‹ La logique subjective [microform];Chapitre 3 sur 14 · IDÉES · texte numérisé non relu

IDÉES

Le sens que j'attache au mot idée sera mieux entendu tout à l'heure. Mais nous pouvons dès à présent reconnaître que ce mot, avant d'avoir reçu aucune détermination spéciale, correspond assez bien à celui de notion. Sous le nom de logique subjective, cette troisième partie traitera donc des notions des choses, tandis que les deux premières, comme nous venons de le dire, avaient pour objet VÈtre et la Substance.

Spinosa a fait de la substance la dernière forme ou la plus élevée des catégories, et il l'a définie l'absolu ou Dieu. Loin d'être fausse, cette identification de la substance avec Dieu est parfaitement juste, et de plus, il faut absolument qu'on la fasse pour que la philosophie puisse aller plus avant et dire que l'absolu ou Dieu est la Notion, c'est-à-dire Tidée. Si Dieu, comme l'a défini

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Spinosa, est la substance de toutes choses, je dis, moi, qu'il en est plus que la substance, étant la Notion ou ridée des choses. Et cette définition, selon moi, suffît à rétablir le libre arbitre dans Thomme.

Dans le système de Spinosa, le franc arbitre n'a point de place, et l'on a remarqué avec raison que tout homme qui croit que les actions humaines sont le fruit de la liberté, s'élève déjà, par cela seul, au-dessus de Spinosa. Car ce philosophe parle bien du libre arbitre, mais pour

en décomposer ou en affaiblir la notion et la subordonner à celle de substance qui, dans sa pensée, est la plus haute de tontes. D'où il suit que la liberté ne tient pas, dans sa doctrine, la large place à laquelle elle a (U-oit de prétendre. En laissant au\ mots leur sens naturel, on comprend que cette proposition, Dieu est la siihstonce, exchd presque entièrement la possibilité du libre arbitre, tandis qu'il conserve tous ses privilèges lorsque nous définissons Dieu en disant qu'il est Tidée ou la Notion des choses.

Ainsi, dans la première partie de ma philosophie ou de la logique objective. Dieu est I'être; dans la seconde, comme dans Spinosa, il est la substance; et dans la troisième, que j'appelle logique sul^jective, il est l'iDÉE ou la Notion des choses, c'cst-à-dirc la Vérité de toutes choses.

NOTIONS GÉNKIIALES. "

Dire de Dieu qu'il existe ou qu'il est, m'a toujours paru en donner une bien pauvre notion. Car étant tout ce qui est, il est (ou il a) nécessairement TÈtre. J'ajoute avec Spinosa qu'il est plus que l'Être, étant aussi la subtance des choses ; et plus encore, selon moi, puisqu'il en est la Notion ou ndée.

Ce que nous appelons en nous le moi ou VindioidUy nous offre encore une image de l'Idée. Nous disons que nous avons des idées pour marquer que nous en avons un certain nombre ; mais en disant cela, nous savons très-bien que le moi n'est autre chose que Pensemble de nos idées. Le moi n'est donc que la totalité ou la généralité de nos idées, plus une idée actuelle, d'une mx- Uxre particulière y dans laquelle la notion du général s'unit et se confond à celle du particulier. Car on trouve toujours dans le moi l'ensemble ou la généralité de nos idées s'unissant au particulier et s'enveloppant pour ainsi dire l'un l'autre.

Quand on dit fai une idée, on s'imagine d'abord qu'une idée et le moi sont unis, dans cette locution, comme le seraient les deux parties, sujet et attribut, d'une phrase (luelconque; et l'on croit ([u avoir des idées est une qualité ou propriété du moi qui en a beaucoup d'autres en réserve, et qu'il faut entendre celte bcntion dans le même sens (luc Ton dit fai

un habit, cette maison a une fenêtre ou une porte. Mais pour peu que Ton y réfléchisse, on reconnaît bien vite que cette phrase, j'ai une idée, ne saurait avoir un pareil sens, attendu que le moi n'est pas une chose comme les autres, et que Vidée n'est pas une de ses qualités ou propriétés. Kant, le premier, a placé le moi dans une sphère plus élevée et Ta mis au-dessus des choses phénoménales en le définissant l'unité primitive et synthétique qui se retrouve et prend conscience d'elle-même dans chaque perception. Et cette partie de la philosophie kantienne qui tente d'approfondir ou d'expliquer l'unité primitive et synthétique du moi, a toujours été regardée comme la plus obscure et la plus difficile à entendre, parce que dans cette partie, en eflet, il a réellement et sérieusement essayé de rendre compte des rapports qui existent entre le moi et le monde. Voici comment il pose le problème :

Étant donné , d'une part, les choses extérieures avec leurs qualités ou propriétés diverses, comme d'être sensibles, pesantes, visibles, et de pouvoir, par ce motif, nous contraindre à respecter leur existence ou leur être, rendu manifeste par toutes ces qualités réelles; et, d'autre part, le moi, qui n'est ni pesant, ni visible, ni susceptible de tomber sous la perception d'aucun de nos sens; de quelle manière, se demande Kant, peut-il s'éta-

NOTIONS GÉNÉPiALES. 9

blir des rapports entre ces deux mondes opposés, entre les choses palpables ou réelles du monde extérieur et noire moi qui est purement idéal? En d'autres termes, comment peut-il exister des rapports entre la réalité et Vidéalité, qui, dans l'opinion de Kant, existe seulement dans le moi et non point dans les choses?

