I. LE TYPE INDIFFÉRENCIÉ
des villes considérables qui ont été le siège de hautes civilisations (1).
Enfin, ce mécanisme a aussi une valeur explicative, en ce qu’il rend compte de toute une série de caractères essentiels de la ville. La ville indifférenciée et le village présentent en effet des ressemblances fondamentales, que les historiens ont trop souvent négligées. Elles sont pourtant d'une importance extrème; car, outre qu'elles peuvent témoigner sous certaines conditions, d’un lien de filiation directe entre le village et la ville, elles démontrent en tout cas que l’un et l’autre dépendent des mêmes nécessités; l'identité des effets
est le signe de l'identité des causes.
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Ce sont ces ressemblances qui vont maintenant :
exposées.
En premier lieu, la morphologie de la ville indiffé-
renciée, abstraction faite de sa complication, n'a rien
(Hunter, Imperial gazetter, XI, 58, cf. XI, 65, VILL, 241, autres exemples) : Mahraj, formée de quatre villages (Hunter, IX, 184) : Satgaon, faite de sept villages (Hunter, Statistical account of Beng'al. WI,307-310).
1. Exemples : Lagash, capitale de l’ancienne Chaldée, faite anciennement d’une série de gros villages très rapprochés (Maspéro, op. cit., I, 603) ; et en général pour les villes antiques Pohlmann, Uebervolkerung der antiken Grosstadte, p. 3-4:
70 LES RÉGIONS DE LA VILLE d’essentiel qui la distingue de celle du village ; elle n’en est qu’une répétition à plusieurs exemplaires.
Elle présente les mêmes caractères généraux ; l'irrégularité normale du plan et l'inconstance de la forme. Les rues de ces villes se caractérisent à la fois par leur petit nombre (1), leur étroitesse (2) et leur tracé tortueux (3); ce sont seulement les villes de certaines civilisations, comme beaucoup de villes antiques (4), ou
les villes d’une certaine espèce, comme les villes neu-
ce sont pour la plupart d'immenses enceintes contenant une multiplicité d’agglomérations, villages et villes, et renfermant de la terre cultivée. Rappelons aussi les origines de Rome: Gilbert, Geschichte und topographie der Stadt Rom, 1, 21,23. En Inde ; Kulachi, 10.000 habitants en 1868, formée de 16 oillages distincts réunis au point où se touchent leurs territoires dunter, VIIL 331).
1. V. Sitte. L'art de bâtir les villes, 1889, p. 91-73. (Moyen Age). Aussi entre ces rues sont de nombreux espaces vides, cours et jardins. e
2. L. Bizard, Bulletin de correspondance hellénique. XXXI 1907, p. 473 (Délos}. — Von Below. Altere deutsche Stædtewe- SCRIPT.
3. Antiquité : Chamonard. Bulletin de correspondance hellénique, 1906,p. 569 (Délos). Moyen Age : Babeau. La ville sous l’ancien rég'üne,p. 358 (« les rues ne semblent pas faites pour circuler, mais pour y demeurer »). —Chéruel. Dictionnaire des institutions de la France, V° Rues, t. Il, p. 1115 (on ne commence à s'occuper sérieusement des alignements qu’en 1607). — Fritz. Die deutsche Stadtanlagen, p.6, 8-9, 12-13 {insiste beaucoup sur cette ressemblance matérielle entre la ville et l'établissement villageois). — G.von Below. Das æltere deutsche Siædtewesen, p.29. — Capasso. I! pergaminus e la prima età comunale a Bergamo(Archivio storico lombardo,1906, série 4, LV}, p. 323). — Reuss. L'Alsace au XVIIe siècle, Il, 2 — Inde : La Mazelière. Evolution de la civilisation indienne, 1, 316-317 (Moyen Age). — Huc. Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine, 1850, t. 1,p. 37. 39. — Hunter. Imperial gazetteer of India, VII, 414 sq. (Lahore). Le même auteur dit qu’il ne connaît qu'une seule ville hindoue qui soit régulière.
4. V. G. Humbert, V° Colonia, in Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, l, p. 1312 ; cela vient de ce que ces villes étaient fondées tout d’une pièce. Cf. Ziebarth, Kulturbilder ans grieehischen Stædten, p. 52. — Audollent. Carthage romaine, p. 310.