LOCOMOTIVE AMÉRICAINE ACTUELLE
incompatible avec les idées de poésie et d’art. A ces derniers surtout, nous pourrions répondre, en disant que la poésie n’existe que là où l’on veut vraiment la voir; que toute chose, vue sous un certain jour et sous un certain angle, peut se présenter avec un aspect souverain de beauté. La poésie du chemin de fer, à bien réfléchir, est au contraire d’une intensité profonde. De grands écrivains, de grands peintres ont réussi à la traduire avec une diversité et un pittoresque qui prouvent combien sont vaines toutes ces protestations réactionnaires. Qui ne connaît les admirables toiles du grand Turner? Les représentations de locomotives sont d’un éclat et d’une intensité dont la lumière n’a été dépassée par aùcun. Les poèmes du grand Walt Whitman, le noble barde américain, tout de puissant lyrisme et de vie ardente, ne se sont point bornés à célébrer la luxuriante nature des États du Nord. Ils ont chanté aussi la gloire des chemins de fer et des rails reluisants. !
Émile Zola, en France, a donné, dans l’un de ses plus puissants romans : La Bête humaine , une image fidèle de ces bêtes de fer qui sont aujourd’hui l’un des ornements des campagnes dont jadis elles furent, dès le début, la terreur. Claude Monet, le bon peintre a, dans quelques-unes de ses toiles, dessiné, bouffée de fumée et de feu, masse de fonte lancée à toute vapeur, plusieurs de ces trains pesants et désordonnés.
Il n’est pas de personne aujourd’hui, ayant voyagé en chemin de fer, pour qui nous croyions nécessaire de faire la description d’un