La loge théosophique
Dieu n'est plus commun de 110s jours que de * voir un certain Nombre de personnes, hommes el femmes, qui, prenant intérêt à un même objet, se groupent et forment une Société en vue de le poursuivre. 11 y a diverses Sociétés d'action : telle la Société protectrice des animaux, à laquelle ses membres souscrivent pour entretenir des agents qui veillent aux actes de cruauté et pour en poursuivre les auteurs. 11 y a des Sociétés d'étude , telles que la Société Asiatique, la Société de Géographie, la Société de Chimie, etc. Les membres y adhèrent pour entendre lire des mémoires qui y sont présentés et recevoir les procès-verbaux de séances relatifs aux questions dont la Société se propose de favoriser l’avancement. De telles
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Sociétés ont leurs assemblées régulières, leurs discussions, leurs conférences ; elles ont, en un mol, leur objet précis et le servent très utilement.
A un certain point de vue, la Société théosophique semble être uniquement une Société semblable. C’est une association d'étudiants groupés en Branches ou Loges dans le monde entier. Scs membres se réunissent pour étudier la religion, dans le sens le plus large du mot, pour examiner et comparer les diverses religions passées et présentes, pour scruter les problèmes obscurs de la vie humaine et de la vie, en généra^, dans tous les départements, pour s’instruire des expériences des membres plus avancés etf pour échanger mutuellement des idées. Ainsi considérée, elle est une Société parmi tant d'autres, remarquable seulement par l'intérêt profond, inépuisable, des problèmes auxquels elle s’adonne ; elle est également sujette à toutes les conditions qui alïéctent d’autres Sociétés, accroissement et diminution de ses membres, ardeur ou refroidissement de leur enthousiasme, influence attractive ou non de ses porte-parole, réunions intéressantes ou ternes.
Bon nombre de membres des Loges théosophiques semblent envisager ainsi qu'il suit la Société dont ils font partie. S’ils prévoient qu’une réunion sera intéressante, ils y assistent ; s'ils
ce qu’elle est
pressentent qu’elle sera terne, ils s’en dispensent. Si un conférencier favori doit parler à la Loge, la salle est pleine ; si l’orateur de la soirée est inconnu ou ennuyeux, la salle est vide. C’est ainsi qu’on voit l’activité d’une Loge croître et décroître. Une forte personnalité peut faire une Loge florissante, mais, qu’un événement survienne et transporte cette personne dans un autre champ d’action, et la Loge s’assoupit ou meurt.
Par contre, certains d’entre nous pensent que la Société théosophique, dans son ensemble, et ses Loges qui en représentent les branches, sont tout autre chose et plus que toute autre Société que ce soit. Certes, nous reconnaissons qu’elle a aussi le caractère de Société savante, qu’elle figure même aux yeux du monde dans cette catégorie, mais, pour nous, elle est quelque chose de plus qui la met hors de pair, dans une situation unique et à part. Nous croyons en effet — et nous avons de bonnes raisons pour le croire, certains d’entre nous peuvent même dire qu'ils savent — que cette Société n’a pas été formée par cette impulsion qui, si communément, assemble des personnes qu’intéresse une même étude, mais qu’elle a été conçue, projetée et fondée par quelques-uns des Hommes surhumains qui sont les Gardiens spirituels de la race humaine et qui
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employèrent un de leurs disciples H. -P. 131avatsky, pour en réaliser la formation. Nous regardons sa fondation comme l’œuvre de ces grands Êtres et nous croyons qu’ils veillent sur elle et la protègent. Nous reconnaissons leur main dans les luttes mêmes qui, de temps en temps, l’agitent et rejettent de son sein ceux qui sont impropres à participer davantage à son développement. Nous voyons leur protection justifiée par le fait que la Société émerge de chaque lutte plus forte, plus pure, plus sage qu'elle n’élaitavant de l’avoir traversée. Nous voyons leur aide dans les connaissances qui, au travers d’elle, se déversent dans le monde comme un Ilot sans cesse accru, et leur œuvre dans le changement d’attitude de l'esprit public à l’égard des problèmes religieux. Nous reconnaissons leur sagesse dans le choix des deux collègues qui en sont extérieurement les fondateurs, II. -P. Blavatsky, le cœur du mouvement, l’occultiste profond, le merveilleux instructeur, la victime héroïque, et H. -S. Olcott, la tête du mouvement, l’organisateur habile, le guide prévoyant, le travailleur plein de dévouement et d’abnégation. Pour nous, la Société représente un véhicule de la vie spirituelle qui se déverse dans la Société comme dans un réservoir d’où, telle qu'une eau vive, elle se répand dans le
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monde entier, au moyen des canaux que nous appelons les Loges ou Branches, pour étancher la soif des hommes !
