‹ La loge du portierChapitre 12 sur 19 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Mme JACOB, MORODAN , en grosse rèdingotie garnie de fourrure.

MORODAN.

Ma foi, madame, ce n'est pas de refus... mais c'est que j'ai là mes bêtes... là, là, Petit-Gris... Saint- Jean, veillez un peu à mes chevaux.

Mme JACOB.

Monsieur ne nous avait pas encore fait l'honneur de venir nous voir.

MORODAN, s'asseyantprès du poêle.

Non, madame , nous sommes arrivés depuis peu de Marseille , et nous y retournons bientôt , car je crois que nous ne sommes ici que pour nous marier.

Mme JACOB.

Vous marier !

MORODAN.

À ce que m'a dit Saint-Jean, le domestique de Monsieur ; car je ne suis à son service que depuis trois jours ; il m'a pris dans les Petites affiches , une feuille purement littéraire , avec laquelle je suis habituellement en rapport ; oui , c'est là que Monsieur a trouvé ma notice : « Morodan , cocher-expert , connu pour aller vite- » Avec moi, il faut ou qu'on verse, ou qu'on arrive, je ne connais que cela.

Mme JACOB.

Vous dites-donc que vous allez vous marier ?. . M. Raymond votre maître est 'donc veuf?

MORODAN.

Non, nous sommes garçons . . toujours à ce que m'a dit Saint- Jean. Monsieur avait un neveu avec qui il s'est brouillé , et quïl est venu, je crois, chercher à Paris.

M?6 JACOB

Vous y êtes donc établi dans ce moment ?

MORODAN.

Oui, nous demeurons rue de ïouruon, n. 52; la maison est à nous. . . et justement , dans ce moment , nous avons besoin d'un portier.

Mme JACOB.

Ah ! vous avez besoiu ... (à part) Maudit cocher. . . il n'arrivera pas.

morodan, parlant, de sa place > aux chevaux* Eh bien ! eh bien! qu'est-ce que je vous disais. . . entendez-vous le démon?. . Ohé! oh! là, là. . . ce petit gris ne peut pas rester en place; aussi , c'est la foute de Monsieur qui , ce matin, nous fait attendre deux heures au détour de la rue.

Mme JACOB.

Comment, ce matin, vous l'avez attendu? sur les neuf heures, n'est-ce pas?

MORODAN.

Oui: mais c'est une aventure. . . un déguisement. . . il ne faut pas dire.

Mme JACOB.

Je sais ce que c'est... il est arrivé ici... en redingotte brune , en petite perruque... \

MORODAN.

Je vois que vous êtes au fait} eh bien, alors, dites-moi donc ce que cela veut dire?

Mme JACOB.

Il s'adresse bien.

MORODAN.

Il y avait une heure que je rongeais mon frein, quand Monsieur est accouru... Vite, rue Saint-Lazare, au débit de tabac , fouette cocher * Nous arrivons. . . Monsieur se précipite dans la boutique*, et, du haut de mon siège, j'entends qu'on demande des renseignemens sur un jeune homme qui demeure dans la maison, au second étage.

Mme JACOB.

Je comprends, il nous aura écoulés... c'est le quiroga.

MORODAN.

Le quiroga !

Mme JACOB.

Oui, oui, allez toujours.

MORODAN.

« Monsieur , reprend la marchande de tabac, le « jeune homme dont vous parlez n'est pas rentré hier.»

Mm<v JACOB.

Je crois bien. . . c'est cela même. . . nous y sommes.

MORODAN.

« Mais voici un petit mot qu'il a envoyé à 11 heures « du soir : qu'on ne m'attende point , je ne rentrerai « pas. » Monsieur prend le billet, le regarde... Dieux! s'écrie-t-il , quelle écriture ! il serait possible!

Mme JACOB.

Il a dit cela ?

MORODAN.

Ces propres paroles: quelle écriture! Userait possible !

Air : de Marianne.

Soudain nous nous mettons en roule .

Et jusqu'ici je l'ai conduit...

Mais dans la voiture sans doute Il aura r'pris son autre habit.

Tout confondu , Quand je l'ai vu En beau monsieur redescendre impromptu :

J' dis quels chang'ments !

Si tant de gens Qui roul'nt carosse , ou derrière ou dedans , De mon maître imitant l'allure , Allaient, s 'éveillant en sursaut , Se trouver des g-ens comme il faut j En descendant d' voiture.

Je vous le demande maintenant , qu'est-ce que cela signifie ?

MmG JACOB.

Eh bien , je me le demande aussi ; mais patience nous sommes sur la bonne route ^ nous y arriverons.

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