SAINT JANVIER ET SES COMPAGNONS
fin des temps et son futur avènement, les apôtres, par Curiosité, veulent savoir quand ces événements se produiront. Jésus leur répond de façon évasive et leur fait, en somme, un cours d'histoire future. Avant que je ne revienne, dit-il, que de choses se passeront ! Des faux prophètes surgiront au cours des siècles ; des guerres, des calamités de toute sorte, des tremblements de terre, les peuples se disputeront, les nations s’écrouleront. Mais au milieu de tous ces faits qui vont se multiplier à l'infini jusqu'à mon. retour, vous, vous deviendrez un objet de haine pour beaucoup. Vous, non seulement vos personnes, mais tous ceux qui, après vous, prêcheront mon nom. On vous haïra tous parce que c’est moi que l’on haïra en vous. Jésus voit et Pamour qu’il suscitera dans les cœurs et la haïne dont il sera poursuivi. Amour et haine l’accompagneront sur sa route, jusqu’à la fin des temps. Patience ! Celui qui gardera l'amour, malgré tout, celui-là sera sauvé.
Et tout s’est déroulé dans l’histoire du monde comme Jésus l’a prédit, point pour point.
Les martyrs sont à travers les siècles comme
. à travers le monde les jalons de cet amour et de cette haine. On est pour ou contre Jésus. Toute l’histoire se résume dans cette alternative. Les autres événements, aussi tragiques soient-ils, accompagnent, situent cet amour ou cette haine,
rien de plus.
Offertoire : « Dieu est admirable dans ses saints. Le Dieu d'Israël donne lui-même force et courage à son peuple. Dieu soit béni! »
Secrète : « Soyez apaisé, Seigneur, par ces
offrandes et délivrez-nous de tous les dangers
par l’intercession des saints martyrs Janvier et ses compagnons ».
Communion : « À vous, mes amis, je dis:
n'ayez pas peur de ceux qui vous persécutent ».
Postcommunion : « Que cette communion, Seigneur, nous purifie de toute faute et, par l’intercession de vos saints martyrs Janvier et ses compagnons, qu’elle nous fasse participer au céleste remède ». s
Chacun sait que, à Naples, on garde dans une fiole du sang de saint Janvier. D’ordinaire ce sang, que j'ai vu, est desséché, mais deux fois par an, au commencement du mois de mai et le jour de sa fête, on met sur l’autel la tête de saint Janvier et devant cette tête la fiole contenant son sang. Le peuple remplit l’église et supplie saint Janvier, le somme même de faire le miracle. Ce miracle, c’est la liquéfaction du sang. A un moment donné, le sang desséché devient liquide. Le fait est certain. C’est la grande joie de Naples. C'est surtout un témoignage merveilleux de la bonté de Dieu, « admirable dans ses saints ».
Le bienheureux François de Possadas.
LA MESSE
Introït : « La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par son Esprit qui habite en
LE BIENHEUREUX FRANÇOIS DE POSSADAS 207 NX à nous. — Mon âme, bénis le Seigneur, que tout mon être bénisse son saint Nom ».
Oraisort : « Dieu, qui avez imprégné le bienheureux François, votre Confesseur, de la douceur de la céleste charité et qui en avez fait un prédicateur magnifique de votre parole, accordez-nous, par son intercession, d’être embrasés du feu de votre amour et de vivre continuellement dans cet amour ».
François de Possadas est né à Cordoue d’une très humble famille. Mais Dieu l’enrichit personnellement des dons précieux de sa grâce. Pauvre lui-même, il aimait les pauvres et n’hésitait pas à leur distribuer le peu de nourriture qui lui était destinée. Cette bonté de cœur persévéra toute sa vie. De sorte que François se présente comme une âme embrasée de l’amour de Dieu.
Il entra, non sans difficultés, dans l’ordre des Prêcheurs. Son cœur s’y développa à l’aise, son esprit aussi, et il devint bientôt un des religieux les plus austères, les plus instruits de l'Espagne. Très éloquent, par ailleurs, il attirait à lui la foule, au point qu’on le comparait à saint Vincent Ferrier.
Lecture du Livre de la Sagesse, c. 7.
« J'ai désiré l’intelligence et elle me fut donnée. J'ai invoqué le Seigneur et l'Esprit de sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux royaumes et aux trônes ; j'ai jugé que la richesse n’était rien auprès d’elle Je ne l’ai pas comparée aux pierres précieuses parce que tout l’or, au prix d’elle, n’est qu’un peu de sable et que, en sa présence, l’argent est regardé comme de la boue, Je l’ai aimée plus que la santé, plus que la beauté ; j’ai résolu de la prendre pour lumière, parce que sa clarté ne peut s’éteindre. Tous les biens me sont venus avec elle et j'ai reçu de ses maïns des richesses innombrables. Je me
suis réjoui en tout, parce que cette sagesse marchait devant moi et j’ignorais qu’elle est la mère de tous les biens. Jé l'ai étudiée sans déguisement ; je la communique sans envie et je ne cache point ses avantages. Elle est un trésor ‘infini pour les hommes, et ceux qui en font usage deviennent les amis de Dieu, »
Cette sagesse dirigea François de Possadas et lui fit comprendre le tout de Dieu et le rien de la terre. Sagesse suprême qui répand sa lumière sur tous les actes de la vie et met tout au point. Aussi, dédaigneux des honneurs, François refusa les sièges épiscopaux qui lui furent offerts. Il estimait qu’il ferait plus de bien en demeurant simple et humble religieux.
