judicieusement : « Pour qu'un' « pareil travail eût une véritable valeur bibliographique, a il faudrait que celui qui aurait le courage de l'entrepren- « dre pût, autant que possible, avoir sous les yeux la plus « grande partie de ces livres ». — Rien de plus vrai ; mais avouez qu'un tel labeur dépasse les forces d'un seul homme.

Aussi bien l'a-t-on compris ; et les filons qu'un seul n'eût suffi même à explorer, plusieurs se sont mis à les exploiter. Au milieu de ces galeries tortueuses, il y a des vaillants qui sont pour les autres de vrais éclaireurs, indiquant d'une main sûre les pépites aux plus humbles chercheurs, sans cesser d'en racueillir eux-mêmes et de les mettre en belle lumière. Tel, M. Léopold Delisle, dont le grand savoir est si singulièrement rehaussé par une bonté toute simple, toute droite et toujours obligeante.

D'autres ont parcouru presque tous les champs, où sont enfouis de semblables trésors. D'un œil sagace, ils ont mesuré le terrain et marqué les voies. Les jalons qu'ils ont posés sont déjà des travaux de haute marque, sans compter les vrais monuments qu'ils ont personnellement élevés. Ainsi se retrouve partout à la fois mon vénéré et affectionné confrère M. le chanoine Ulysse Chevalier, dont quelques lignes ne pourraient même indiquer l'œuvre entière, depuis son Repertorium Iiymnologiciwi jusqu'aux belles publications des « Ordinaires » de Reims, Laon, Bayeux, Vienne, etc.

Arrivent enfin les ouvriers : les uns avec des travauxtypes de grande envergure comme celui des « Livres litur-

giques de Langres », de M. l'abbé Marcel ; les autres, plus nombreux, doot je ae veux ciier les noms pour n'en oublier aucun, avec des pages plus modestes mais de réelle valeur, voire môme avec de belles ébauches.

C'est à la suite de ces derniers que je désire une petite place, en portant ma pierre à l'édifice commun.

Il y a beaucoup à prendre dans ces documents dont je vais essayer la froide analyse.

Ils offrent à l'historien des notes précieuses ça et là, et notamment dans le « Martyrologe », les « Heures du Roi René », les « Ordinaires », etc.

Au psychologue et au sociologue ils désignent des sources d'observations curieuses sur les petites luttes humaines, sur les inconséquences résultant de l'abandon des principes et produisant l'incohérence, un réel désordre, qui chez nous, par u'ne antinomie singulière, se révèle même dans les « Ordos » au commencement du présent siècle.

Le littérateur lira avec plaisir certains Incipit et Explicit de nos manuscrits ou de nos livres : la souscription de Burle, par exemple, dans nos « Livres choraux » lui paraîtra l'œuvre d'un bon lettré.

Les artistes apprécieront nos miniatures et enluminu^

res, dont ils verront, mêlés à ces pages, quelques échantillons. Us m'aideront de leur suffrage à remercier mon aimable et distingué confrère de l'Académie d'Aix, M. de Magallon, qui a daigné mettre à ma disposition son remarquable talent et dessiner les planches qu'admirera le lecteur dans leur reproduction pholotypique.

Enfin, pourquoi n'ajouterai-je pas que même la note industrielle, — oh ! bien petite ! — sera trouvée dans notre « Ordinaire » de loi 4 ? Elle y est, à l'état rudimentaire, pour qui voudra savoir comment au xvr siècle, on devait s'y prendre pour far lo gyp (plâtre), ou pour cognoyser ung bon vernis.

J'allais oublier les bibliophiles et les paléographes 1 Mais ne sont-ils pas ici sur le terrain qui leur appartient au premier chef ? Quelques-uns seront tentés, — trop courtois d'ailleurs pour céder à cette tenlation, — de me faire un reproche au sujet de la reproduction des textes. Si j'avais pu les faire imprimer exactement dans leur forme originale, c'eût été plus archaïque, plus parfait; mais trop parfait peut-être, car un grand nombre de lecteurs eût alors redit que « le mieux est souvent l'ennemi du bien». De plus, à cette dilEcullé de lecture s'ajoutait insurmontable la

difficulté d'impression, puisqu'il s'agit de manuscrits d'époques diverses, aux signes d'abréviation trop multiples et différents, souvent môme trop soumis au caprice de l'auteur ou du copiste. J'ai donc dû me contenter de respecter toujours l'orthographe de chaque document, puis de lui laisser un peu de son parfum premier, en conservant quelques mots abrégés, les plus faciles à comprendre, môme sans l'addition des traits conventionnels. Je n'ai pu mieux faire.

