RÉUNIONS D’UNE LOGE
Considérons le côté occulte des réunions d’une de nos branches théosophiques.
Je choisirai comme exemple la réunion hebdomadaire d’une branche qui étudie sérieusement, et ne parlerai que de celles où se trouvent uniquement assemblés les membres de la branche, car les effets occultes que je vais décrire sont impossibles lorsque sont admises des personnes qui n’en font pas partie. Il est certainement nécessaire qu’une branche ait des réunions ouvertes et quelle fasse du travail autour d’elle, qu’elle offre, par des conférences ou par d'autres moyens, l’occasion à ceux de dehors de s’instruire, mais toute
(1) Traduit d’un article de M, Leadbeater dans The Lotus Journal , août 1904.
branche réellement digne de ce nom accomplit une œuvre bien plus élevée que celle qu elle fait sur le plan physique, et cette œuvre ne peut être faite que par scs réunions privées.
Il faut aussi, pour arriver à de bons résultats, que ces réunions soient entièrement harmonieuses el bien conduites. Si les membres pensent surtout à eux-mêmes, s'ils désirent, pour briller ou pour la satisfaction de leur amourpropre, prendre une place prépondérante dans 1 assemblée, s’ils sont prêts à se froisser ou soumis à l’envie ou à la jalousie, aucun elïet occulte ne pourra se produire. Mais s'ils s’oublient euxinèmes dans leur elVorl pour bien comprendre le sujet de leur étude, il en résultera des elïels considérables et salutaires, bien qu’ils en soient la plupart du temps inconscients. Nous allons en donner la raison.
Admettons d’abord une série de réunions où est poursuivie l’étude de tel ou tel livre. Chaque membre doit connaître d'avance la portion de l'ouvrage qui va être examinée à la prochaine séance, et il est entendu qu’aucun ne s’y présentera sans une préparation préalable, car nul ne doit être comme l’oiseau au nid qui se contente d’ouvrir le bec, pendant qu un autre lui présente sa nourriture. Il faut, au contraire, que chaque
SES EFFETS OCCULTES
membre comprenne avec intelligence le sujet à analyser et qu'il soit prêt a contribuer, pour sa part, aux éclaircissements donnés. Une excellenle façon de procéder est la suivante : chaque membre pourrait se charger d’étudier plus particulièrement un certain livre qui lui serait assigné d’avance. L’un prendrait, par exemple, le premier volume ou une partie du volume de la Doctrine secrète; un autre la Sagesse antique , un troisième le Bouddhisme ésotérique , etc. Le sujet à considérer à la séance suivante serait arrêté à la séance précédenteetchacun seraittenu d’éludier avec soin l’ouvrage qui lui aurait été confié, afin d’être à même d'exposer les données de ce livre sur la question à l’élude. De cette façon, chaque membre aurait son travail à faire, et la concenlralion de tous sur un même point faciliterai ta chacun la compréhension claire et nette du sujet. Pour bien comprendre le résultat qui découlerait de cette façon de procéder, examinons quel est l’efTet exact produit par une pensée.
Toute pensée qni est suffisamment précise pour mériter ce nom, produit deux résultats distincts. Premièrement, elle est elle-même une vibration du corps mental, qui, selon la nature de la pensée, se produit à différents niveaux de ce plan. Gomme toule autre vibration, elle tend à se
reproduire dans la matière environnante. Ainsi qu'une corde de harpe, lorsqu’on la fait vibrer, communique ses vibrations à l’airambiant et produit un son, de même une vibration-pensée, s'établissant dans la matière d’une densité donnée du corps mental, se communique à la matière de même densité du plan mental qui l’entoure. Secondement, chaque pensée s’enveloppe de la matière vivante du plan mental et se forme un véhicule (pie nous appelons une forme-pensée. Selon sa nature, elle peut ensuite se manifester sur des plans différents. Si cette pensée n’est qu’un exercice intellectuel, tel que celui qui a lieu lorsqu’on veut résoudre un problème de mathématiques ou de géométrie, elle reste sur le plan mental; mais si elle est tant soit peu teintée par le désir ou par l’émotion, ou si elle se rapporte au soi personnel, elle se revêt de matière astrale et descend sur le plan astral. Un effort intense pour saisir une abstraction, l’essai de comprendre ce qu’est la quatrième dimension, par exemple, est une activité des plans supérieurs du monde mental; mais une pensée où se mêle de l’amour dépourvu d’égoïsme, du dévouement ou de l’aspiration élevée peut atteindre le plan bouddhique et y réveiller des vibrations qui multiplient infiniment sa force.
SES EFFETS OCCULTES
Nous allons examiner séparément les effets résultant de la vibration-pensée et de la formepensée.
