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I. DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE

un marché local à lui réservé, où la concurrence était très limitée ; aussi toute l'industrie tendait à l’obtention d'une certaine perfection technique du produit, et non à l'obtention du coût et du prix de vente minimum. Niles producteurs, ni même les consommateurs, ne recherchaient systématiquement l'atteinte du moindre prix ; l'autorité publique, au contraire, représentant les intérêts du groupe consommateur, cherchait souvent à fixer un « juste prix » suffisamment élevé pour procurer à l'artisan un gain assuré et raisonnable. La qualité des produits était la préoccupation essentielle des statuts de corporations aussi bien que des ordonnances municipales. Mais un coup quela demande s’est élargie et que s’est intensifiée la concurrence, alors la poursuite du moinûre prix devient naturellement la fin essentielle de l'activité des entreprises (1), et conséquemment devient essentielle aussi la préoccupation de réduire le coùt de production au minimum.

c) Or, dans l'état stationnaire de la technique industrielle, il n’y a pour cela qu'un seul moyen : c'est de réduire le coût de la main-d'œuvre (2).

d) Et pour cela encore il n’y a qu’un seul moyen: c’est

de décentraliser l’industrie urbaine.

1. V. Pirenne. Note sur la fabrication des tapisseries en Flandre (Viertelj, IV, 336-337) remarque comment avec la situation nouvelle le meilleur marché se développait aux dépens de la qualité ; les chefs de l’industrie n'étaient plus préoccupés que des profits commerciaux (document de 1560). APS

2. C'est ce qui fait dire à M. Schwiedland dans son Essai sur la fabrique collective. (Revue d’Econ. pol., 1893) que le bas prix de la main-d'œuvre est le facteur déterminant de lindustrie rurale. V. aussi Pirenne. Histoire de Belgique, 11, 389.

Cela est d'abord nécessaire pour libérer celle-ci de la contrainte corporative, cause fréquente de cherté, là où elle existe. Mais cela est surtout indispensable parce que c’est seulement à la périphérie de la ville et hors de la ville que se trouve la main-d'œuvre qui présente les qualités adaptées à ce besoin.

Elle y existe, et elle y est peu coûteuse, à la fois pour des causes physiques, économiques, et juridiques. Le rythme saisonnier de la vie agricole fait que les paysans voisins de la ville sont inoccupés pendant toute une partie de l’année (1) ; l'extrême pauvreté des campagnes, dans ces sociétés dont le développement agricole est resté bien en arrière du développement industriel,

rend cette main-d'œuvre libre peu exigeante (2) ; et de

1. Ce facteur agit puissamment dans les régions où la terre: est pauvre et où lepaysan ne saurait vivre du travail agricole; les premiers grands centres industriels ruraux se sont développés dans de telles régions : Dechesne. Evolution de l’industrie de la laine, p. 28. (Halifax, région de landes et de terres incultes). — Mantoux. Révolution industrielle, p. 195-196, (influence du climat humide et brumeux, des landes et des marécages qui obligeaientle paysan à chercher d’autres occupations). — Thonnar. T'issage de la laineen pays wallon, p. 7, 12 (cause de l’industrialisation dela région de Verviers tirée de la prédominance de la culture herbagère nécessitant unnombrerestreint de travailleurs). — Ponomare v. L'industrie rurale en Russie, p. 39 (lien avec dureté du climat etlongueur

de l'hiver). — Lorin. L'industrie rurale en Guipuzcoa (Musée Social, 1908, p. 215 : faible étendue du sol cultivable dans un pays de montagne). — Cf. en général sur ce motif: Levasseur.

Hist.des classes ouvrières, Il, 584-586.

2. Rogers (/nterprétation économique de l’histoire, p.159)note l'influence de la hausse des fermages etde la mauvaise situation des tenanciers. — Cf. Ashley, II, 273 (influence des enclosures). La misère des campagnes fut même la raison essentielle qui fit que l'autorité fondait délibérément des industries rurales ou encourageait cette fondation : (V. Hoffmann. L'Alsace au XVIII siècle,l. 52, 446-447) ce fut une des causes du fameux arrêt de 1962 proclamantla liberté de l’industrie rurale. Les grands seigneurs eux-mêmes créaient à cette fin des industries textiles rurales. (De Calonne. La vie agricole en Artois au X VIIF siècle, p. 110-111).

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