ANGLETERRE
En Angleterre comme chez la plupart des autres peuples, la locomotion n’avait, pour ainsi dire, subi aucun progrès depuis l’antiquité. Elle avait, un peu partout, conservé le mode romain. Ainsi qu’au temps lointain de la Grèce, la locomotion était, pour ainsi dire, redevenue le privilège de l’artillerie et des troupes militaires.
« La voiture, dit A. Ramée, n’était en usage, à cette époque, que pour les malades et les infirmes riches. » En ce temps-là, il fallait être âgé et caduc comme l’évêque anglais saint Erkemvald pour se servir en 675 d’une sorte de voiture carrosse allemand. - 102
ou chaise à roues. Les annales britanniques sont sobres en tout ce qui concerne la locomotion. En 1253, seulement, il est fait mention de la mort de Guillaume de Ferrars, comte de Derby, occasionnée par un accident de voiture; en 1319, de celle d’Edouard II, roi d’Angleterre, dont le corps fut transporté en voiture, au château de Berkeley à Londres. En 1360, lorsque le roi Richard II dut se retirer devant la menace de ses sujets révoltés, ses chevaliers et lui s’enfuirent au galop de leurs chevaux. Toutefois, sa mère, fille du comte de Kent, fut emportée en voiture.
« En 1471, ajoute A. Ramée, après la bataille de Tewkesbury, qui décida du sort d’Henri VI et de la maison de Lancastre, la reine fut trouvée dans son chariot presque morte de chagrin, disent les chro-
niques. »
Plus tard, en 1487 *, à l’occasion de la fête solennelle de Saint- Georges, célébrée à Windsor, la reine et la mère du roi étaient dans une voiture ou chaise à roues tapissée d’un v'oile de brocart d’or. Vingt et une dames vêtues de velours cramoisi et portées par des palefrois blancs les accompagnaient. Depuis, l’usage des voitures continua de s’accroître. Les véhicules anglais n’ont cessé d’être les
1. Bernard (F.). Les fêtes célèbres de l’antiquité, du moyen âge et des temps modernes (Bibliothèque de l’École des Beaux-Arts).
A TRAVERS L’UNIVERS
plus pratiques et les plus solides. Le plus ancien de ceux que l’on connaisse s’appelait ivhirlicote. Celte voiture, au début fort en honneur, n’eut pas une destinée durable. Les femmes en délaissèrent l’usage quand la reine Anne, femme de Richard II et fille de l’Empereur Charles VI, montra aux femmes anglaises combien il était, pour elles, plus facile de monter à cheval sur une selle de femme. Les whirlicotes ne restèrent en usage qu’aux couronnements et pour d’autres solennités publiques1 2. Le moyen âge anglais s’acheminait peu à peu vers les moyens de transport plus généraux. Est-il nécessaire de rappeler que Roger Bacon, surnommé le Docteur admirable , vivait à cette époque? Et faut-il dire que, par une sorte de don de vision qui n’appartient qu’aux hommes de génie, il prévoyait déjà, dans ces temps reculés, l’usage des automobiles? « Lui-même reconnaît et assure, lisons-nous dans X Histoire littéraire de la France, qu’on pourrait un jour construire des chars qui se mettraient et se tiendraient en mouvement sans emploi de la force impulsive et attractive d’un cheval ou d’un ani-