Telle est pour nous la haute fonction de la SociéLé théosophique, tel est son objet et sa raison d’être. Ses autres formes d’activité, ses études, ses publications, ses recherches, ses discussions sont pour nous secondaires et subordonnées, quoique admirables et utiles. Les travaux qui justifient son existence aux yeux du monde lie sont rien de plus, pour nous, que les franges de sa robe; on pourrait les arracher toutes sans que sa vie en subisse aucune atteinte. Voyons comment nous arrivons à cette conclusion.
Le passé nous enseigne que des forces spirituelles ont toujours été véhiculées par des organisations, par des corps organisés qui, faisant office d’organes matériels, ont permis à leur fonctionnement de se poursuivre dans le monde. Nous constatons que la valeur de chaque religion est mesurée, non point par son activité extérieure, mais par la plénitude et par la richesse de la vie spirituelle qu’elle a transmise au monde. Aujourd’hui, le monde a besoin, non d’une religion séparée, en addition à tant d’autres, mais d une énergie unificatrice qui concilie les religions, explique leurs différences, démontre leur unité et
prépare le monde pour la venue de la civilisation que guidera Bouddhi et non Marias, la Sagesse et non la Connaissance. Comme toujours, la vie demande une forme, l’énergie un agent, l’esprit un véhicule : voyons celte forme, cet agent, ce véhicule dans la Société théosophique.
Dans l’énoncé deson premier objet, la Société est appelée « un noyau de la Confrérie universelle ». Ce mot de « noyau » est bien choisi, car le noyau dans une cellule est ce point où toutes les énergies vitales sont amassées et d’où procèdent toute croissance et toute organisation. L’activité dans le noyau précède toute action dans la cellule. Plus la science a poussé ses investigations et plus elle a reconnu important le rôle joué par le « noyau »; la partie la plus active de la cellule est celle qui entoure immédiatement le noyau.
La Société théosophique est donc un noyau dans lequel les énergies spirituelles épanchées par la Grande Confrérie trouvent un centre et d’où elles se répandent pour organiser et diriger la croissance spi rituelle à travers le monde entier.
Elle est petite en proportion du monde, comme le noyau est petit proportionnellement à la cellule; mais c’est le foyer, c’est le centre des énergies. Partout où elle apparaît, on constate croissance et organisation : les religions montrent une
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vie nouvelle el la pensée manifesle une expansion de ses pouvoirs. Elle agit dans l’Inde et l’Hindouisme revit; elle agit à Ceylan et le Bouddhisme redevient actif; elle agit dans les communautés Parsïs el le Zoroastrianismc commence à secouer son matérialisme moderne el à montrer une spiritualité puissante; elle agit dans le Christianisme et un esprit nouveau de tolérance et de libéralisme s’affirme. Seul, entre toutes les religions du monde, l’Islamisme a peu profité de son message vivifiant, car il la à peine écouté jusqu ici et ne prête encore qu’une faible attention à ses messagers. Ainsi, par ses effets, la Société a bien réellement prouvé qu’elle est un noyau et c’est là ce qui fait sa valeur. Par elle, les Rishis Hindous affectent l’Hindouisme; par elle, le Boddhisattva inspire le Bouddhisme; par elle, Zarathoustra anime le Parsisme ; par elle, Jésus réveille la Chrétienté; par elle, Mahomet cherchera à stimuler Plslam. Par elle, enfin, les énergies vitales s’épanchent de chaque prophète dans la religion qu’il a lui-même fondée et sur laquelle il veille toujours avec un amour spécial, comme une mère sur le berceau de son enfant.