Graduel : « Enfants, venez, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. — Venez à moi, et vous serez éclairés, jamais la confusion ne fera rougir votre visage.
Alleluia, Alleluia. 11 a envoyé d'en haut un feu dans mes os, et il m’a instruit. »
C’est le feu de j’Esprit-Saint, le Docteur intérieur, celui qui donne la vraie lumière, et pousse en avant la volonté. Celui qui reçoit ce feu marche sous la divine motion sans arrêt, jusqu’au bout, coûte que coûte. Il ne s’appartient . plus, il est l'instrument de l'Esprit qui, par lui, fait son œuvre.
Evangile : Sint lumbi, p. 19.
Offertoire : « J'ai couru dans la voie de vos commandements, quand vous eñtes dilaté mon cœur ».
Secrète : « Accordez-nous, Seigneur, que le bienheureux François qui en s’offrant à vous
en sacrifice perpétuel, s’est nourri pour l’éternité, nous obtienne l’abondance de vos grâces ».
Commurtion : « Mon cœur et ma chair tressaillent pour le Dieu vivant ».
Postcommunion : « Restaurés par ces aliments sacrés, nous vous demandons. Dieu tout-puissant, par l’intercession du bienheureux François que, après l’oblation du sacrifice, vous avez fait passer, par une mort précieuse au port du salut, de nous fortifier au sortir de la vie par cette céleste nourriture et de nous faire participer à sa gloire ».
François mourut en effet subitement après avoir terminé la messe le 20 septembre 1713.
C’est pourquoi on dit l’évangile qui rappelle que le Seigneur viendra Comme un voleur, au moment où nous y penserons le moins. Mais François était prêt. La visite du Maître, subite et non imprévue, fut pour lui la visite d’un ami. Dieu veuille qu’il en soit ainsi pour nous |
Saint Matthieu, Apôtre, Evangéliste.
LA MESSE
Introït : « Dieu, vos amis sont en grand honneur ; leur puissance s’est merveilleusement af-
La liturgie dominicaine. — VIII. 14
fermie, — Seigneur, vous m'avez éprouvé, vous me connaissez ; vous me connaissez quand je suis au repos et quand je suis debout ».
Oraison : « Faïtes, Seigneur, que nous soyons secourus par les prières du bienheureux apôtre et évangéliste Matthieu, afin que, par son intercession, nous obtenions ce qui dépasse notre possibilité ».
Lecture du Prophète Ezéchiel, c. I.
« L’apparence des quatre animaux était celle-ci: Il y avait à droite d'eux une figure d'homme et une figure de lion, à gauche une figure de bœuf et au-dessus de leurs têtes, une figure d’aigle. Leurs ailes s’étendaient audessus. Deux de ces ailes se rejoignaient et deux couvraient leurs corps. Chacun d’eux marchait devant soi. Ils allaient où le souffle de l'Esprit les poussait et ne revenaient jamais en arrière. Et ces animaux paraissaient, à les voir, comme des charbons ardents, comme des lampes allumées. On voyait courir au milieu d’eux des flammes de feu, des éclairs qui sortaient du feu. Et les animaux allaient, venaient comme des éclairs fulgurants. »
Symbole mystérieux des quatre évangélistes, cette vision d’Ezéchiel. A saint Matthieu on. donne la figure d'homme. Sans doute, parce que, dans son récit évangélique, il suit plutôt pas à pas le Seigneur Jésus dans sa vie humaine. Certes ! Il montre en toute évidence la divinité de Jésus, mais il ne s'élève. pas comme saint Jean jusqu’au sein même de l’Auguste Trinité pour y contempler le Verbe, Fils de Dieu, qui s’est fait homme comme nous.
Juif de race et de culture, Matthieu aime à montrer en Jésus le Messie promis à Israël, auquel s'adressent les prophéties. Il insiste sur
cette réalisation des prophéties, parce que son évangile était principalement destiné aux Juifs.
Graduel : « Dieu, vos amis sont en grand honneur ; leur puissance est affermie, — Je les compterai, ils sont nombreux comme le sable de la mer.
Alleluia, Alleluia. Leur parole a résonné sur toute la terre, leur voix a pénétré jusqu'aux extrémités de la terre ».
