‹ La logique des sentimentsChapitre 2 sur 27 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

ment n'est qu'un chapitre, bref que la logique n'est qu'une partie détachée et spécialisée de la psychologie. Les logiciens purs ont protesté et cette affirmation a soulevé un débat qui dure encore. Comme il est assez indifférent pour notre sujet, je crois inutile de le résumer et d'y prendre part.

Mais qu'on accepte ou non cette thèse radicale, il est impossible de contester que les opérations qui sont la matière de la logique peuvent être traitées de deux manières différentes : comme faits naturels, quelle que soit leur valeur probante — c'est de la psychologie ; comme justiciables d'une science qui détermine les conditions de la preuve — c'est de la logique. Les deux ont leur tâche spéciale : l'une constate des phénomènes, l'autre formule des règles; l'une recherche comment nous pensons ordinairement, l'autre comment nous pensons correctement; l'une procède in concreio^ l'autre par schématisme. La logique va du simple au composé : concept, jugement ou liaison de concepts, raisonnement ou liaisons de jugements. La psychologie répudie comme théorique, artificielle et même fausse cette hiérarchie, si vénérable que soit son antiquité. Elle pose le jugement comme élément primitif, souvent réduit à un seul terme (l'attribut) et elle le suit dans ses transformations; elle ne sépare pas le concept de l'image, ni l'abstraction de l'atten-

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lion, ni la comparaison des perceptions et de la mémoire, ni W raisonnement des aulnîs opérations qui raccompagnent dans le travail de Tesprit. VA\o soutient que le raisonnement psycholof^ique (;l le raisonnement sous sa forme ou construction lof,M*(jue sont deux; que même ce dernier est le plus souvent improductif, parce qu'il ne sert qu'à rendre claires les données implicites de la conscience. Tel est le résumé de travaux, trop peu connus en France, qui se poursuivent depuis plusieurs années en Angleterre, en Allemagne, en Amérique*.

Par suite, la psychologie doit traiter les opérations dites logiques comme d'autres faits, sans souci de leurs formes ou de leur validité; pour elle, un mauvais raisonnement vaut autant qu'un bon. Renvoyant à la logique les questions de droit, à la théorie de la connaissance ou à la métaphysique les questions dernières, son champ d'action est déterminé sans équivoque.

Quoique notre sujet soit, lui aussi, une application de la psychologie à la logique, il faut avouer qu'il est d'une nature spéciale; car les formes de raisonnement qui en sont la matière, ont été oubliées,

1. Ceux de Bosanquet, levons, Sigwart, Wundt, Lipps, Benno Erdmann, llôflfding, Brentano, Jérusalem, etc., et d'autres que nous signalerons dans le cours de cet ouvrage.

VIII PHHPAGE

proscrites par les logiciens ou classées à tort parmi les sophismes.

En lisant les traités de logique, il semblerait que le raisonnement régulier, exempt de contradictions, est inné chez Thomme; que les formes vicieuses, non adaptées, ne se produisent qu'à titre de déviations et d'anomalies. C'est une hypothèse sans fondement. Le raisonnement des logiciens n'a pas surgi tout armé pour régner par droit de naissance. Ce fait ne s'est pas produit, ne pouvait pas se produire. Dès que rhomme dépasse la connaissance immédiate des sensations externes et internes, dès qu'il s'aventure au delà de ce qui lui est donné par l'expérience directe ou par ses souvenirs, pour expliquer, conjecturer, prévoir, il n'a que deux procédés : raisonner, imaginer. A l'origine, les deux se confondent, comme on l'observe chez les enfants et les peuples sans culture intellectuelle. La logique naissante est brute et fruste; le raisonnement primitif est au, raisonnement des logiciens ce que les instruments de l'âge de pierre sont à nos outils perfectionnés.

Dans ce mélange confus de vrai et de faux, de preuves et de puérilités, d'exactitude et de fantaisie auxquels le raisonneur novice attribue une valeur égale, lentement, par suite d'un développement que nous aurons à retracer, une séparation s'établit entre

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