On peut se représenter la vibration produite par la pensée comme s’étendant sur le plan mental à travers de la matière capable de lui répondre; c’est-à-dire à travers de la matière de meme densité que celle dans laquelle elle a été primitivement générée. Rayonnant de cette façon, elle vient forcément en contact avec les corps mentais de beaucoup d’hommes et sa tendance est de se reproduire en eux. La distance à travers laquelle cette vibration peut se transmettre avec effet dépend en partie de sa nature même, et en partie de l'opposition qu’elle rencontre. Ainsi, des vibrations mentales, enchevêtrées de matière astrale des plans inférieurs, dévieront probablement et seront englouties par la multitude d’autres vibrations sur ces mêmes plans, comme un son doux se perd dans le grondement d’une grande ville. La pensée habituelle et concentrée sur luimême de l’homme moyen prend naissance sur le plan mental inférieur et plonge immédiatement sur le niveau correspondant du plan astral. Quelque violente qu’elle puisse être, son pouvoir dans ces deux mondes est très limité, parce qu’elle est entourée par un océan immense et bouillon-
LA LOGE TIIKOSOPHIOUi;
nanl. do vibrations -pensées de même nature, qui surfissent contre elle et la détruisent par leur ch o c.
Une onde vibratoire d’une modalité plus élevée a un champ d’action beaucoup plus libre parce que, pour l’instant, la quantité de pensées produisant de pareilles vibrations est encore petite.
A vrai dire, la pensée théosophique forme presque par elle-même une classe à part. U y a bien des personnes réellement religieuses dont les pensées sont aussi élevées que les nôtres, mais elles ne sont pas aussi précises et définies. D’un autre côté, un grand nombre d'hommes, dans les affaires et les spéculations, pensent avec autant de clarté que possible, mais leurs pensées sont égoïstes et sans élévation. La pensée scientifique même est rarement de la même catégorie que celle du véritable théosophe, ce qui fait que nos étudiants ont, en réalité, un champ d’action qui leur est propre dans le monde mental. Il résulte donc que lorsqu’un homme pense sur un sujet théosophique, il envoie autour de lui une vibration qui est très puissante parce qu’elle ne rencontre réellement pas d’obstacles, comme un son dans un silence profond ou une lumière dans la nuit intense. Elle met en mouvement une modalité de matière mentale qui est rarement
SES EFFETS OCCULTES
employée, et Tonde vibratoire quelle cause heurte le corps mental de l'homme moyen à un point où il est encore entièrement endormi. C'est ceci qui donne à celte pensée sa grande valeur, non seulement pour le penseur, mais pour ceux qui l'entourent, car sa tendance est de réveiller et de faire travailler une partie de l’appareil mental qui jusqu’alors n'avait pas servi. 11 faut se rendre compte, cependant, que cette vibration 11e transmet pas nécessairement une pensée théosophique à celui qui l'ignore; mais en éveillant une partie élevée du corps mental, elle tend à rehausser l’ensemble de la pensée de l'homme qu’elle atteint, quelle que soit sa ligne de pensée habituelle et il en résulte pour lui le plus grand avantage.
Si la pensée d’un seul homme peut produire de pareils résultats, celle de vingt ou trente personnes, concentrée sur un même sujet, accomplira des effets infiniment plus vastes, car la puissance des pensées réunies de plusieurs est bien plus grande que la somme de leurs pensées prises séparément; elle correspondrait plutôt au produit de leur multiplication.
On voit, par ce qui précède, que c’est une excellente chose pour une ville d’avoir dans son sein une loge théosophique, dont les réunions, si elles sont fréquentes et bien conduites, ont pour elïet
La logi; théosophioul:
delever et d anoblir la pensée de la population environnante. Il y aura naturellement, parmi celle-ci, beaucoup de personnes dont il sera impossible de réveiller le mental sur ces niveaux élevés; mais même pour ces personnes le moment du réveil des parties plus subtiles de leur corps mental sera hâté par le choc constant des vibrations.
Voyons maintenant l'effet produit par des formes-pensées bien définies.
Celles-ci rayonnent du centre d’activité d’où elles sont parties, mais elles n’ont d’effet que sur les mentais prêts à les recevoir.
De nos jours, beaucoup de personnes sont dans cet état, et nos membres doivent avoir remarqué qu’après avoir discuté sur un sujet, celui de la réincarnation par exemple, il arrive que des renseignements leur sont demandés justement sur cette question, par des personnes qui jusqu’alors ne paraissaient pas s’y intéresser.
line forme-pensée transmet donc une idée à la personne prête à la recevoir, tandis qu’une vibration-pensée a un effet moins net et moins défini, bien que son cercle d’action soit plus étendu.
Nous voyons, parce qui précède, que nos membres en poursuivant leur études produisent inconsciemment sur le monde mental un effet puissant,
ÜES EFFÈTS OCCULTES
qui est bien supérieur à celui qu’ils pourraient atteindre, en faisant intentionnellement de la propagande. Mais ce n’est pas tout, et nous allons voir que l’œuvre accomplie est plus grande encore.
Toute loge de notre Société attire l’attention des Grands Maîtres de la Sagesse, et lorsqu’elle tait un travail sérieux et loyal, Ils dirigent vers elle leur pensée et celle de leurs élèves, de façon qu’une force bien supérieure à celles que pourraient produire nos étudiants par eux-mêmes peut émaner de leurs réunions, qui servent pour ainsi dire de foyer à cette énergie.