Cependant tous ne s'intéressent pas à ces côtés techniques ou esthétiques. Combien aimeront mieux le simple récit de nOs vieilles solennités religieuses, la trame des idées et des faits liturgiques, qui sont en définitive la plus logique conclusion de ces documents ! C'est pour ceux-là que j'ai voulu donner à la suite de la partie bibliographique de cet ouvrage un aperçu historique des textes et des cérémonies. II m'a semblé que c'était en même temps faire œuvre de bonne vulgarisation. Et l'on avouera qu'à cette vulgarisation, ouvrant à tous quelque chose de nos archives, le but de semblables études n'a rien à perdre. Toute science atteint toujours mieux sa fin quand on peut en faire pénétrer une idée dans les masses, pourvu que celte idée soil juste et vraie.

Quelques-uns de mes lecteurs s'allendenl à puiser dans cet arsenal documentaire des armes bien trempées contre l'école de Launoy, naguère ressuscilée de ses cendres. Ils verront, en effet,, que notre « Evangéliaire » contient deux pièces importantes : l'une est l'acte de consécration de St-Sauveur, le 7 août 1103, affirmant que de cette église d'Aix- Bealus Maximinus et beala Maria Magdalena primi fundatores extitetnint ; l'autre, la bulle de .Paschal 11 envoyant le pallium à l'Archevêque d'Aix, le 28 mars 1102, et lui enjoignant d'en faire usage aux grandes solennités de son église, parmi lesquelles il énonce les ■fêtes Mariae Magdalenae et Maximini episcopi et confessons. Ils trouveront aussi plus loin dans un opuscule de de Haitze sur « l'esprit du Cérémonial d'Aix en la célébration de la Fête-Dieu », la première impression de la lettre de l'Archevêque Roslang, vers 1070, dont l'éditeur décrit l'original qu'il avait sous les yeux ; lettre en laquelle le prélat, ayant, parlé de Maximin, de Magdeleine et de Lazare^ ajoute: Sanctus vero Maximinus cum beala Maria Magdalene usque ad aquensem civitatem pervertit, quem

populus aquensis ibidem archiepiscopum constituit

Sepulcrum utriusque apud nos .... — Ces pièces répon-

dent d'elles-mêmes à raffirmalion gratuite que notre tradition « était flotlante vers la fin du xi° siècle. »

On suivra ensuite dans la plupart de nos autres documents les traces constantes de celte même tradition. Mais il est aussi juste que superflu de faire remarquer que ces traces, étant postérieures aux fouilles du Prince de Salerne, nont point dans le débat la valeur des trois chartes que je viens de signaler.

Il me reste un mol à dire sur l'ordre suivi dans ce volume. J'analyserai d'abord les documents concernant soit les Textes de la prière liturgique, soit le Droit qui, sous divers rapports, en règle l'ordonnance. Puis je noterai un certain nombre de travaux partiels qui ont précédé et facilité cet ouvrage ; j'y joindrai une liste bibliographique^ se rattachant étroitement à la question traitée, quoique de prime abord elle semblerait être un hors d'œuvre. Enfin je tracerai rapidement un aperçu historique des textes et des cérémonies de la liturgie aixoise.

Que de choses ! dira quelqu'un. — C'est vrai. — Et moi j'ajoute : que de lacunes s'y renconlreroni ! Il y en a bien quelques-unes qui sont volontaires, car ayant vérifié personnellement tous les documents, j'ai tenu à ne rien dire

INTRODUCTION. '\'à

que je n'aie vu. Mais il y en a certainement d'autres qui sont le produit de la faiblesse humaine. Celui-là serait un naïf qui, dans un pareil travail, s'imaginerait avoir tout exploré et tout épuisé, sans distraction ou sans erreur. Et si l'on remarque dans ces pages que l'occasion m'a amené à trouver en défaut des hommes tels que M. Fauris de Sainl- Vincens et le cardinal Gousset, (pour ne citer que les meilleurs), on comprendra que le simple bon sens m'avertisse de ra'altendre à des redressements.

Aussi bien, loin de m'en attrister, je serai reconnaissant à mes honorables lecteurs des observations qu'ils voudront bien me présenter. Elles serviront peut-être un jour à améliorer et compléter celte œuvre. En tous cas, elles ne seront pas faites pour me déplaire, car tout droitement et tout simplement je déclare n'avoir qu'un but : la Vérité l

Aix, 2 juillet, 1808, en la fête de N.-D. de la Seds.

Page 1