DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE
la ville (1), qui cesse alors d'être fonctionnellement différenciée vis-à-vis du dehors.
IE. — Le sectionnement local est aussi plus ou moins intense, c'est-à-dire que les sections locales affectées aux fonctions successives sont plus ou moins nettement distinctes. Sans doute, cette division, dans celte première forme de la déconcentration. est toujours assez vague (2); mais ce vague même a des degrés. D'abord il y a filature et tissage à la fois dans la ville et dans la campagne environnante ; c’est ainsi qu'était organisée l’industrie florentine ; puis le tissage devient prédominant à la ville, et la filature à l'extérieur, quoique les deux fonctions continuent de coexister dans chaque section locale.
II. — Enfin, quant à la nature des sections locales, c’est-à-dire quant à la qualité des activités ainsi géographiquement séparées, se réalisent deux formes bien distinctes. Dans le type ancien, qu'on peut appeler type de sectionnement continu, l’ordre des sections locales,
en allani de la périphérie au centre, est aussi celui des
du xrxe siècle : tissage à Rome, filature dans tout le pays environnant).
1. C’est le cas le plus fréquent. Thonnar. Le tissage de la laine en pays wallon (Ind. à dom. en Belgique, VD, p. 78.— Reuss. Z’Alsace au X VII siècle, I, 629.— Levasseur. ist. des classes ouvrières, IL, 525, 588 sq., 678 sq. — Dès le xvir siècle on trouve des villes hindoues qui sont le centre de régions de tissage rural : V. Hunter. /Zmperial gazetteer of India, VHI, 54.
2. Les formes modernes présentent le même caractère. Dans l’industrie parisienne du vêtement, le centre commercial, qui est le quartier du Temple, contient aussi des établissements industriels exactement comme les autres quartiers ; c’est seulement la fabrication des produits communs qui a été rejetée en province (Office du travail, la petite industrie, Il, le vétement à Paris, 1896, p. 217, 606).
opérations successives faites sur le produit; en sorte que celui-ci chemine de la périphérie au centre sans aucun retour en arrière ; son mouvement est exclusivement centripète. La filature, le tissage, le foulage, for ment des anneaux concentriques autour d'un noyau central où se font les derniers apprêts et où sont les établissements commerciaux. Dans le sectionnement discontinu, au contraire, le mouvement du produit n'est plus un voyage continu de la périphérie au centre; il y a des retours en arrière, et le produit touche plusieurs fois le centre avant que d'être achevé; il peut même partir du centre. C’est ainsi qu'il y a des cas où l’étoffe, filée dans la ville, est ensuite envoyée à la campagne pour y être tissée, puis revient subir les derniers apprêts
dans la ville même (1).
De cette description il ressort que la première déconcentration de l'industrie consiste en un double changement. Elle est d'abord une extension de sa base
géographique, et c'est par là seulement qu’on la définit
1. Ainsi, en Russie, dans beaucoup d’endroits, les paysans ne filent plus ; ils se bornent à tisser des toiles qui sont filées en fabrique dans la ville (Ponomarev. L'Industrie rurale en Russie, les Koustari, p. 18.). — De même, à Paris, au début du xix° siècle, le filage, la préparation et la teinture de la matière première étaient faits à Paris ; puis, le dévidage, l’ourdissage et le tissage de l'étoffe étaient le plus souvent faits à l’extérieur, dans les environs ou en Picardie, après quoi Pétoffe revenait à Paris pour les derniers apprèts (Recherches statistiques sur la ville de Paris, année 1833, tableau 83 ; il y avait à Paris et dans les environs 811 métiers, contre 2459 en Picardie.).