PREMIÈRE PARTIE
PLACE DE L'flYPOTHÈSIE DAIVS LA S€IEI«€E
Le terme scientifique hypothèse^ employé dans nn sens large, a la même signification que les mots usuels suppontion et conjecture. Ce terme désigne le résultat d'une opération intellectuelle qui s'accomplit à chaque instant. Toutes les fois qu'on cherche à expliquer un fait, la recherche est provoquée par l'observation, le raisonnement intervient dans l'explication, mais le principe de l'explication doit toujours être supposé. Je remarque, de ma fenêtre, l'arbre d'une promenade publique couché sur le sol, et la disposition de cet arbre est telle que je vois seulement sa partie supérieure. Le tronc est hors de ma vue, ce qui m'empêche de constater directement la cause de sa rupture. Pourquoi cet arbre est-il abattu ? A-t-il été brisé par Forage? A-t-il été coupé par ordre de l'administration? De la place où je me trouve, l'observation est impuissante à résoudre la question ; le raisonnement est impuissant
NAVILLE. i
aussi. lime faut supposer une cause; et, cette cause ayant été supposée, je puis vérifier mon hypothèse en me rendant sur les lieux et en prenant des renseignements. Nous avons ici, dans un exemple simple, trois opérations de la pensée qui se retrouvent dans la solution de toute question scientifique : observer, supposer, vérifier.
Les actes intellectuels sont les mêmes, soit qu'il s'agisse de découvertes théoriques, soit qu'il s'agisse de découvertes pratiques. Prenons pour exemple, dans l'ordre pratique, la greffe chirurgicale, à laquelle le docteur Reverdin a attaché son nom. On a remarqué la manière dont l'épiderme se reforme sur une plaie, et le rôle que jouent les ilôts de peau qui se trouvent parfois sur la plaie dénudée : c'est l'observation. On a soupçonné qu'un fragment d'épiderme artificiellement placé sur la plaie y reprendrait vie et activerait la guérison ; c'est la supposition. On a fait l'expérience, et, dans des conditions que la pratique a révélées, l'expérience a réussi; c'est la vérification.