‹ La Localisation des Industries UrbainesChapitre 79 sur 126 · LIVRE HI · texte numérisé non relu

LIVRE HI

La limite de la ville

L'objet de cette dernière partie est constitué par des phénomènes plus généraux que les précédents, non pas quant à leur aire d'extension géographique, mais en ce qu'ils sont présents dans des types sociaux plus variés et plus hétérogènes. Tandis que l’organisation locale des métiers était relativement caractéristique d'un certain type de ville et d'un certain système économique, et s'effaçait avec lui, la déconcentration des industries urbaines et leur fixation à la périphérie de la ville apparaît à la fois dans des types urbains très élémentaires, et dans des types urbains très élevés et très complexes (1). C'est surtout dans ces derniers qu'elle se développe ; le centre de la ville s’est différencié avant sa limite ; la périphérie de la ville différenciée reste

longtemps encore engagée dans l'économie agricole (2).

1. C’est ce qui ressortira suffisamment de l’origine et de la nature des faits qui vont être cités au cours de ce dernier livre, surtout dans la seconde section.

2. On trouve longtemps encore de nombreux jardins dans les faubourgs : V. Pfster. Histoire de Nancy, 1, 265. — Davidsohn. Geschichte von Florenz, 1, 734. — Piganiol de la Force. Description historique de la ville de Paris, IV, 363. — Berty.

Pourtant, on voit le phénomène se constituer déjà dans des types urbains semblables ou immédiatement superposables à ceux qui nous ont occupé. Il entre donc dans l'objet de notre recherche de discerner les causes originaires de ce changement, et de le relier aux organisations qui l'ont précédé. Il est en effet probable qu'il se développe par les mêmes causes qui font s'effacer ces organisations, et qu’il contribue lui-même ensuite à leur dissolution ; et ainsi son explication devient partie intégrante à leur étude.

Le phénomène des industries périphériques sera donc considéré ici seulement quant à son origine el sous ses formes primaires. Les caractères qu'il a revêtus ensuite dans les villes de type plus élevé ne seront envisagés que dans le but de faire voir comment les formes simples et les formes les plus évoluées du phénomène présentent des traits communs, et expriment conséquem-— ment des nécessités communes. De cette comparaison même, il ressortira que le phénomène est quelque chose de plus complexe, et revêt des formes plus diverses qu'on ne croit d'ordinaire.

Ces formes présentent toutes un caractère commun ; c’est le caractère partiel de la déconcentration. Considérant une « industrie » donnée, ce n’est pas tout l’en-

semble des opérations et des fonctions qui la constituent

A D historique du Vieux Paris (Région centrale de l’Université, ch. I, Les clos), et surtout les recueils de plans de villes comme celui de Guichardin (La description de tous les Pays-Bas, etc).

qui se décentralise pour se fixer à la limite de la ville ; ce sont seulement certaines d’entre elles. La dernière dans l’échelle des fonctions successives, la fonction commerciale, reste une propriété caractéristique du centre de la ville ; il en est même ainsi, dans les formes élémentaires que nous allons étudier, d’une partie des fonctions proprement industrielles. Autrement dit, la déconcentration des industries urbaines est un phénomène de sectionnement local ; et on aperçoit par là comment elle implique des changements profonds dans le système économique lui-même.

Mais cette déconcentration, toujours partielle, se fait suivant deux modes.

Le premier est caractérisé par l'existence d'une conlinuité fonctionnelle entre le centre et la périphérie ; c'est-à-dire que les industries périphériques restent directement reliées au centre par une zone continue d'établissements industriels intermédiaires ; et le centre lui-même continue d’être le siège des mêmes fonctions industrielles ; il n’y a pas, entre le centre et la périphérie, de différenciation fonctionnelle tranchée ; ni l’un ni l'autre n'est l'organe exclusif d’une fonction spéciale. Autrement dit, l'industrie ne s’est pas éransporlée du centre à la périphérie ; elle n’a fait que se disséminer dans et hors la ville ; elle étend seulement sa base géographique, sans abandonner le centre où elle s’est d’abord fixée. C'est suivant ce mode que s’est faite à l’origine la déconcentration des industries urbaines, par le moyen de la formation, dans les économies urbaines

transformées, des premières « industries à domicile ».

Le second mode, au contraire, réalise entre le centre et la périphérie, une véritable discontinuité fonctionnelle ; il constitue un véritable déplacement des fonctions industrielles, qui émigrent du centre vers la limite de la ville, et non plus seulement une simple extension du siège de l'industrie. La différenciation des fonctions entre le centre et la périphérie devient ici plus nette : chacun de ces deux organes a ses fonctions propres et spéciales, et même ils sont souvent séparés par une zone intermédiaire à fonction non industrielle. La décentralisation se fait alors pour ainsi dire tout d'un bloc, c'est l'ensemble de la fonction industrielle qui se détache du centre. Une coupure nette s'opère entre la fonction commerciale et la fonction industrielle. La première conserve son siège plus ou moins exclusif au centre du groupe urbain ; la seconde est devenue dans son entier une fonction spécifique de la limite.

Ces deux modes (1) vont être étudiés successivement dans leurs causes spéciales : puis seront dégagées certaines des nécessités communes qui les commandent

tous deux.

1. Ce sont là, bien entendu, deux types extrêmes, entre lesquels il y a toute une série d’intermédiaires.

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