Il répond à cette difficulté et justifie l'existence de ces rapports en disant que les quatre formes ou catégories de quantité, qualité , relation, modalité, sont les formes générales sous lesquelles les choses individuelles s'introduisent dans le moi , qui , de son côté , est une unité primitivement ou essentiellement synthétique, c'est-à-dire une individualité dont le propre est d'être aussi une généralité. Ainsi le moi qui, par son idéalité, devrait s'opposer à recevoir en lui les choses individuelles, ne s'y oppose plus dès que l'individualité de ces choses se trouve généralisée. Les quatre catégories de quantité, qualité, relation, modalité, opèrent celle généralisation et permettent ainsi aux choses extérieures d'entrer dans le moi.

Telle est du moins la solution de Kant.

Dans sa manière de voir, comme dans la nôtre, on trouve donc toujours dans le moi le Général et le Particulier tout ensemble. impli(iués ou enveloppés l'un dans l'autre.

tO hOGIQlE Sl'llJECriVE.

Mais le Général et le Particulier ne sauraient èlre unis l'un à l'autre uniquement dans le moi. Il faut bien que ce double caractère se trouve aussi dans les choses, puisque, comme l'avoue Kant, les choses individuelles n'ont accès dans notre esprit que parce ([u'elles sont des généralités, ou parce que le Général fait partie constitutive de leur Individualité. Cette coexistence du Général, du Particulier et de l'Individuel, est précisément ce qui constitue le moi, comme tout ce qui subsiste dans le monde; et les idées ou notions des choses ne sont autres que le moi prenant possession des choses individuelles en leur restituant leur généralité, qui n'existe pas seulement en lui, mais aussi en elles. La simple appréhension d'une chose par les sens, qui est le commencement ou le premier degré de la perception, laisse pour ainsi dire cette chose hors du moi. Mais aussitôt que cette perception devient une idée, le moi s'est en quelque sorte introduit dans la chose et a pénétré jusqu'à sa généralité.

Ces remarques faites dans le sens de la philosophie de Kant, me donnent, ce me semble, le droit de dire que le moi, comme toutes les choses qui existent, sont des Généralités, ou i>lutôt que I'idée se rencontre aussi bien dans les choses que dans le moi sous ces trois formes cjîscnticllcs : le Gênerai, le Particulier cl rindividucl.

NOTIONS r.l-NÉRALES.

Dans quelques autres parties de sa philosophie, Rant est retombé dans l'erreur commune aux logiciens, qui regardent la notion ou l'idée d'une chose comme une abstraction arbitraire ou fortuite, et qui, par cela même, supposent implicitement qu'une chose peut avoir beaucoup de propriétés essentielles dont le moi n'a pas connaissance. Ainsi, selon ces philosophes, le moi se forme une idée en s'emparant de quelques-unes des propriétés des choses, laissant les autres de côté ou faisant, comme on dit, une abstraction. D'après cette théorie, qui est celle de la [dupart des logiciens, la notion ou l'idée ne serait qu'une pâle et faible copie d'un riche modèle.

Sans doute, je l'avoue, il peut se faire que l'idée d'une chose soit d'abord incomplète, et que nous commencions [Vdv en saisir fortuitement quelques qualités isolées, n'ayant entre elles aucun lien apparent. Mais je dis que nous arriverons tôt ou tard à la vérité absolue, attendu (pie nos idées sont parfaitement réelles, et que les choses extérieures n'ont pas reçu le singulier privilège de demeurer toujours et à Tintini en dehors ou au delà de nos idées, qui, dans ce cas, ne pourraient jamais se dire la vérité, mais resteraient à cet état d'abstraction que les logiciens leur concèdent.

Kant prétend que les idées ou notions des choses nous sont données [»ar les formes générales appelées caté-

\2 LOGIQLK SlliJECTlVE.

ji^ories; et il ajoute que grâce à ces formes générales ou catégories qui sont la quantité , la qualité, la relation et la modalité^ nous faisons une synthèse à priori sans aucune coopération des sens. Mais Kant, qui était entré par là sur le chemin de la vérité^ n'a pas su tirer de son principe toutes les conséquences qui en découlent. Dans le reste de sa philosophie, il a embrassé, comme je viens de le dire, l'erreur commune qui veut que les idéei ou notions des choses soient des abstractions fortuites de l'esprit, et que les choses elles-mêmes nous soient impénétrables.

Marchant plus avant dans la même voie, je suis parvenu à reconstruire la logique, qui conserve dans le système de Kant et des autres philosophes, la forme qu'Aristote lui a donnée lorsqu'il a décrit, et pour ainsi dire raconté, comme simples faits psychologiques, les opérations de l'entendement. Kant lui-même n'a rien fait de plus. ïl se borne à constater, à l'aide de Tobservation, la présence des quatre catégories de quantité, qualité, relation, modalitéj dans tous les actes de l'entendement. La philosophie, il faut l'avouer, doit beaucoup à Aristote et à Kant, pour avoir analysé et décrit selon la méthode que nous appliquons au\ sciences naturelles, les formes générales qu'ils ont rencontrées dans toutes les opérations de l'esprit humain. Mais il y a lieu

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