Ceux d’entre nous qui envisagent ainsi la Société théosophique et sa haute fonction dans le monde ne sauraient lui mesurer leur dévouement
et leurs services en raison des vétilles sans portée qui affectent son entourage ou des personnes qui, transitoirement, prennent part à son œuvre extérieure. Chaque Loge est pour eux une miniature de la Société théosophique, identique de nature et d’essence à la Société, laquelle, dans son ensemble, embrasse le monde; elle, aussi, est un noyau dans sa ville qui représente son champ d’influence propre, comme le monde est celui de la Société, en général. Le privilège splendide d’être un centre d’où les énergies spirituelles s’épanchent appartient tout entier à chaque Loge, si obscure, si pet i te, si humble qu’elle soit. Toute la dignité de ce haut office, toute la majesté de ce sacerdoce royal revêt chaque Loge d’une robe qui resplendit comme le soleil. Nous avons tort de rapetisser nos fonctions, de douter de l’appel sublime qui nous est adressé. Le bon karma acquis, quelque service inspiré par l’amour, quelque effort plein d’abnégation, quelque pensée pure ou quelque tendre action, dans le passé, nous ont donné accès dansce noyau vivant, etlepouvoir delà Confrérie blanche s’épanche à travers nous, en tant que corps, pour aider et relever lp monde. Partout où une Loge s’assemble, une étoile resplendit au milieu des ténèbres du monde et son influence magnétique se répand dans l’atmosphère, appor-
SES PHIVILÈGES
tant une bénédiction partout où elle pénètre.
Souvenons-nous bien que ces privilèges nous appartiennent en tçint que corps. G est la ce qui fait notre valeur : nous sommes un tout organique. Quand une Loge s’assemble, elle olTrc un centre organisé, prêt à être rempli de la vie qui s'épanche. Assurément, si les pensées exprimées dans la réunion sont fortes et sages, cette réunion propage dans la région environnante des légions de formes-pensées puissantes et utiles, enrichissant ainsi et purifiant l’atmosphère mentale. Cette action-là est exercée par les membres eux-mêmes et c’est leur ouvrage propre. Qu’il me soit permis de dire, toutefois, combien plus importante et plus efficace csl l’énergie vitale des Maîtres qui se répand à travers ce centre organisé dans la région où il s’assemble. Pour cette bienfaisante opération, il n’est besoin ni de pensées subtiles, ni d’expressions musicales de la part des membres; celles-ci n’aident ni n’empêchent les sublimes ouvriers. Ils ne cherchent rien de plus qu’un noyau matériel; la vie qui s’y manifeste est leur et non pas nôtre. Telle vie peut s’épancher aussi librement à travers une terne réunion de la Loge qu’à travers une brillante, et même parfois mieux, parce que l'acceptation volontaire de l’ennui, l’aimable et douce patience
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des membres loyaux sont des énergies de môme nature que celles des Maîtres. Ces grands Etres peuvent recueillir les énergies et les ajouter aux leurs comme un petit ruisseau de vie spirituelle se déversant dans un puissant fleuve.
Qnand on l’envisage ainsi, la réunion d’une Loge prend un nouvel aspect, une dignité nouvelle. Il n’est plus question de se demander : « Devrais-je aller à une réunion ennuyeuse? » : mais une seule question pressante : « Pourrai-je m’assurer le privilège d’être présent pour faire partie du canal à travers lequel les énergies vitales de la Grande Confrérie se déverseront dans le monde? » — Si tel était le sentiment des membres, nous n’entendrions jamais parler de Loges léthargiques ou mourantes. Aussi longtemps qu’une Loge peut se maintenir, elle peut servir comme un noyau de vie. Qu’importe l’intérêt intellectuel de ses réunions pourvu qu'elle demeure intacte comme organe de ses hautes fonctions spirituelles !
De temps à autre, je lis qu’une Loge a renoncé à sa charte, qu’un membre a donné sa démission : cela me semble chose impossible, incroyable, une véritable folie. Posséder un tel privilège et y renoncer! Participer à une fonction pareille et l’abandonner! Vraiment, les hommes ne savent