Et nous n’avons pas encore atteint la limite des effets qui peuvent résulter de leur travail réuni. Tout étudiant d’occultisme sait que le Logos inonde de sa vie et de sa lumière le système dont il est le centre, qu’il verse sur chaque plan de la nature cette manifestation spéciale de Sa force qui est appropriée à ce plan. Naturellement, plus celui-ci est élevé, moins la gloire de la puissance divine est voilée, parce qu’on se rapproche de sa source. Normalement la force déversée sur un plan est limitée à ce plan, mais elle peut descendre et illuminer un plan inférieur si elle trouve un véhicule prêt à la transporter. Ce véhicule est fourni chaque fois qu’est générée
LA LOGE THÉOSOPIIIQUE
une pensée ou une émotion totalement impersonnelle. Une émotion égoïste se meut en cercle et ne produit d’effet que sur son propre niveau, tandis qu’une émotion entièrement altruiste est un élan d’énergie qui ne retourne pas sur lui-même, et qui, dans son mouvement ascendant, forme un canal par lequel se déverse l’énergie divine du plan immédiatement supérieur à son point de départ. Cette idée se trouve derrière celle de la réponse à la prière.
L’homme qui étudie sérieusement des sujets élevés devient, par cela même, le créateur sur le plan mental d’une de ces puissantes formes-pensées qui! comme nous venons de le voir, est aussitôt employée comme canal par la force du plan immédiatement au-dessus. De même que pour les vibrations-pensées, la forme-pensée résultant de l’attention concentrée de plusieurs hommes forme un canal dont la capacité est hors de toute proportion avec la somme de ceux produits par la pensée de chacun prise séparément. Une pareille assemblée est donc une véritable bénédiction pour son entourage, parce que, grâce à elle (et cela même pendant scs réunions les plus ordinaires où sont étudiés des sujets tels que ceux des rondes, des races, des pitrisou des chaînes planétaires), il peut y avoir un déversement sur les plans men-
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tais inférieurs de cette force qui, normalement, est propre au momie mental supérieur.
Si l'attention des membres est fixée sur les enseignements les plus élevés de Théosophic, ceux qui se rapportent à la morale et au développement de l’àme et qui sont donnés dans la Lumière sur le senher, la Voix du silence , et d’autres livres de dévotion ; il peut en résulter un canal par lequel la lorce du plan bouddhique même peut descendre sur le mental et loucher des ûmes qui lui resteraient insensibles, si cette énergie restait sur son propre plan.
La fonction la plus importante d’une branche théosophique est donc de former un canal pour le déversement de la vie divine.
Nous avons ici une preuve entre mille de combien l'invisible est plus important que le visible. Notre œil physique ne voit qu’un petit groupe d’humbles étudiants, qui se réunissent pour s’instruire et pour se rendre, par leur connaissance, plus aptes a venir en aide à leur prochain, mais ceux dont la vision est plus étendue voient une Heur superbe s’élever de cette petite racine, car il n y a pas moins de quatre courants d’énergie qui rayonnent de ce cenLre en apparence insigniliant : le courant des vibrations-pensées, celui des formes-pensées, le magnétisme des Maîtres de la
LA LOGE Tl 1 ÉO SO 1*1 1 1 0 U ti
Sagesse elle lorrent impétueux de l’énergiedivine.
Nous avons aussi ici un exemple de l'importance capitale et pratique qu’il y a à connaître le coté invisible de la vie.
Par ignorance, un grand nombre de membres négligent d’accomplir leur devoir et ne suivent que d'une façon intermittente les réunions de leur branche. Ils ne se doutent pas qu’ils perdent ainsi le grand privilège de contribuer pour leur part à la formation d’un de ces véhicules, par lesquels la force spirituelle peut se déverser dans notre monde inférieur. J’ai souvent entendu dire à des membres qu’ils n’allaient pas aux réunions parce qu’ils les trouvaient ennuyeuses et qu’ils n’y récoltaient rien. Ces personnes ont encore à apprendre ce- fait élémentaire, quelle doivent se réunir non pour recevoir, mais pour donner, non pour être intéressées ou amusées, mais prendre leur part dans le grand travail qui se fait pour l’huma-
mté.
Nous venons de voir une fois de plusiM. L. en donne la preuve dans des articles précédents) qu’à toutes choses il y a un coté caché. L’occultiste étudie ce côté invisible de la nature et s’y adapte avec intelligence. Il perçoit en entier un sujet qui lui est présenté, au lieu de n’en s oir que la partie la plus basse et la moins importante,
SES EFFETS OCCULTES
puis il ordonne ses actions d’après ce qu’il sait, en obéissant aux préceptes du bon sens et de la loi d’amour qui régissent l’ Univers.
Ceux, par conséquent, qui veulent étudier et mettre en pratique l'occultisme doivent développer en eux trois facultés inappréciables :
La connaissance,
Le discernement,
Et l'amour