‹ La logique de Port RoyalChapitre 82 sur 170 · CHAPITRE PREMIEa · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEa

f DE LA SATURE DE RAISOHMEJIENT ET DES DtVEBSES ESPÈCES QO'iL PEUT T EN AVOIR.

La nécessiliî du raisonnement o'est fondée que sur les

irnes élroites de l'esprit humain, qui, ayant à jugap

la Térité ou do la fausseté d'une proposition, qu'alors

appiille question, ne peut pas toujours le faire par la

ÉODsiUération des deux idées qui la composent, dont celle

qui en est le sujet est aussi appelée le petit terme, pai'ce

que le sujet est d'ordJnaife moins étendu que l'attribut,

it celle qui en estl'attriliut est aussi appelée le grand

par une raison contraire. Lors donc que la seule .,

iffldéi'ation de cos deux idées ne suffit pas pour faire

„er si l'on doit affirmer ou nier l'une de l'autre, il y n

lesoiu de recourir à une troisième idée, ou incumploxe

ou complexe (suivant ce qui a été dit des termes coni-

pleves), et cette troisiÈme idée s'appelle mo'jen'.

Or, il ne servirait de rien, pour faire cette comparaisou de deux idées ensemble poi* l'entremise de cette troisifemo idée, de la comparer seulement avec un des deux lermes. Si je veux savoir, par exen^le, si l'âme est spi- "ituelle, et que, ne le pénétrant pas d'abord, je choisisse, lOur m'en édaircir, l'idée de pensée, il est clair qu'il le sera ntile do comparer la pensée avec l'âme, si je ne 'conçois duDB la pensée aucun rapport avec l'attribut de spiritudle, par le moyen duquel je puisse juger a'il convient ou no convient pas à l'dnie. Je dirai bien, par exemple, l'ânie pense ; mais je n'en pourrai pas conclure, donc elle est spiriluelle, si je ne conçois aucun rapport ■ff.ltre le terme de penser et celui de spirituelle.

n faut donc que ce terme moyen soit comparé, tant

avec le sujet ou le petit terme qu'avec l'attribut ou le grand terme, soit qu'il ne le soit que séparément avec chacun de ces termes, comme dans les syllogismes % qu'on appelle simples pour cette raison, soit qu'il le soit tout à la fois avec tous les deux, comme dans les arguments qu'on appelle conjonctifs.

Mais en l'une ou l'autre manière cette comparaison demande deux propositions.

Nous parlerons en particulier des arguments conjonctifs ; mais pour les simples cela est clair, parce que le moyen étant une fois comparé avec l'attribut de la conclusion (ce qui ne peut être qu'en affirmant ou niant), fait la proposition qu'on appelle majeure, à cause que cet attribut de la conclusion s'appelle grand terme.

Et, étant une autre fois comparé avec le sujet de la conclusion, fait celle qu'on appelle mineure, à cause que ^ le sujet delà conclusion s'appelle /?e^2V^erm«.

Et puis la conclusion, qui est la proposition même qu'on avait à prouver, et qui, avant que d'être prouvée, s'appelait question * .

11 est bon de savoir que les deux premières propositions s'appellent aussi prémisses {prœmissœ)^ parce qu'elles sont mises, au moins dans l'esprit, avant la conclusion, qui en doit être une suite nécessaire si le syllogisme est bon; c'est-à-dire que, supposé la vérité des prémisses, il faut néeessairement que la conclusion soit vraie.

H est vrai que l'on n'exprime pas toujours les deux prémisses, parce que souvent une seule suffit pour en faire concevoir deux à l'esprit; et, quand on n'exprime ainsi que deux propositions, cette sorte de raisonnement s'appelle cnthymème^, qui est lin véritable syllogisme

\ . Mot emprunté par Aristote à la langue des mathématiques, et qui a sif^nilié d'abord calcul, addition, réunion dans une somme.

2. 11 est bon de remarquer quo^ dans une question posée, ce qui est difficile ù trouver, c'est le moyen terme entre

les extrêmes (grand et petit); toute îa force du raisonnement réside dans le moyen terme.

3. L'Enthymème n'exprimant pas les trois propositions, il en est une qui reste ' i:is l'esprit, Iv Ou{x<?,

Page 1