Evangile selon saint Matthieu, c. 9.
« En ce temps-là, Jésus vit un homme, appelé Matthieu, assis à un comptoir. Il lui dit : suis-moi. Cet homme se leva et le suivit. Or, pendant que Jésus était à table dans sa maison, beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent et se mirent à table avec Jésus et ses disciples. Ce que voyant, les Pharisiens disaient à ses disciples : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains et des pécheurs ? Mais Jésus les entendit et il dit : Ceux qui ont bonne santé n’ont pas besoin de médecin, mais bien ceux qui sont malades. Tâchez donc de comprendre ce que signifient ces paroles : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » 1,
Matthieu ne dissimule point. D’autres évangélistes, tout en racontant cette scène de sa vocation, ne le nomment pas expressément. Lui, il se nomme, il veut que tout le monde sache et que l’on sache éternellement ce qu’il était quand Jésus le choisit: un collecteur d'impôts, un de ces publicains qui, avides d’argent, peu délicats dans leurs fonctions, pressuraient le peuple. J'étais cela dit Matthieu, et Jésus est venu à moi, il m'a regardé et il m'a dit simplement : suis-moi | Je l'ai suivi. On sent dans cet aveu très humble de Matthieu une reconnaissance infinie. Il a
compris la bonté de Jésus et il la proclame.
Que Jésus soit glorifié, il suffit. Notre misère, aussi grande soit-elle, si nous la reconnaissons, si nous l’avouons, sera éternellement une louange à la bonté de Dieu. Mais, pour que cette louange ait toute sa magnificence, que toute l'éternité sache cette misère. A Dieu la louange, à nous, pauvres pécheurs, la joie de lui donner cette louange de notre cœur.
Matthieu suit Jésus, mais en le suivant, il lui cause et il l'invite à sa table. Le Maître accepte. Avec lui ses disciples se rangent autour de la table, mais aussi des amis de Matthieu, publicains comme lui. D’autres viennent, qui ne paraissent pas invités, mais qui assistent au repas, des Pharisiens. Ils regardent les convives, et, dans leur cœur, ils les méprisent : des publicains ! des pécheurs ! C’est-à-dire ceux qui n’observaient pas la loi comme eux, ou dont la conduite morale n’était pas irréprochable. Les Pharisiens regardent au milieu de cette société plutôt médiocre le Maître, le Docteur, Jésus de Nazareth. Et ils ne peuvent s'empêcher de critiquer sa manière d'agir.
Ce beau parleur, qui proclame de si Pie maximes, qui se prétend le Messie, l’'Envoyé de Dieu, le voici qui est assis familièrement avec de pareils convives, qui boit, qui mange avec eux. Leur vanité en est réjouie tout à la fois et offusquée. Ils disent aux disciples, car ils n’osent s'adresser à lui: Comment se fait-il que votre Maître mange avec des publicains et : des pécheurs ! Mais Jésus entend, et les regarde à son tour avec ses yeux de vérité qui pénétraient jusqu’à la moelle et il dit simplement : Les forts n’ont pas besoin de médecin mais les malades,
ui. Quand donc comprendrez-vous cette parole
si claire de la loi : Je veux la miséricorde et non pas vos sacrifices. Et le Maître ajoute cette parole de vie : Je suis venu appeler les pécheurs, non pas les justes. Tout est bon dans cette scène, depuis l’appel de Matthieu jusqu’à cette déclaration solennelle. C’est la formule de Rédemption, la raison de la descente du Fils de Dieu. Matthieu, pécheur lui-même, devait exulter de joie en transcrivant cette parole. Il nous l'envoie à travers les siècles comme la suprême parole d'espérance.
Offertoire : « Le son de leur voix a rempli toute la terre ; leur parole est allée aux extrémités du monde ».
Secrète : « Seigneur, que l’offrande de votre Eglise vous soit rendue agréable par les supplications du bienheureux Matthieu, apôtre et évangéliste, dont les magnifiques prédications, nous éclairent ».
Communion : « Je vous ai choisis dans le monde afin que vous alliez et que vous produisiez des fruits, et que vos fruits demeurent ».
Postcommunion : « Seigneur, après avoir reçu ces sacrements, nous vous demandons par l’intercession du bienheureux Matthieu, votre apôtre et évangéliste, que nous tirions un grand profit des fêtes que nous avons célébrées pour sa gloire ».
Le grand profit de cette fête, c’est de penser à la bonté infinie de notre divin Sauveur. Nous aussi, il nous a choisis, il nous a appelés, selon
sa Providence, pour faire son œuvre en nous et par nous dans les autres. La meilleure manière de le remercier, c’est de l’aimer de tout notre cœur et d’aimer comme lui, pour lui, ceux qui ne le connaissent pas, qui ne l’aiment pas, pour les amener à ses pieds. Chacun doit sentir en soi cette poussée de la charité vers les pauvres pécheurs.