LITIÈRE DE VOYAGE AU XV° SIÈCLE
les croix blanches des Anglais, les croix vertes des Flamands se formèrent en un beau faisceau pour aller flotter sur le tombeau du Christ, nul ne pouvait prévoir que le séjour de Venise, celui de Constantinople et des villes orientales dût marquer avec une telle magnificence dans la mémoire des peuples. C’est de cette époque que date l’usage des éperons à molette \ celui de la cotte de mailles et celui du gonfanon ou bannière1 2. Ainsi du moins fut armé et vêtu, en 1363, le roi Jean de France lorsqu’il se croisa à Avignon et que, dit Jehan Froissart, « il emprit et en chargea dessus son derrain vêtement la vermeille croix ».
1. Une double branche embrassait le talon dans son alvéole, on la bouclait sur le pied par une courroie, une autre courroie de sous-pied la bouclait de l’autre sens. Ainsi habillé, le pied se trouvait garanti à la fois qu’armé.
2. Voir la Notice sut - les Costumes de guerre au Musée d’artillerie (Paris, 1876). — Le Dictionnaire raisonné du mobilier français : Armes de guerre, par Viollet-le-Duc. — L’Histoire des Costumes en France, par Quicherat.
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
L’armement du chevalier est alors très lourd. Dès la fin du xne siècle, dit Racinet « on s’est appliqué à tout disposer pour rendre l’action du cavalier plus écrasante qu’elle ne l’avait encore été. Le choc de la lame devint terrible lorsque, ébranlé pour la charge, droit sur sa selle élevée, en avant sur le garrot du cheval de grande taille, le chevalier apparut ramassé sous l’écu réduit, l’arme au poing fixée horizontalement sous l’aisselle, en arrêt assuré comme un bélier. »
Dans les joutes et tournois se donnèrent de belles fêtes. Les historiens, dans leur beau langage imagé du vieux français, placèrent la description de ces réjouissances où s’unissait, à l’adresse de l’équitation, le courage personnel des chevaliers. D’après une miniature des Tournois du Roi René datant du xve siècle et représentant l’entrée de ce prince dans la lice, nous pouvons nous figurer ce qu’avaient de prestigieux et de grandiose ces cérémonies. Les costumes, le harnachement du cheval eux-mêmes y sont plus magnifiques qu’à la guerre1 2. Les étriers, en outre, ont modifié leur forme, pour devenir ce qu’on appela des sabots-étriers3.
Après la mort du roi Henri II, tué par son capitaine des Gardes, les tournois tombèrent de mode, et, peu à peu, on les remplaça par les carrousels militaires.
Ce chapitre serait incomplet, si nous ne parlions pas de la locomotion offensive et défensive à la guerre, si nous restions sans dire un mot de l’art de la balistique et de l’artillerie.
Les catapultes du temps de l’invasion normande ne tardèrent pas à disparaître devant les nouvelles bombardes de la guerre de Cent ans. Ces machines de guerre, d’un travail primitif, commencèrent d’abord par faire plus de bruit que de mal. Les bouches à feu du xve siècle ne pouvaient être transportées qu’avec des bœufs. Cela rendait leur service embarrassant et inutile. « Ces bouches, dit Sarti, manœuvraient avec une lenteur telle que l’ennemi avait le temps, entre deux coups successifs, de réparer les dommages causés par le premier ».
Pourtant, avec François Ier et Henri II, l’artillerie accomplit des